La République des LIBRES

"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."J.Jaurès

09 novembre 2009

RACONTONS NOTRE 9 NOVEMBRE 1989

CHER-E-S AMI-E-S, IL Y A 20 ANS LE MUR TOMBAIT.

ET SI ON FAISAIT UN PETIT CALEPIN COLLECTIF AVEC TOUS NOS TEMOIGNAGES ?

A VOUS... 

LE MUR MURANT BERLIN REND BERLIN MURMURANT
                                                                        

Et le florilège commence.....

 

LE 5 NOVEMBRE 2009

 



1  FACE AU MUR

Du fin fond pimpon de sa campagne, Julien apprit qu'il y avait un mur à heu Berlin par le voisin de la ferme d'à-côté qu'on disait communisse parce qu'à la messe pour faire chier notre curé en sous-soutane il portait une cravate rouge avec dessus une photo d'un gros moustachu qui ressemblait de loin à Brassens en nettement plus moche et qui lui ne portait jamais de casquette militaire ah ça non ; avec les autres gars du café il avait bien rigolé au gorille surtout quand le juge se fait enculer. Il alla donc chez Totor le lendemain pour voir le mur à la télé ; Berlin, il avait vu ce nom là sur la carte de géographie à l'école communale mais après... Quand il vit ce fameux mur, il resta bouche bée ce qui lui arrivait souvent mais là encore plus bée que d'habitude. Tout ce foin pour mur en béton qu'était même pas en pierre taillée comme ceux de la commune, ben ça alors. Le Marcel à la cravate rouge lui dit que les gars de l'autre côté en avait plus que marre parce que avec les commusisses c'étaient pas ce qu'ils avaient espéré que tous les jours y en avaient qui se barraient par-dessus et par-dessous n'importe comment et que ça pouvait plus durer et qu'on allait pas continuer longtemps comme ça. Julien qui n'avait pas même la radio encore moins la télé, n'était au courant de rien si ce n'est qu'à son avis on faisait beaucoup de bruit pour un mur qu'il voyait tout barbouillé de peintures à la Picasso comme les vitraux de la nouvelle église et qu'il y comprenait rien mais qu'il aimait beaucoup sauf que ça devait avoir coûté bonbon au maire qui regardait pas à la dépense. Sa femme Monique lui disait t'occupes pas de toutes ces conneries ya du boulot dans l'étable et aux champs, nom de dieu, faut te remuer. Quand même, cette histoire de mur tout gribouillé le turlupinait comme si on aurait mis un mur bigarré entre le bistro et les pissotières municipales ou entre la ferme et les champs pour faire chier tout le village ; il décida donc d'aller chez Marcel tous les soirs pour regarder les actualités alors qu'il ne buvait jamais en dehors des repas sauf quelquefois et que rien ne l'avait vraiment branché jusque-là, la popolitique et toutes ces coconneries, les pédés qui se trémoussaient avec des filles nues dans leurs costumes de cinglées sur des musiques de nègres.

Un soir, on vint le chercher en courant Julien viens vite ya du nouveau avec le mur. Il y avait beaucoup de monde devant le poste et devant le mur, il y avait beaucoup de bruit aussi devant les deux. Il réussit à se faufiler au premier rang pour voir d'abord un vieux pépé à l'air radieux qui jouait d'un gros violon comme il n'en avait jamais vu, une musique comme il n'en avait jamais entendu et puis toute une escouade de gars avec des pioches et des masses commencèrent à taper dans ce foutu mur tandis que les plus jeunes dansaient que les plus vieux s'étreignaient que les flics et militaires regardaient sans broncher tandis qu'une foule venant du côté où le mur n'avait pas de barbouillages franchissait des passages comme si elle avait le feu au cul et restait ébahie sous le projecteurs. Julien ne comprenait rien à ce spectacle parce qu'il ne s'intéressait à rien sauf à la ferme, aux corvées, à Monique de temps en temps mais voir tous ces gens si heureux lui donna soif et il réclama un calva au Totor tout étonné et même un deuxième.  Le brouhaha augmentait au fur et à mesure que le mur tombait ; Julien, un peu bourré,  se mit à rire aussi avec les autres tout en pensant aux nouveaux vitraux de l'église ; il se demandait si un jour on allait pas faire pareil et s'il ne serait pas le premier à taper dedans.
 
©  Jacques Chesnel  (novembre 2009)

2  TEMUDJIN

Je hais les murs qui séparent et il y en a tant sur cette terre. Je hais les murs qui enferment et il y en a tant aussi sur cette terre. Je n'aime que les murmures, les mûres mûres, ou les murs d'une maison sans toit pour voir le ciel, sans porte pour que l'ami entre, sans fenêtres fermées , ça c'est pour les oiseaux et les rayons de soleil. Donc un petit muret de terre sèche pour s'asseoir et attendre, dans le bruit du vent qu'il n'y ait plus de murs qui séparent, de murs qui enferment, des murs où on fusille ; des murs, oui, pour coller des affiches qui disent en bleu le bonheur, pas la rouge qui transformait des innocents en bandits.A Berlin, il faut se souvenir des mains qui se sont liées après tant d'attente et de séparation cruelle, cette joie qui déferlait comme une vague irrépressible.
Et la muraille de Chine ? Tremplin pour les oiseaux avec dans la mémoire du vent des cavaliers, comme ceux de "Gengis Khan" de Henry Bauchau :
Deuxième tableau - scènes 3 et 4
"Timour : Ecoute Kassar : une ère nouvelle commence pour nous. Nous avions faim, nous avions soif, toi aussi ! Nous n'étions pas assez nombreux pour vaincre. Temoudjin a fait de nouveaux Mongols ; dans la lutte et dans la victoire, ils deviendront semblables à nous...
Reste avec nous, Kassar. On dépérit loin des bannières des hommes.

Kassar : Quelles bannières ? J'ai cru combattre pour une famille et Temoudjin en a fait une tribu. J'ai cru lutter pour cette tribu, il en a fait un peuple où nous sommes tous confondus. Que va-t-il faire maintenant ?....
Il faut qu'il y ait une loi nouvelle... S'il n'y a pas de loi, nous ne sommes plus la libre nation des Mongols. Je pars."

CHRISTIANE PARRAT

 

3

La question posée par notre compère MàC ne manque pas d’intérêt. Où va se
trouver cet intérêt ? Probablement pas dans les analyses divergentes qui
sont les nôtres sur des évènements qui peuvent comme toujours être déformés
afin de correspondre à nos canevas cérébraux préétablis.
C’est si facile d’adapter le réel à un modèle de pensée préexistant. Qui peut jurer qu’il
n’utilise pas des cartes neuronales fermes et solides lui permettant de
penser/agir suivant des modèles usuels ? Le véritable intérêt se situe dans
l’analyse immédiate que chacun de nous a développé lors des évènements du 9
novembre 1989.

Revenons au sujet.  Quel souvenir ai-je gardé de cette chute du Mur ?
Comment l’ai-je réellement vécu, ce 9 novembre.


Premier reflexe : se ruer au fin fond de la cave et sortir de leur boite
d’archivage tous les agendas qui s’y trouvent. Mettre la main sur celui de
1989 … je l’ai ! Je parcours les mois en essayant de revivre qui étais-je
cette année là dans mes actes.  Je retrouve les voyages professionnels
nombreux, proches ou lointains, inégaux en importance, et vous les épargne.
Vacances d’été ?  Trois mois avant la chute du Mur, je tournais dans le
Yucatan : souvenirs de Palenque, Chichen-Itza, Uxmal, Tulum, Merida, les
pyramides … Le sentiment le plus fort ? Je me souviens l’avoir ressenti sur
les marchés de San Cristobal de Las Casas.  Couleurs mexicaines … Rien ne me
reste des quelques jours passés à NYC, avant et après le vol vers le
Mexique.



J’habitais Paris, alors. Je retrouve tous les concerts de l’époque, et les
régates courues ailleurs. Rien de marquant.



Qu’ai-je noté sur mon agenda le 9 novembre 1989 ? J’étais à Antibes / Nice,
le jour même. Et le lendemain ? Dans l’Essonne, avec en annotation rouge :
Lambaréné. Pourquoi donc, Lambaréné, ce vendredi 10 novembre ? Mystère !
Pour le week-end, je vois noté Pilobolus, compagnie de ballet dont j’ai du
voir le spectacle puisque le billet m’a coûté 280 francs.  Ah ! Retrouver
l’ancienne monnaie : cela fait drôle … Rien de noté, d’écrit, sur la chute
du Mur … Je dois faire appel à ma seule mémoire : une fois l’effort produit,
je me souviens.

Lorsque j’ai vu les images des allemands de l’Est qui passaient, se ruaient
en foule, de l’autre coté de la frontière, l’analogie avec la noyade s’est
imposée. Devant ces images, j’ai repensé à ces moments de forte brise où
vous ratez votre empannage sur votre dériveur devenu fou de joie en plein
mistral, vous chavirez, l’eau et le vent sont partout, dans vos yeux, dans
votre bouche et les muscles ne répondent plus. Les autres, les camarades,
sont eux aussi en fuite, en déroute, les bateaux se heurtent à la bouée sous
le vent. Chacun pour soi… !  Epuisé par l’usure du milieu, vous vous noyez
dans cette eau agitée de toute part. Vous êtes un des thons, rouge de sang,
pris dans le piège de la Matanza sicilienne … En sortir … à tout prix !


Les prisonniers de la DDR, protégés de l’impérialisme occidental par un Mur
salvateur (!), n’avaient qu’une idée, le 9 novembre 1989 : sortir de la
suffocation que nous éprouvions dans ce monde communiste. Sortir pour
respirer. Sortir pour voyager, se parler librement, se dire la vérité, même
si ce n’était pas la Vérité. Ne plus suspecter sa famille, ses proches, ses
collègues … Vivre ! Vivre libre ! Ils sortaient ces pauvres prisonniers pour
échapper à la suffocation, à la noyade, à la STASI, à la honte de la
nomenklatura, engraissée, vulgaire. Ignoble représentation d’un pouvoir qui
ne l’était pas moins. Ils s’enfuyaient, ces pauvres prisonniers,  pour
échapper au mensonge permanent, ils se poussaient les uns les autres pour
aller plus vite,  sortir plus vite la tête de cette eau saumâtre où
clapotaient leurs vieux dirigeants pourris et les jeunes voyous de la milice
qui les servaient fidèlement. Quitter l’horreur sournoise, organisée dans
cette autarcie autiste, sinistre, et insupportable !

C’est comme cela que j’ai vécu cette chute du Mur. J’ai vu des oiseaux
emprisonnés, ces allemands qui nous ressemblaient tant, pauvres moineaux que
le communisme avait obligé à vivre dans l’aquarium pimpant et mensonger de
la DDR, et qui, fuyant la suffocation dans un milieu qui n’était pas le
leur, n’avaient qu’une idée : sortir de l’eau croupie, retrouver de l’air,
le plus vite possible, quitter enfin leur geôle, s’envoler et vivre en
liberté ! Ils ne pensaient qu’au présent … Fuir et respirer un peu de la
liberté de leurs compatriotes de l’Ouest !


Je me souviens aussi avoir béni le merveilleux pape de la Glasnost, Gorbi
(ah ! quel russe « étrange » !),  et pensé que ce que je voyais là, sous mes
yeux, allait se produire partout ailleurs dans l’Union Soviétique et ses
satellites.

JC

4     SI LOIN SI PROCHE…

Il n’y aura pas de plaque… Perso j’ai senti que la bête souffrait quand les Allemands Rédaïstes ont pu passer par la Hongrie avec leur Traban et leurs sacs plastique pour le cas où il y aurait des choses dans les boutiques. Je me suis dit : « Qu’est-de que va faire Gorby ? » et surtout « Gorby va se ramasser un pouchte … comme jadis Krouchtchev en 64 par Brejnev qui baisait Marchais par la bouche et pareillement ce pue-de-la gueule d’Erik Honecker »  Y’en a un qu’on a oublié dans nos prières depuis vingt ans au moins, c’est le Souslov qu’était chef dans la pensée marxiste-léniniste pécéef correcte, celle que suivait Alexandre Adler ce gros pouf qu’a été le dernier kaguébiste de cette époque-là avec un Francis Crémieux qui tournait alors autour de la Propaganda : faut retrouver leur livre (ils l’ont défendu chez Piwo un soir face à un petit couple qui sortaient « la rue du Prolétaire rouge »)… Cétait un éloge ardent de la foutaise moscovite. Maintenant, après Andropov et l’aut’ qu’a pas duré plus que le Jean-Paul Pommier qué mort en pleine epectase après une branlette de la nonne de nuit, vlà le Adler en train de nous faire avaler Poutine…

Alors… le 9 novembre d’il y a vingt ans, j’étais sur la route de Brest (pas de Brest-Litovsk, entendons-nous bien) et quand j’ai entendu, avant d’aller voir à la télé ce qui se passait à Berlin, j’ai cru que j’allais m’envoler de bonheur et j’ai pleuré en pensant à ces belles années gâchées et qui reviendraient plus… J’avais pas eu le courage d’aller faire du tourisme pendant qu’ils en bavaient, y compris en taule… J’étais juste allé pour le travail (aux archives de la Gestapo, « ach Genosse GG ! », pour obtenir copies des dossiers sur les Franzosen, surveillés en 1940 et après… et les collabos spontanés) sinon à d’autres occasions pour chercher des images du côté de chez Humboldt etc… etc.

Berlin-Est, merci beaucoup… (pour l’instant je parle pas de Prague, ça sera pour plus tard ). Je me vois encore, la dernière fois que je suis allé à Berlin-Est, me faire engueuler par une caissière-vopo alors que j’avais voulu acheter, avec des marks de l’ouest, des microsillons de musique classique enregistrée par un excellent orchestre hongrois ou même allemand et même russe… Tout juste si elle avait pas appelé la police. De ses gueulantes j’avais compris qu’il aurait fallu que je change davantage de marks à Check Point Charlie. Ça m’avait paru louche cette fois-là parce que le béni oui-oui chauffeur de taxi n’avait pas craché sur la bonne monnaie… Pareillement sur « Alexander-Platz » quand j’avais fait craquer un bon billet de l’ouest pour faire avancer plus vite le poulet rôti et les frites… Le correspondant de mon patron d’alors m’avait passé à l’Ouest, au retour, par un souterrain (Ja ! comme je vous dis mes p’tits gars). Et même que le même, une autre fois, m’avait sorti dans sa ouature française en faisant singer une fouille par ses potes de garde (« Rien que pour tromper l’autre US dans son mirador qui nous mate à la jumelle »)… Avant qu’il me reconduise à mon hôtel, on avait fait le tour des bureaux de poste de Berlin-Ouest, lui avec un paquet de faux passeports pour recueillir des plis en « poste restante »… Hi hi hi. Allez cé du passé, faisons table rase.

Les comiques ont cru que cétait la « fin de l’Histoire ». Bon, on a le droit de se tromper. Moi je pensais qu’au contraire, c’en était une autre qui allait commencer. Ce qui a été perdu, en revanche, cé la prétention des petits hommes rouges à croire possible de « faire l’histoire ». Font rien du tout, ces gars-là… L’histoire se fait même contre eux. Ce que je remarque c’est que cé les cocos qui ont le plus crié que ç’allaient être le triomphe du libéralisme à tout va puisqu’ils n’étaient plus là pour faire peur. En attendant, les forçats de l’impérialisme mirent au moins deux ans avant de bouger leur cul. Ils se surveillaient comme des chiens qui matent un os à ronger. Le libéralisme s’est pris un tsunami depuis… Et nous voilà revenu comme avant, sans le guignol’s band des partis de la classe ouvrière pour nous faire croire que la solution à tous les problèmes passe par eux. Cé là où les trous du cul de la bande à Trotsko ont réussi leur entrisme génétique… Zont pris d’assaut, pour commencer, la critique œnologique (ça s’est avéré)… après, zont pris d’assaut le parti socialiste (et on a vu ce qu’on a vu)… après, avec les maos un peu repentis, ils se sont jetés sur la presse papier (ça aussi cé avéré). Et voilà pourquoi les curés sont noirs et les imams d’attaque…

Quand j’étais jeune (cé pas vieux) j’étais dans la purée nostalgie à la « Berliner Requiem » et à la Wim Wenders avec son « Der Himmel über Berlin » (et puis avant, ach ! l’Allemagne d’alors, les deux que j’aime le plus : « Alice dans les villes » et « Au fil du temps »)… Le 9 novembre a filé un grand coup de tatane  dans la nostalgie. Il a fallu réviser : finies les promenades guetteuses le long du Mauer ou dans Kreuzberg et le Tiergarten. Les acacias rabougris poussaient déjà entre les cailloux ruinés… Il devenait urgent de penser autrement.

MORASSE

5

 
Le 9 novembre a commencé aux infos de 22 heures, dans ma voiture, je le sais.
Un communiqué, des regroupements, rien de clair ni de précis, quelque chose dans l'air.
Maison, télé, souvenir lui sûrement en partie fantasmé d'avoir passé une grande partie de la nuit devant, comme vingt ans plus tôt pour marcher sur la lune.
Heureux.
Mes fils ne sont pas couchés, Le Monde bouge avec eux.
t-size: 12pt;"> Les retombées sur mon petit monde, auront lieu le 10 et le 11.
Le 10, la seule et unique fois où j'ai allumé ma télé le matin.
Le 11, le jour j'ai définitivement placé Bach au-dessus de tout en « écoutant » les incroyables images de Rostropovitch sur sa chaise.
Ensuite c'est Noël, le « procès » et l'exécution des Ceaucescu, la fin de l'euphorie, les dirigeants connaissent les risques, les peuples se jugent, les négociations démarrent, plus de sérénité mais moins d'envie.
L'impact de ces deux mois sur ma vie ?
Elle était à un tournant, entre novembre et décembre 89 j'ai abandonné la volonté d'être un grand chef de « l'économie réelle » pour être un peu le petit chef de ma vie.
Les événements de ces deux mois ont-ils influencé mon choix ? Inconsciemment mais avec certitude.
Pour mes quarante ans Le Monde et mon monde changeaient.

PADO

6 DE JESSYE NORMAN A MSISTLAV ROSTROPOVITCH

L'année avait commencé de façon quasiment grotesque. On fêtait pourtant le Bicentenaire de la Révolution de 1789, et accessoirement le centenaire de la Tour Eiffel et à Mialet, Genève, St Jean-du-Gard et autres lieux saints du protestantisme, les 400 ans de l'Edit de Nantes. Ça faisait beaucoup. Surtout que , enivré par la victoire puissante qu'il avait remportée contre Iznogoud, le Pacha Haroun el Poussah se mit en tête de créer un Comité. Théodule? Non, Comité du Bicentenaire. Juteux frometon, à la vérité  pour ceux qui en croquaient. La France avait décidé de faire fort. Très fort. Le 14 Juillet s'annonça grandiose. Jessye Norman entonnant , le soir venu après les délires de Goude sur les Champs, la Marseillaise...et partout en tous lieux, déjà la longue ribambelle des "prreuuuuduits dérivés Révolution". Les boutanches de lordeaubem imbuvables réétiquetées bleublancrougemarianne, les paires de chaussettes, les slibards aussi ,chez Leclerc e'd Méru....bleublancrouge. La connerie brute et épaisse. Et, pendant ce temps, ça branlait dans le manche à l'Est. En Juin, les Magyars, et en particulier Miklosz Nemet, le premier ministre commençèrent à démanteler le rideau de fer avec l'Autriche. Schnipp, schnapp, schabernak, et on voyait les soldats de l'Armée populaire (défense de rire) hongroise avec leurs cisailles renrouler les barbelés avec soin, dame, rien ne devait se perdre !!!. En Pologne, Jaruzelski , derrière ses lunettes noire, dûment  chapitré par Gorbatchev qu'il n'avait qu' à se débrouiller, avait laissé la démocratie revenir doucement et Tadeusz Mazowiecki avait été élu premier premier ministre non communiste du pays depuis 44 ans. En Bulgarie Jivkov commençait à compter ses petites cuillères en or et à emballer ses porcelaines. En RDA, ça effervesçait aussi. Apprenant que la frontière Austro-hongroise était ouverte, des dizaines de milliers de citoyens de la DDR découvrirent un charme fou au Lac Balaton et à Györ, Sopron... Seulement Honecker et Mielke, les deux pourris en charge de  la RDA avertirent leurs homologues canins de Prague qu'il serait bon de proposer d'autres vacances à ces pue-la-sueur. En taule, par exemple. Or, l'ambassade de RFA avec 10 000 personnes campant dans son jardin à Prague finit par accorder des passeports de RFA à tout le monde, ce qui d'ailleurs figure dans la Constitution de 1949. Les pourris de Prague et de Berlin-Est n'avaient qu'une exigence mesquine et aux incalculables conséquences : que les trains spéciaux de Prague à Hanovre passent OBLIGATOIREMENT par le territoire de la RDA, histoire d'une ultime persécution. On connaît la suite. Emeutes gravissimes à la gare de Dresde,  avec des gens qui s'accrochaient aux wagons. Les charognes de la Stasi essayant de faire descendre ceux qui étaient dedans.....manifs quotidiennes ensuite. Gorbatchev qui fout un bordel montre chez les cacas du SED..le baiser de la mort etc etc...
Ce jour-là, an diesem Donnerstag (Paul Edel comprendra l'allusion !!) j'étais au Collège. Jour morne en Seine-et-Morne. Pavillons silencieux autour du collège. Vent dans les peupliers. De gros nuages galopaient, venant des collines du Valois, chargés de pluie. Nous étions en cours de Géo, avec des 3èmes. Ça ronronnait doucement... ça digérait le couscous merguez agneau du midi... je faisais mon cours sans anicroche, quand soudain, le principal, qui se baladait toujours dans son bahut en chaussons, le con, et qui, je ne sais pourquoi, me vouait une admiration sans borne, même que ça en devenait gênant, frappe, les gosses se lèvent, il dit rasseyez-vous et me sussure (pas le cul, obsédés!!!!!) à l'oreille "Monsieur Goldschmidt, ça a l'air de bouger à Berlin"....dans le genre sibyllin, on pouvait pas mieux. Je rentre le soir. Train de 17h25, le Corail de Laon.. super. Et comme toujours quasiment vide. On se mettait en première et on ronflait tellement qu'on était nazebroques. Le métral, lebain de vapeur doukipudonktan.. et puis j'ai tendu l'oneille, car des gens parlaient de Berlin... Clac, j'allume la téloche et 'fectivement, un journaleux tout testostéronisé était "en direct de Berlin". On voyait le Palast der R'publik, (Le siège du SED) les manifestants habituels. "Wir sind das Volk" Egon krenz, ayant vidé sa vingt-troisième bouteille de Stolichnaya, hips!!! Lothar de Maizière aussi à l'aise qu'un député socialiste devant une enveloppe avec 5000000 euros dedans, !!! Mais rien de spécial...Et à 20 h , je prends les infos boches sur Die Erste. "Die Tagesschau"et là, c'est là que j'ai ressenti charnellement l'histoire, pour la première fois de ma vie et réellement; le présentateur relate la conférence de Günter Schabowski, qui, perdu dans la piscine de l'Histoire en marche avait involontairement précipité les choses. D'abord on n'en crut pas ses yeux.. le poste de la Bornholmerstrasse OUVERT et les Vopos flegmatiques, parfois souriants, laissant passer les Berlinois de l'Est sans passeport.... la veille encore, quiconque aurait parié là-dessus aurait été pris pour un dingue. Ma femme qui est née l'année de la construction du mur était encore au boulot. Je suis ressorti et suis allé chez l'Arabe au coin de la Rue Montgolfier pour acheter une roteuse. Eh bien, le type, que je connaissais depuis longtemps non seulement a deviné pourquoi j'achetais du champ, mais a trinqué avec un coup de boukha....c'est bon la boukha surtout avant le champagne.
Le lendemain, Vendredi 10 Novembre, j'ai raté le train de 6h44 et celui de 8h18... bref, j'ai sèché...

MONTAIGNE A CHEVAL


 7 MURS ET MATURITE

    Certains moments de la vie nous renvoient à une solitude choisie comme ouverture vers un peu plus de liberté . Tandis que cédait le « Mur de Berlin » je tentais de faire tomber les dernières murailles en  moi-même  pour en finir ou presque avec une démarche psychanalytique commençée en amont . S' ils n'y a jamais de '' dernières murailles ''pour la vie psychique (sinon nous tremblerions de froid ) il existe, cependant quelques murs  coriaces dont il est bon de se débarrasser .. Toute mon énergie était absorbée. N'avoir comme seul interlocuteur que soi-même est un moment très particulier, qui heureusement ne dure pas ; l'autre et les autres veillent sur nous mais nous paraîssent lointains .

    La chute du Mur de Berlin  alors ;

-un événement qui devait avoir lieu
-une fête pour certains-on comprend
-une nuit plus ancienne et les mots me manqueront toujours. Vous avez souligné l'importance des ce dates similaires et je partage votre avis sur l'importance du refoulé ...Je ne cacherai pas que mes amis allemands actuels sont plus de l'est que de l'est : c'est une question d'affinités personnelles mais cela est .

    A cette époque j'avais entrepris des Séjours Hongrois tant linguistiques que réels, puis très vite il me fallût aller du coté de La Slovaquie : j'y vois une participation personnelle aux évènements de mon époque par un chemin imprévisible y compris encore de moi-même mais heureux .

KARA

8

La chute du Mur de Berlin?
Une effervescence joyeuse, peu d'images précises, juste des groupe
de jeunes, anoraks et bonnets, escaladant le mur déjà couvert de tags.
Un grand courant d'air frais et un sentiment de fierté, les choses 
avancent, elles vont dans le bon sens.

BRIGITTE DEGORCE


DER MAUERFALL OU LA CHUTE DU MUR

Il m’est difficile de raconter cette nuit du Mauerfall sans introduction :

J’ai été élevé par une Saxonne partie vers Paris en 1948, chassée par une Saxe devenue Zone Russe et un Berlin réduit en cendres. Nous avons toujours rêvé d’une Karl-Marx-Stadt redevenant Chemnitz.

J’ai habité Hambourg pendant des années, dés 1971, partageant mon temps professionnel entre l’Allemagne et la Suisse, j’ai donc connu dès le début des années 70 les deux Berlins. J’ai parfois traversé la DDR pour me rendre à Berlin, interdiction de quitter l’itinéraire obligatoire sur les Autobahnen, passage de la frontière à Hof en BRD, détour donc d’au moins une heure ou plus en venant de Hambourg. Passage folklorique aux postes-frontières, très adrénalisant en pleine nuit, dans la neige et le froid, quand les douaniers regardaient dans et dessous les voitures, et que la queue aux frontières pouvaient durer des heures.

Je ne vais pas m’attarder à raconter les deux Berlins, vu par un noctambule, Berlin-Ouest fermait ses discos vers midi et Berlin-Est obligeait les affreux capitalistes de l’Ouest à rentrer avant minuit. Je trouvais Berlin-Est assez exotique, un peu choqué et en colère quand les dames pipi.du Fernsehturm Restaurant me demandèrent de payer mon passage pour me laver les mains, cela ne me semblait pas démocratique: en Deutschmark de l’ouest! Il était aussi interdit, de venir visiter Berlin-Est en voiture en ayant de la musique américaine enregistrée. On me laissa quand même passer avec de la soul-music, la seule fois où je m’aventurais avec ma voiture dans la ville. Il faut dire aussi que le vol Hamburg-Berlin-Hamburg était en grande partie subventionné par Bonn ou le Berliner Senat et la route prenait des heures.

Berlin-Est était triste et sans lumières, pas de publicité pour les Assurances, le Milch Glücksklee ou les ours de gommes de chez Haribo. Au milieu de cette mer sans étoiles, Berlin-Ouest était un phare, l’étoile de Mercedes  Benz resplendissant comme une pleine lune, une île capitaliste, peuplée quand même aussi de jeunes gens alternatifs ayant quitté ou fuit la BRD, la Bundeswehr et le CDU-CSU. N’habitaient plus à Berlin-Ouest que des familles n’ayans pas émmigré en 1948, très peu de monde parmi le monde des entrepreneurs.

Après Novembre 1989, il devenait possible de voyager plus ou moins librement entre les deux Allemagnes, j’ai donc visité plusieurs fois Schwerin, charmante ville très décrépie, au bord d’un lac, entre Hambourg et Berlin. À Hambourg les Ossis venaient regarder ce qu’était l’Ouest, les Wessis regardaient un peu effrayés les Ossis et leurs Trabants grises aux odeurs malodorantes envahirent la ville pendant les week-ends.

J’écris ce préambule pour expliquer que le mur n’est pas tombé en une nuit, plus intéressante est l’histoire avant et après. Je me suis toujours senti sensibilisé par l’Histoire des deux Républiques.

Le jour de la chute du mur, c’est à  dire de l’ouverture des barrières des  Check Points pour les citoyens de la DDR, je me trouvais avec une bande d’amis chez moi à Zürich, il me semble qu’il y avait dans la soirée un match de football, bientôt nous furent collés devant le poste de TV pour regarder, fascinés, scotchés, ce qui se passait à Berlin, l’incroyable venait d’arriver : La foule était libre d’aller à l’Ouest, un immense sentiment de liberté même vu depuis un appartement Zürichois, venait comme un nuage d’espoir envelopper l’Europe. C’est tout un monde qui s’effondrait. Pour certains grincheux de la BRD, plus tard, quand le sujet d’une Allemagne réunifiée devint un projet envisageable, et qu’ils leur semblaient que Helmut Kohl se pressait trop avec sa  Wiedervereinigung, j’ai alors toujours expliqué aux égoïstes que les dernières 56 années de dictature fasciste avaient été un temps extrêmement long (1933-1989) pour ceux qui vivaient en DDR: Si les Bundesrepublikanern   pouvaient attendre, les Genossen des  Herrn Honecker avaient besoin de changement d’air au plus vite.

Aujourd’hui, 20 ans plus tard, une seule Allemagne semble une évidence, il est devenu difficile aussi de différencier les Ossis des Wessis dans les rues de Berlin. Tout ne se fit pas en un tour de main et pendant des années, quant on sortait d’un métro souterrain Berlinois, en quelques coups d’œil on pouvait deviner si on était à l’Ouest ou à l’Est.

MàC nous prie de raconter les premières 24 heures de la chute du mur, peut-être j’étofferai par la suite sur mon Blog mes expériences Berlinoises; pour faire court, les quartiers chics de l’Ouest sont devenus ennuyeux comme la pluie pendant un week-end en UK et c’est à l’Est que la ville, peut faire concurrence aux grandes capitales cosmopolites. La Friedrich Strasse est un piège à touristes, il faut aller plus à l’est. Berlin c’est Beijing made in Europe.

Le  Mauerfall, était la faillite du communisme, l’utopie venait de crever, il ne restait plus pour les 20 années suivantes que de voir le capitalisme triomphant boire son verre de  Bourbon on the rocks with diamonds en l’avalant de travers.

Le plus triste fut les années suivantes, d’observer les entreprises de l’Ouest envahirent les villes de l’Est, seuls quelques artisans locaux avaient la possibilité de développer de petites entreprises. Imaginez des camionnettes avec comme enseignes : « Arthur Müllerkopf & Söhne, Spenglerei seit 1927 » ou « Bierenkamp und Söhne, Malereibetrieb seit 1889 ».

Par contre dans les rues de Schwerin, ville que je connais, seuls les grandes entreprises de Hambourg semblaient omniprésentes dans ce début des années 90.

Je m’aperçois en me relisant que je n’ai pas vraiment parlé  de cette fameuse nuit, c’est assez simple, quand on voit aujourd’hui les Actualités télévisées de l’époque ou des documentaires, ce sont les mêmes larmes de joie qui m’envahissent, j’espère que les lecteurs de ce petit texte écrit dans l’urgence partagent mes sentiments.

La nuit de la chute du mur, j’ai regardé  la télévision, comme le jour du 9/11.

THIERRY KRON

10
le 9 novembre 1989 ... ça faisait un mois et demi que j'étais hospitalisée à Senlis, pour empêcher mon bébé de naître trop tôt. A cette époque la santé publique se faisait un point d'honneur à prendre en charge jusqu'au bout les parturiantes en situation critique, j'étais donc aux petits soins à l'hôpital : chambre seule avec vue sur la forêt, télé, équipe médicale on ne peut plus sympa, des aides soignantes aux internes... 2 mois d'hosto c'est comme un séjour en pension de famille... Mon unique rapport au monde extérieur c'était la télévision et les visites jusqu'à 20h. Ce soir là je me souviens parfaitement bien des images de folie sur la destruction du mur... j'étais rentrée avec mon bébé dans le ventre dans un monde cloisonné, stupide et fou, je sortirai avec mon petit garçon dans les bras dans un monde ouvert, libre et fraternel... J'avais un peu peur cependant de la violence, on se sent vulnérable perfusée dans un lit d'hôpital et sous la liesse filmée en Allemagne et en France, un sentiment inquiet fusait en moi : allait-il y avoir des répressions ? comment la RFA accueillerait la RDA ? Et les autres pays d'Europe, allaient-ils continuer à nous pourrir le bonheur avec leurs incessants discours péjoratifs sur la société communiste ? Comment les Allemands de l'est allaient-ils pouvoir étancher leurs nouvelles soifs ? Seraient-ils accueilli dignement ? J'avais de plus en plus hâte de revenir dans le monde, active et sur pieds et ce mur détruit était pour moi la marque inconditionnel d'un monde meilleur, sans plus de cette maudite guerre froide et sans plus d'injustices. L'espoir, un bonheur fou. Douze jours plus tard, mon petit garçon est né... dans un monde pour lui radicalement différent de tout ce que nous avions, son père et moi vécu... La liberté sur le pouvoir se gagne mais surtout elle s'entretient...

SOPHIE DES ROSES.

11 LE MUR EST TOMBE MAIS IL CONTINUE DE SERVIR

Le Mur qui est tombé voici 20 ans avait ceci de particulier qu’il ne protégeait ni emprisonnait la ville dont il faisait le tour mais empêchait ceux qui vivaient à l’extérieur de la prendre d’assaut pour s’y installer et s’installer du même coup à l’Ouest. C’était un mur de concentration externe en quelque sorte, une première dans l’histoire des fortifications puisque les assiégés, les prisonniers, se trouvaient à l’extérieur. Ceux de l’intérieur pouvaient se déplacer librement  par voie aérienne mais aussi en voiture et par train sur des tracés eux aussi « protégés » des assauts éventuels des citoyens emprisonnés. Bref, une monstruosité et qui plus est au nom d’un idéal émancipateur qui avait mobilisé des millions et des millions d’êtres humains à travers le monde. Une monstruosité et une honte.
Le Mur a symbolisé ces régimes dits communistes qui faisaient de tout citoyen un gardé à vue, un suspect et un détenu. Jamais auparavant dans l’histoire on n’avait, je crois, empêché des êtres humains d’exercer la seule liberté qu’ils avaient dans les situations extrêmes : celle de partir. Il n’y a que le régime nazi qui a procédé de la sorte avec les Juifs à partir du moment où la solution finale fut décidée. 
Sous Franco,  Pinochet, Videla, Salazar, Caetano, et autres salopards du camp occidental on pouvait aller voir ailleurs, sortir de prison, pas sous le régime soviétique et celui de ses laquais.  C’est impardonnable et personnellement je ne pardonnerai jamais  parce que, outre le mal fait à ces populations, comme beaucoup de ma génération j’ai cru que le capitalisme n’était pas un horizon indépassable. Ces gens ont tué et enterré tout espoir de changement chez ceux qui souffrent ou qui simplement ne se satisfont pas d’une histoire qui serait « finie ». Eh oui, essayez un peu de dire qu’un autre monde est possible, que rien n’est « fini », invariablement on vous jettera à la figure le Mur de la honte.
C’est pour cette raison que je me méfie aussi beaucoup des célébrations autour de sa chute. Je n’y peux rien mais j’y vois comme un message subliminal qui nous invite à ne rien dire ni faire qui pourrait s’apparenter à une contestation, une remise en question du monde tel qu’il avance vers le désastre économique, financier et donc social, mais aussi écologique. Le Mur nous le rappelle entend-on : « Le mieux est l’ennemi du bien ! ».  Vingt ans après sa chute nous voilà, ceux qui rêvons d’un monde un peu moins pourri, à notre tour pris à son piège. Après avoir empêché des dizaines de millions d’êtres humains de quitter l’espace concentrationnaire qu’il symbolisait on voudrait qu’il nous réduise au silence et nous invite à la résignation.

LAZARILLO     

12
Bon, le Mur, rien à foutre... On m'a cassé les bonbons avec quand il était là, et on m' casse les bonbons avec maintenant qu'il est plus là... Les bonnes consciences qui s'accrochent à des "symboles" pour débiter le p'tit laïus humaniste (ou prétendu tel) ça m' gonfle... Tiens, là, j' m'envole d'puis quelques jours. Et que j' te sers de l'anti-dictature à toutes les sauces, et que j' te sers du paradis et de l'enfer comme de brouets de carnaval...
Pour ceux qui le savent pas, le Mur est encore là. Et en bons gros parpaings que la majorité du Monde Libre a monté un à un, une main sur le cœur et l'autre dans la culotte de ma sœur qu'est pas farouche et adore les aventures avec les ouvriers du bâtiment...
Rostropovitch, jouant d' son biniou au pied du Mur, était un connard de première qui avait pour lui d'être un as du violoncelle. Point. Me souviens de certaine interview donnée chez Chancel où il s' lamentait de sa vie en URSS passqu'il était obligé (ou sa femme) de nettoyer les carreaux de ses fenêtres LUI-MEME... Tâche dégradante pour un type qui attendait qu'on baise la trace de ses pas... Et l' poison est arrivé comme ça, passque personne a rien dit quand il parlait de cette façon... On voulait abattre le Mur pour que Rostropovitch puisse ENFIN avoir une personne qui f'rait les basses besognes à sa place. On a si bien laissé faire qu'y en a qui se torchent carrément avec les gens. Alors, le Mur, rien à branler.
Herta Müller. Une très bonne écrivaine. Très grande, faut pas charrier. J'aurais préféré qu'on attribue cette connerie de Nobel, puisqu'on l'attribue, à Peter BICHSEL passque lui aussi il sait de quoi y parle, mais c'est plus emmerdant que Herta qui parle d'un monder disparu qui sert de prétexte à certains pour éviter les questions qui devraient submerger le Monde Libre.

MON CHIEN AUSSI

13

Je vous lis tous, et c'est magnifique la diversité de vos souvenirs, de vos émotions. Et c'est bizarre pour moi, parce que je n'ai pas de souvenir particulier de ce jour-là. Un peu comme si j'étais étonné que la chute ne se soit pas produite plus tôt, déjà. Peut-être parce que je m'enfonçais dans le boulot, et que là où je travaillais, je voyais sur pièces que le capitalisme occidental commençait déjà à réfléchir sérieusement aux moyens de placer son portefeuille par là-bas, thanks Gorby. Que je ne me sentais pas particulièrement optimiste pour la suite. Qu'à mon dernier séjour en Russie, j'avais vu, pour la première fois, une jeunesse (des jeunes de 20 ans… alors que j'en avais 24 ou 25, l'antiquité !) qui commençait d'être sérieusement frivole, de désirer rapporter de l'Ouest des objets de consommation totalement inutiles (comme des lunettes à essuie-glaces, si, ça existait déjà !) plutôt que des livres. Et dans mes notes et les courriers reçus pour ce mois-là, je trouve l'écho d'amis malades, du suicide de ce copain moscovite peintre, qui la dernière fois que j'étais à Moscou voulait me donner un tableau représentant une orange pendue à un fil, j'étais en retard pour le rendez-vous, je l'ai manqué… en novembre 89 il s'est pendu. En fait je me souviens surtout du coup d'Etat contre Gorbatchev en 91, là j'ai eu peur, peur d'un déchaînement militaire, d'un retour en arrière. Parce que pour moi l'Ost, c'étaient eux, c'est d'eux que tout continuait de dépendre. En mai 1991, quand vous vouliez accueillir des amis russes chez vous, vous deviez encore émettre un certificat d'hébergement à légaliser auprès de l'ambassade d'URSS. Ces amis russes qui n'avaient pas d'argent, s'étonnaient qu'en France on ne puisse pas vendre son sang pour récolter quelques sous. Maintenant, ils peuvent aussi bien vendre leurs organes, leurs enfants…
En décembre 89, j'avais vu Carnet de Notes de Wenders, noté des thèmes récurrents comme l'identité, connaître son centre, l'image de soi et la cohérence, le temps, le rapport au temps, la disparition de la notion d'original avec la copie vidéo. Un couturier japonais qui n'espérait aucun avenir, se souhaitait plus vieux et que tout finisse vite, il y avait juste sa concentration dans l'instant qui le sauvait de tout, disait-il.

SYLVESTRE

14     Faut-il avoir tout lu ?

Faut-il avoir lu tout ce qui précède pour faire sa rédaction ? J'espère que non. D'ailleurs, je n'ai pas le temps de tout lire et je n'ai pas le temps de faire une rédaction. Le 9 novembre 1989, j'habitais à Berlin, où je (re)traduisais une pièce de Brecht pour un théâtre de la banlieue parisienne. J'ai reçu un coup de fil de Paris. On me demandais de raconter. Je n'avais encore rien vu. Je suis allé au mur. Il y avait beaucoup de monde. Je suis monté sur un mirador, pour voir. J'y ai rencontré une acteur français, qui est mort depuis et dont j'ai oublié le nom. Tout cela, pour être honnête, et au risque de n'être pas populaire, m'est apparu assez déprimant. Je suis allé à l'est, sur la Käthe-Kollwitz-Platz, où j'ai mangé un bon steak avec haricots verts. J'ai bu un café au Palais du Peuple, et je suis rentré. Dans les heures qui ont suivi, j'ai déménagé à Hohenschönhausen, à l'est de Berlin-Est, d'où en quelques mois j'ai assisté à l'agonie d'un pays, en savourant chaque matin une paire de Schusterjungen trempés dans mon café au lait. À l'époque déjà je n'avais plus guère de cheveux, mais je n'aimais pas les laisser pousser dans le cou. Je me suis mis en quête d'un coiffeur. Les amis qui me logeaient m'ont conseillé d'aller voir leurs voisins du dessus. La femme coiffait Margot Honecker. J'y suis allé, elle m'a coiffé, enfin elle m'a rafraîchi. N'empêche que Noël approchait et que je devais rapporter des cadeaux pour la famille et les amis. J'ai donc fait comme tout le monde, et surtout les Français: j'ai acheté un piolet et j'ai arraché des bouts de mur peinturlurés, dont certains sont aujourd'hui encore sur des étagères dans des salons amis. Je suis reparti pour Paris avec une R5 pleine de livres de DDR. Le meilleur de la littérature locale (et dieu sait qu'elle était riche et belle) et le meilleur de la littérature soviétique (idem) dans les meilleures traductions du moment. Voilà. Bonsoir

FRANÇOIS

   

15    Je me souviens


Rosemarie, le mur du silence dans les familles est peut être encore pire que tout.C'est une horreur, car il est invisible.
Bàv.

Et moi, je me souviens de tous ces Kremlinologues patentés, véritables vedettes télés, Alexandre Adler, impressionnant, avec son savoir illimité, connaissant tout de la carrière du moindre secrétaire de section, les plus petits détails de leur vie , la marque de leur chaussures, de leur brosses à dents.Bernard Getta et Carrère d'Encausse, soviètologue enchef .
Ils n'ont rien vu venir.
Je me souviens de ça.
Le passage d'un temps immobile, avec ses fiefs, à l'écroulement de ce qui était impensable quelques semaines plus tôt.
Je me souviens de la tête de Gorbatchev, avec sa tâche.
Je me souviens de la froideur , du masque de F.Mitterrand. Aucune joie.Prudent, glacial.


Je me souviens, de quelques secondes du journal télévisé en noir et blanc en 61 , car l'Allemagne de l'Est, c'était plutôt un gris sale, ce mur qu'on montait à la truelle, on montrait ça. C'était sinistre.
Et la politique allemande de ces 20 dernières années,comme le rappelait Mac, H. Kohl, fallait avoir les reins solides, et le peuple qui a accepté des sacrifices énormes , l'équivalence du DM =M Est c'est une vraie décision politique. Et probablement la retraite à 67 ans, un peuple très courageux, on peut le dire.
Et cerise sur le gâteau, Madame Angéla Merkel, quand on la voit sur des photos à tous les âges de sa vie, le visage qui s'épanouit,autoportraits de Rembrandt inversés, le bonheur construit , et sa réélection à la tête de cet immense pays.

MANIATIS

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08 novembre 2009

UNE FAMILLE, UN MUR/ EINE FAMILIE, EINE MAUER

LE MUR DE BERLIN, HISTOIRE D'UNE REUNIFICATION TRES PERSONNELLE

(Je vous présente ici en guise de "hors-d'oeuvre" pour demain,  et j'en suis flatté et fier , ce petit texte , en bilingue, de ma femme, née l'année de la construction du Mur. Màc)


Berlin a été pendant des années le symbole d'un monde divisé. 43 km c'etait la longueur de la frontière intérieure qui séparait Berlin-Est de Berlin-Ouest. Aujourd'hui ,un bout du mur subsiste sur la Bornholmer Str. . Sur le parking on peut voir les rayures blanches du checkpoint  qui s'y trouvait. Comme si seule la peinture avait survécu à la RDA. La Bornholmer Str., checkpoint que je franchissais petite fille avec mon père pour aller voir ma tante à l'Est,qui habitait Prenzlauer Berg, quartier populaire du temps de la RDA, aujourd'hui quartier branché dans la capitale reunifiée.
Je suis née en 1961,l' année de la construction du mur. En juin j'avais 3 mois.
Un peu plus tard, à l'âge de 5 ou 6 ans j'ai vu dans la porte du garage un petit personnage qu'un enfant avait gravé dans le bois,avec écrit "ULLI". Je demandais à mon père qui c'etait. "Mon fils,"me répondait-il. Rien de plus, le sujet etait tabou.

30 Juillet 2009 , après des recherches par Internet très compliquées,  le premier mail de mon frère m'arrive. Il habite à Berlin, nous nous sommes vus pour la premiere fois le 27 Octobre . Pas à Berlin mais à Düsseldorf. Après nous sommes allés à Marl.Notre ville natale à tous les deux. Nous nous sommes racontés nos enfances . Une seule enfance qu'on aurait du passer ensemble. Separés par un mur d'incomprehension familiale, de rancune , de manigances, pour éviter qu'on se rencontre. Le mur de haine familiale, qui nous concernait nullement,s'est cassé definitivement....quelques jours avant le 20eme anniversaire de la chute du Mur de berlin.


Die Berliner Mauer, Geschichte einer persönlichen Wiedervereinigung
Berlin ,diese Stadt war seit vielen Jahren das Symbol einer geteilten Welt. 43 km war die Länge der innerdeutschen Grenze,die Westberlin von Ostberlin abschnitt. Heute gibt es noch ein Stück der Mauer, Bornholmer Str. Vom ehemaligen Checkpoint bleiben heute nur die weissen Linien übrig. Nur die weisse Farbe hat überlebt, nicht die DDR, nicht die Mauer.
Als kleines Mädchen überquerten wir hier die Grenze, mein Vater und ich. "Drüben" besuchten wir meine Tante, sie wohnte in der Dimitroffstr. Damals Arbeitsviertel im Osten, heute eins der "Szenen"viertel von Berlin.
Ich bin 1961 geboren, Jahr des Mauerbaus, Im Juni war ich 3 Monate alt.
Später, als ich 5 oder 6 Jahre alt war, bemerkte ich, eingeritzt in dem Garagentor zu Hause, ein Strichmännchen. ULLI stand darin ,es wurde von einem Kind gemacht. Ich fragte meinen Vater,wer ist das, wer hat es gemacht? "Mein Sohn." Das war seine Antwort.Nichts weiter. Das Thema war tabu.
Am 30. Juli 2009 bekomme ich eine erste Mail von meinem Bruder. Er wohnt in Berlin. Am 27.10 sehen wir uns zum ersten Mal. Nicht in Berlin sondern Düsseldorf. Danach verbringen wir eine Woche in Marl. Erzählen uns gegenseitig unsere Kindheiten. Eine Kindheit, die wir hätten gemeinsam verbringen sollen. Wir waren getrennt durch eine Mauer von Familienstreiten, Rache ,Leute ,die alles taten,damit wir uns nie begegnen......Diese Mauer wurde definitiv zerstört...wenige Tage von der offiziellen Geburtstag des Mauerfalls in Berlin.

ROSEMARIE LIPKA

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(Photo Ulrich LIPKA, 2009)

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07 novembre 2009

L'ENIGME DU SAMEDI SOIR

Deux auteurs pour deux énigmes dont je ne dirais rien par crainte de trop en dire déjà... A vous !

Enigme 1

"Ainsi vous revenez, silhouettes furtivesnb2
Qui flattiez autrefois mon regard incertain
Vais-je à nouveau tenter de vous tenir captives ?
Ce vieux rêve en mon coeur reviendrait-il si tard ?
Mais vous vous approchez ! Demeurez, formes vives
Qui sortez à mes yeux des vapeurs du brouillard.
Sous le souffle enchanté dont votre essaim s'enflamme,
Un élan de jeunesse a fait vibrer mon âme.

Vous portez avec vous l'image d'heureux jours
Et vous ressuscitez plus d'une ombre chérie.
Fable à demi-perdue, échos lointains et sourds,
S'éveillent, en plaintive et douce mélodie,
Les vieilles amitiés, les premières amours,
Les détours imprévus des chemins de la vie,
Avec les noms de ceux qui, frustrés par le sort
De tant de beaux instants, ont sombré dans la mort.

Elles n'entendront pas la suite du poème
Les âmes de jadis pour qui je le chantais.
Le cercle des amis s'est dispersé, de même
Que le premier écho s'est éteint à jamais.
C'est pour des inconnus que je souffre ou que j'aime ;
Quand leur foule applaudit, j'hésite, je ne sais.
De tous ceux que mon chant émouvait à la ronde,
Le peu qui vit encore est épars dans le monde.

Et, longtemps oubliée, une invincible ardeur
Au monde des esprits, si calme et pur, m'entraîne ;
Ma voix module un chant indécis et berceur
Aux sons mals assurés de harpe éolienne.
Un frisson me saisit, le pleur succède au pleur ;
Ce vieux coeur endurci sent la joie et la peine.
Ce que je possédais semble m'avoir quitté
Et ce qui m'avait fui devient réalité.


Enigme 2

"Ils prirent un chemin forestier qui montait doucement et où le soleil ne perçait que comme une lumière mate. Quittant le sentier ils escaladèrent une pente, passèrent près d'un étang à poissons dont l'eau avait été vidée pour l'hiver. Ils s'arrêtèrent devant un cimetière juif, au milieu de la forêt, où les pierres avaient à moitié disparu dans le sol. Plus haut le vent sifflait sur une tonalité très aiguë qui faisait presque mal aux oreilles. La neige devint blanc pur alors que plus bas elle était encore couverte de grains de suie ; au lieu de traces de chiens, des traces de chevreuils. Ils montaient à travers le taillis. Les oiseaux chantaient partout. L'eau de la fonte des neiges s'écoulait en ruisseau bruyants.nb De minces rameaux poussaient sur les troncs des chênes, des feuilles sèches s'y agitaient isolément ; des troncs de bouleaux, des squames d'écorce pendaient en lambeaux blancs et tremblaient. Ils traversèrent une clairière au bord de laquelle des chevreuils se serraient les uns contre les autres ; des pointes d'herbe fanées sortaient encore de la neige pas très haute et se courbaient dans le vent. Plus ils montaient plus il faisait clair. Leurs visages étaient écorchés et en sueur. En haut - le trajet n'avait pas été très long -ils s'assirent dans le trou de vent d'une grande pierre et firent un feu de brindilles sèches. Il était tôt dans l'après-midi ; ils étaient assis près du feu et regardaient la plaine en bas où de temps à autre une voiture scintillait au soleil ; l'enfant avait la boussole à la main. Au loin, en bas, un point se mit à flamboyer et s'éteignit au bout de quelques temps, une fenêtre ouverte parmi beaucoup d'autres fermées. Il faisait si froid que les nuages de fumée qui montaient du feu se dissolvaient en flocons et disparaissaient, dès qu'ils arrivaient dans le vent. Ils mangèrent des pommes de terre qu'ils avaient apportées dans un petit sac et rôties dans la braise et burent du café chaud à la bouteille thermos."   

 

Posté par Soded à 17:02 - Commentaires [99] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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