La République des LIBRES

"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."J.Jaurès

22 novembre 2008

POLAR DU SAMEDI SOIR

Nuit1_DHAu gré de la nuit

Les phares ne sont pas des pinceaux dans la nuit mais des pinces de crabe qui raccourcissent l’horizon rectiligne de la route. La voiture gémit, le conducteur lit et apprivoise les bas-côtés, sa passagère est sage.

Longtemps, les arbres défilent. Demain, ce sera dimanche, il faudra aller travailler : lui, comme patron de la boutique de chaussures, elle, comme simple vendeuse.

C’est pourquoi elle porte de jolies bottes en cuir, son genou droit est à portée de main, juste à côté du levier de vitesse à tendance phallique (ce n’est pas une conduite automatique).

« La nuit leur appartient », se dit-elle, comme dans le film de James Gray, dont elle avait adoré le titre avant de le voir : fuite comme dans un rêve, alignement des platanes, surgissement tout à coup d’un lièvre qui l’a échappé belle.

Il restait deux cents kilomètres à parcourir, à parmourir si l’on écoutait les statistiques du ministère de l’Intérieur (faire peur et emprisonner, telle était la devise de la ministre de fer-blanc). Mais rouler librement était encore possible, une fois le jour éteint.

Lui, il se disait qu’il aimerait caresser cette jambe tentatrice, il pouvait tenir sans problème le volant de la main gauche, et pas utile de s’arrêter, il n’y avait aucune circulation sauf celle du sang dans son propre corps : il sentait qu’elle s’accélérait.

La pancarte au carrefour indiquait « Vinteuil », il prit à droite au rond-point, ces manèges pour automobiles qui avaient désormais remplacé ceux de son enfance sur les places des villes, avec leurs petits avions et leurs 4 chevaux vertes.

Elle se tournait vers lui, elle ressemblait un peu à la blonde de « Two Lovers », qu’il avait vu l’après-midi au MK2 près de la BnF. Le conducteur n’était pas Joachim Phoenix, il ne rayonnait pas comme lui, mais elle l’aimait et puis c’était le boss (comme dans le film).

La lune annonçait le croissant du petit déjeuner. La Mégane filait du mauvais coton : le voyant du réservoir d’essence s’était mis à clignoter. Mais le coup de la panne, un peu trop vulgaire, sans doute.

Jean-Michel gara la voiture sur une aire de repos (c’était ainsi que certains endroits étaient baptisés, pas seulement sur les autoroutes). Il n’y avait personne d’autre. Une chouette se manifestait comme un coucou.

Solange descendit de la voiture. Il aimait son prénom céleste. Il la prit dans ses bras, elle n’attendait que ça. Ils s’embrassèrent, ils avaient envie d’aller plus loin, ils remontèrent dans le véhicule. Ils ne s’étaient rien dit.

Demain, il faudrait dire bonjour aux clients comme si de rien n’était : l’un ferait la comptabilité, l’autre enfilerait des chaussures, il y en avait toutes sortes de pieds (elle repensait à un tueur en série qui en avait un qualifié d’ « égyptien », et c’est son empreinte qui l’avait dénoncé).

La nuit, ils la passeraient dans un hôtel anonyme à carte, où la chambre ressemble à une cellule à la Rachida Dati, et où le matelas est vraiment étroit.

Mais, demain, c’était enfin un jour de plus dans la semaine pour se voir sans entraves, se regarder, se lancer des baisers discrets, de loin, dans le magasin, tandis que la femme de Jean-Michel et le mari de Solange resteraient, eux, tranquillement chez eux à suivre « Vivement dimanche ! » à la télévision.

Le président de la République avait inventé, entre autres, la paix des ménages.

Dominique Hasselmann pour « la République des LIBRES » (20.11.08)
Photo : D. Hasselmann

Posté par Soded à 23:30 - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

LA REPUBLIQUE DES PITRES

"Oui, Michel Alba, tout ce que vous écrivez là est mort. Trouvez-vous une autre plate-forme et émigrez avec tout votre barda familial et vos petits pets littéraires. On n’en a rien à faire. Les gens comme vous fonctionnent tous de la même manière : et je me lèche par ci et je te crache par là. Attraction pour son petit moi et répulsion pour celui des autres. Vous n’avez aucune importance ni aucun intérêt, on vous a assez entendu braire, on vous connaît par coeur.
Rédigé par : Faniel | le 22 novembre 2008 à 17:49 |"

Voilà où est tombé un blog que nous aimions tous fréquenter."émigrer avec tout son barda".....mot pour mot ce que crachait JEAN-HEORLD PAQUIS, l'immondice qui animait "Radio Paris".....ça fait froid dans le dos.... Comme l'a magnifiquement célébré Di Brazza, on entendait les assiettes voler, les portes claquer, mais on y sentait une vie. Intense. Or, comme on le constate par cet exemple- entre mille!!- une reprise en main morale et intellectuelle est en train de balayer la blogosphère du MONDE. C'est absolument absourdissant, mais pas si étonnant. Reprenons: le MONDE a été fondé en 1945 sur les ruines du TEMPS dont il reprit le graphisme. Le fondateur, Hubert Beuve Méry (1902-1989) fut l'artisan de cette refondation. Le MONDE fut le phare du retour de la démocratie en France. Il fut immédiatement une "référence" en matière de presse...et pourtant, Hubert Beuve Méry n'avait été, au début de la guerre, ce qu'on pourrait appeler un gaulliste. Bien au contraire, il fut comme Mitterrand, un ardent vichyste.
En 1940-1941, Hubert Beuve-Méry participe, comme directeur des études, aux activités de l'École des cadres d'Uriage, une école de cadres créée initialement par le régime de Vichy
. Dans un article intitulé « Révolutions nationales, révolution humaine », publié dans Esprit en 1941, Beuve-Méry déclare :

« Il faut à la révolution un chef, des cadres, des troupes, une foi, ou un mythe. La Révolution nationale a son chef et, grâce à lui, les grandes lignes de sa doctrine. Mais elle cherche ses cadres ».

Lorsque l'École des cadres d'Uriage est fermée par Pierre Laval en décembre 1942, une partie de ses animateurs, dont Beuve-Méry par la suite, s'engagent dans la Résistance. Il participe aux combats de la Libération avec le maquis du Tarn. En 1943-1944, il est lieutenant aux Forces françaises de l'intérieur

À la veille du débarquement de Normandie, encore, et pourtant la situation ne faisait plus guère de doutes,, Beuve-Méry écrit : « "
Les Américains constituent un réel danger pour la France (...) Les Américains peuvent arrêter une révolution nécessaire, et leur matérialisme n'a pas la grandeur tragique du matérialisme des régimes totalitaires ».

..LA GRANDEUR TRAGIQUE DU MATERIALISME DES REGIMES TOTALITAIRES.....du Rebatet..du Jünger....

Il est alors évident que, sur de telles bases, le problème juif puis israélien allait constituer l'immense pierre d'achoppement du journal. D'années en années, la tradition "rassinienne" de l'antisémitisme de gauche a perduré, fleuri et embelli. Rassinier...dans son livre remarquable, NADINE FRESCO (Fabrication d'un Antisémite) explique d'une façon profonde, précise et subtile la dérive d'une certaine pensée de gauche vers l'antisémitisme.
Donc, les mesures ostracisantes vis-à-vis d'un certain nombre d'entre nous, et la réduction au silence de MICHEL ALBA, cependant qu'on laisse libres les acharnés de cet antisémitisme piteusement rhabillé sous les oripeaux d'une cause palestinienne prise en otage, n'ont rien d'étonnant.
QUE FAIRE???

Posté par MONTAIGNEACHEVAL à 17:44 - Commentaires [40] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Il n'a rencontré personne - Fin.

Il avance.

Face à lui, le dominant de sa masse déjà sombre, un vaste et haut quadrilatère aux toits mansardés : les Bénédictines. Austère comme pouvait l’être autrefois un couvent, signe ostentatoire de la force religieuse, la séparation de l’Eglise et de l’Etat l’avait voué à d’autres enfermements : celui des soldats d’un régiment d’infanterie, et enfin, des gardes mobiles. Hommes en bleu aux aguets, le bagage toujours prêt au-dessus de la porte d’entrée (ici, de sortie), prêts pour un mission qui pouvait envoyer des maris et des pères aux quatre cent diables le temps qu’il fallait pour matraquer de pauvres diables aussi pauvres diables qu’eux et basta si ce temps était long, trop long pour leurs gosses qui pendant ces semaines et ces mois-là poussaient tous seuls et pas toujours tout droit. L’Etat n’ayant jamais vraiment eu souci de bien loger ses chiens de garde, la routine faisant la force principale des armées, cette bâtisse s’était impitoyablement défaite de partout : toitures percées, carreaux cassés, peintures écaillées, crépis décollés, tout ça comme un immense eczéma sans fin gratté par froid, vents et pluies. Enfin soucieuses de sécurité et de dignité, les autorités avaient fini par la vider de ses occupants, hommes femmes et enfants – des enfants avaient grandi là, dans ces boites hautes et grises même par temps de soleil – envoyés monter la garde ailleurs au grand dam de la ville, de ses écoles et de ses commerçants.

B… ne sachant ou ne voulant que faire de ces écuries d’Augias et voguant, sans jeter l’ancre, de projets fumeux en combines immobilières, la caserne mourait à petit feu froid, courue par les rats, les squatteurs et les drogués, dont les seringues sales jonchaient le plancher pourri des greniers, le plus loin possible de quelque fourgonnette bleue à gyrophare.

Il entre. Une porte éventrée, quoi de plus facile. L’escalier aux marches ovalisées par le temps craque sous son pas chancelant. Il pourrait lire des inscriptions en tous genres, du niais au provocant, du coléreux au mélancolique. Il ne le fera pas. Un courant d’air encore plus glacé que celui qui ne l’a pas lâché depuis ce matin suit son ascension. De palier en palier, à court de souffle, tremblant de toute sa membrure, il finit par atteindre le grenier. Il entend vaguement un pas furtif. Un animal ? Non. Il ne verra pas dans l’ombre l’ombre apeurée qui s’éloigne, cet enfant curieux en quête de reliques : jouets, flacons, revues, et même vieilles cartouches qu’un gendarme compréhensif mais bon père le dissuadera de revenir chercher au péril de ses os.

Il avance. A nouveau, comme au passage souterrain, un pot-pourri d’odeurs innommables. Il devine un matelas au fond du grenier, craclochechant son crin et cachant sa crasse. Il avance, et son corps s’adoucit déjà, et lui vient comme un sourire intérieur. Il ne voit pas, dans l’obscurité, les lattes du plancher qui manquent.

Sa carcasse brisée n’ira jamais allonger sur le matelas.

Texte de PMB pour "La République des Libres". Photo : C.DRI - Avignon, parking des Italiens

Posté par Soded à 12:09 - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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