24 novembre 2008
OCCUPATION
Kostas Varnalis : « Feuilles volantes de l’Occupation »
Une parole publique au sens caché.
Lorsque Kostas Varnalis (1884-1974) fait paraître ses chroniques dans la rubrique « Art et Vie » du journal «Le Matin» entre 1941 et 1943, la Grèce est occupée par les Italiens et les Allemands et vit sous le régime de la censure.
Le titre sous lequel elles ont été ultérieurement rassemblées, « Feuilles volantes de l’Occupation » précise l’esprit de leur contenu : écrites au jour le jour, consacrées à des sujets divers, elles ressemblent à des tracts que l’on aurait distribués dans la rue, et dont les paroles ailées seraient ce que l’on se murmure de bouche à oreille à l’écart du discours officiel.
Ecrire sous la censure répond à plusieurs nécessités et exige d’adopter une stratégie : Athènes souffre (40 000 personnes sont mortes de faim en l’espace d’un an) et a besoin de soutien moral ; le refus de la soumission talonne l’intellectuel et lui impose de s’exprimer, mais de manière détournée, par le jeu convenu des symboles propres à la culture hellénique. Sous le couvert d’un discours humoristique anodin, parfois dissonant pour le lecteur contemporain qui n’a pas l’aide du contexte pour ressentir toutes les intentions de l’auteur ou les allusions à la réalité, philosophique dans le sens où il examine les réactions de l’être humain dans une situation de crise, Kostas Varnalis adresse à ses compatriotes des messages de confortation ou de réprobation, en première page d’un journal conservateur, lui qui fut exilé sous la dictature de Métaxas avec les proscrits de la gauche.
Examinant la réalité de l’Occupation, dans la vie privée et la vie publique, de l’intérieur et de l’extérieur du pays et de l’homme occupé, l’écrivain témoigne de façon solidaire des efforts de survie économique et psychique du peuple athénien. Il dresse un catalogue des différentes attitudes nées des circonstances : le voleur d’ânes et de vêtements, les profiteurs du marché noir, les dépouilleurs de cadavres ; des nouvelles habitudes : les ruses du buveur de vin, les potagers suspendus de Babylone, le maréchal-ferrant des chaussures. Il note également des changements sociaux d’importance : l’émancipation de la femme, qui sort de la maison où la confinent les mœurs pour devenir un agent indépendant de la vie économique.
Derrière la parole irréprochable mais assimilatrice de Varnalis s’entend une protestation, derrière chaque évocation du beau naturel il fait apparaitre la laideur humaine : on s’en convainc en lisant son éloge de la chenille processionnaire du pin, «émeraude vivante» qui rampe sur les troncs noirs d’arbres massacrés, vestiges d’un bosquet dévasté pour servir de bois de chauffage, à une époque de pénurie imposée par l’invasion.
Je traduis la fin de l’éloge de cette symbolique chenille :
« ‘Pour avoir des forêts, il n’est pas besoin d’écraser les chenilles : nous devons écraser les hommes. Pouvez-vous ? Non ! Laissez alors les chenilles tranquilles, qu’elles nous donnent l’impression de nous trouver en forêt, alors que nous nous trouvons dans ce deuil infini’.
Et il me montra les troncs coupés, qui s’étendaient aussi loin que portait le regard, et ressemblaient aux croix d’un cimetière ».
Traductions en français :
La véritable apologie de Socrate, aux éditions Kadmos.
La lumière qui brûle.
Sapience Malivole pour "la République des LIBRES"
Photo : David Morichon
BREIZH ATAO....ET L'ANKOU PASSA
Il s’appelait Jacques Bertrand. Mais c’est Jean Markale qu’on connaissait. Jean Markale était le pseudonyme du plus célèbre spécialiste français de l’histoire celte. Il était l’auteur de nombreux ouvrages sur le sujet. Il vient de disparaître à l’âge de 80 ans à Auray, dans le Morbihan.
Jean Markale « avait, avant de se lancer dans l’écriture, exercé, pendant vingt-cinq ans, le métier de professeur de lettres classiques dans un collège parisien. Comme quoi l'enseignement mène à tout.... Ses grandes spécialités : les Celtes, le mythe du Graal, l’histoire de la Bretagne, l’ésotérisme et les énigmes historiques ».
Markale, soi-disant spécialiste de la celtitude (oh celtitude!!! celtitude de nous letlouver!!!!) était en fait un farceur grand format. Il avait, en toute connaissance de cause, mélé poésie korrigane et biniousesque et pseudo-scientifisme pour la fameuse Collection Noire de Laffont. On voit chez Markale, les chevaux fous hennissant sur des grèves interminables, poursuivis par les démons des forêts et l'Ankou, la mort. ....Puis des dames ,blondes aux yeux noirs, comme dirait ce cher Nerval, qui luttent contre le vent qui hurle sur une mer ver véronèse...bref, le tout pas bien méchant. Sauf que , derrière ce celtisme, il y a eu souvent des idées très très contestables , navigant entre l'eugénisme et l'obsession de la "race celte". la Quête du Graal occupe une place de choix dans cette mythologie des embruns et des sorcières...mais quand on fait un petit rappel des livres de Markale
« Monségur et l’énigme cathare », « Gisors et l’énigme des templiers », « Carnac et l’énigme de l’Atlantide », « Brocéliande et l’énigme du Graal », « La Bastille et l’énigme du masque de fer », « Rennes-le-Château et l’énigme de l’or maudit », « L’énigme du Triangle des Bermudes », « Le Mont Saint-Michel et l’énigme du dragon », « L’énigme des vampires », « L’Atlantide et ses secrets », « Les mystères de la sorcellerie », « Halloween », « Amour et sexualité chez les Celtes », « Les Mystères de la sorcellerie », « Les Mystères de l’après-vie », sans compter de nombreux ouvrages sur les Celtes, sur les Druides et sur la matière arthurienne, on comprendra qu'il y avait chez cet hommme quelque chose de Rahan, Fils des Âges Farouches. Genre à vous expliquer que les pierres de Stonehenge furent téléguidés par des astronautes venus de Pellucidar....pas bien méchant, je vous dis? pas sérieux pour un clou. Mais divertissant. Surtout un dimanche de pluie dans un Gîte de France au milieu des années 70.....
Pour finir, n'oublions pas que le celtisme, la "celtitude" (comme dirait celle qui l'a la celtitude de l'avoir dans l'os) est souvent très très proche de l'extrême-droite.
photo : JMDesprez - Bretagne août 2006


