La République des LIBRES

"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."J.Jaurès

29 novembre 2008

Le POLAR DU SAMEDI SOIR

Les vignes du saigneur

Là, ça se verrait moins : ton sur ton, rouge sur rouge. Il traîna le corps par les pieds, les cheveux blonds balayaient le sol caillouteux mieux qu’un instrument domestique. Des feuilles mortes s’accrochaient au visage défait.

Oh, elle ne pesait pas très lourd, elle se laissait faire, on aurait presque pu croire qu’elle y mettait du sien. Entre les ceps noueux (les ceps sonor1t  toujours noueux), il se frayait un passage, il fallait aller assez loin pour perdre la route de vue.

Des grappes de raisin scintillaient dans le soleil déclinant. La vigne mourait en plein champ, elle ne se cachait pas, les feuilles cramoisies le disputaient à l’or de leurs concurrentes. Par terre, ce bruit de carton écrasé signifiait que la fin était proche, les pas foulaient ce qui était déjà tombé.

Dans l’après-midi, il n’avait pas pu la supporter plus longtemps. Ses jérémiades incessantes concernant sa santé (elle avait forcément un cancer du colon), ses remarques permanentes sur la vie qui n’offrait aucun intérêt (elle confondait avec une banque), sa mesquinerie quotidienne (un jour n’était jamais nouveau pour elle), tout cela avait fini par déborder.

Il avait arrêté la voiture, après cette promenade au sommet du mont Ventoux. Peut-être le soleil lui avait-il tapé sur le crâne, en plein midi, avec toutes ces pierres, ce désert minéral et catastrophique que l’on proposait de temps en temps aux coureurs du tour de France, comme pour leur faire expier les soupçons de dopage qui pesaient sur leurs épaules musclées et leurs jambes effilées.
- Viens, on va faire un tour dans les vignes ! lui avait-il proposé.
- La barbe, mais si tu y tiens…, avait-elle bredouillé.

Ils avaient marché ainsi, entre les haies d’un noir à la Hartung et les feuilles rouges et jaunes, cueillant de temps en temps un grain de raisin qui crevait comme une bulle sur la langue.

Dans son sac à bandoulière kaki, il avait emporté son Laguiole, à la lame si fine pour couper du saucisson. A un moment,  elle se retourna et lui demanda :

- On va encore marcher longtemps comme ça ?
- Non, bientôt on fera demi-tour, répondit-il.

Et soudain, il avait sorti son couteau, elle était juste devant, avec son dos tentateur, cible de coton bleu en forme de rectangle vertical : il lui avait planté en plein milieu, le sang avait jailli, il avait dû toucher juste au bon endroit.

Elle s’était écroulée dans l’allée, avec de petits soubresauts, puis la flaque rouge s’était étendue abondamment.

Il avait ramassé des feuilles par brassées, elles craquaient gentiment sous ses mains, c’était comme une fine couverture minérale qu’il lui offrait en guise d’adieu.

Puis il la laissa là, elle était sans doute plus heureuse maintenant. Il remonta dans sa voiture et alla jusqu’à Sault-de-Vaucluse, et s’arrêta dans le petit café-restaurant qu’il connaissait.

Il commanda une omelette avec une bouteille de vin « Côtes du Ventoux ». Le soleil venait juste de se coucher.


Texte de Dominique Hasselmann pour "la République des LIBRES"

photo S.Desprez - monts de Vaucluse - 2008

Posté par Soded à 20:29 - Commentaires [21] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

SOUTIEN A VITTORIO DE PHILIPPIS OU LE GRAND RETOUR DES LETTRES DE CACHET

Grâce à la vigilance de notre cher Lazarillo, je vous donne le texte paru dans LIBE sur cette affaire qui démontre un peu plus que dire que nous sommes à Weimar en 1930 ne relève pas du fantasme.

Un ex-PDG de Libération brutalement interpellé à son domicile

Du jamais vu dans une affaire de presse: le journaliste Vittorio de Filippis, qui a été directeur de la publication de Libération de mai à décembre 2006, a été interpellé à son domicile pour une banale affaire de diffamation. Récit.
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Quand il arrive dans les locaux de Libération, ce vendredi peu avant midi, il a encore la trace des menottes au poignet. Journaliste économique, actuellement membre de la direction du journal, Vittorio de Filippis a été PDG et directeur de la publication du journal de mai à décembre 2006. Il vient de passer plusieurs heures, d’abord au commissariat de police du Raincy (Seine-Saint-Denis), la commune où il réside, et plus tard dans la matinée de ce vendredi au tribunal de grande instance de Paris. Avant d’être mis en examen. Il est pâle, fatigué, outré.

«J’ai été réveillé vers 6h40 ce matin par des coups frappés sur la porte d’entrée de ma maison, raconte-t-il. Je suis descendu ouvrir et me suis trouvé face à trois policiers, deux hommes et une femme portant des brassards, et j’ai aperçu dans la rue une voiture de police avec un autre policier à l’intérieur.»

Les représentants de l’ordre lui disent qu’ils ont un mandat d’amener au TGI de Paris contre lui. «J’imagine tout de suite que cela concerne la période de cogérance durant laquelle j’ai été PDG et directeur de publication de Libération en 2006, et je pense à l’affaire Xavier Niel, du nom du fondateur de Free, le fournisseur d’accès à Internet, parce que c’est tout simplement l’affaire la plus récurrente parmi toutes celles dont j’ai eu à répondre comme directeur de publication. Et celle qui a suscité le plus de contacts avec les avocats de Libération, Jean-Paul Lévy et Emmanuel Soussen.»

Xavier Niel a déjà attaqué plusieurs fois en diffamation Libération et le journaliste Renaud Lecadre, auteur d’articles dans le quotidien et sur le site liberation.fr, évoquant les démêlés judiciaires du fondateur de Free.

Vittorio de Filippis a chaque fois été convoqué par la justice car sa responsabilité est engagée: l’article 42 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881 dispose que le directeur de publication d’un journal est «l’auteur principal» du délit de diffamation publique envers un particulier alors que le journaliste auteur du papier incriminé n’est que «complice».

Mais Xavier Niel et la société Free ont été déboutés systématiquement, lors de procès qui se sont tenus au deuxième trimestre 2008. A chaque fois, ils ont en plus été condamnés à verser des dommages et intérêts à Libération pour procédures abusives.

Ce matin, le ton est vite monté entre les policiers et le journaliste, celui-ci leur faisant remarquer qu’ils ont profité de son portail sans serrure pour pénétrer chez lui.

«Habillez-vous, on vous emmène», répliquent-ils en lui interdisant de toucher à son portable dont l’alarme-réveil se déclenche. «Je commence à m’énerver, raconte Vittorio de Filippis. Réveillé par le bruit, mon fils aîné, qui a 14 ans, assiste à toute la scène. Son frère, 10 ans, ne sort pas de sa chambre mais j’apprendrai par la suite qu’il était réveillé et a très mal vécu ce moment… Je dis aux flics qu’il y a peut-être d’autres manières de se comporter. Réponse devant mon fils: «Vous, vous êtes pire que la racaille!» J’ai juste le temps de rassurer mon fils, de lui dire que je ne suis pas un malfrat et que tout cela concerne le journal et qu’il est en train d’assister à une injustice. Je lui demande, en l’absence de ma femme qui est en déplacement, d’accompagner son frère à l’école et d’aller lui aussi en cours.»

Les policiers emmènent le journaliste au commissariat du Raincy.

7h10. Au commissariat, des policiers lui lisent les motifs de son interpellation. C’est bien de l’affaire Niel dont il s’agit et particulièrement d’un article du journaliste Renaud Lecadre paru sur le site liberation.fr. Après lecture du document, Vittorio de Filippis demande à plusieurs reprises la présence des avocats du journal. Réponse: «Ils ne seront pas là.» Vittorio De Filippis refuse alors de signer quoi que ce soit. «Je suis assis sur un banc, boulonné au sol, dont pendent plusieurs paires de menottes. Face à moi, affichée au mur, la Charte d’accueil du commissariat».

D’autres policiers demandent au journaliste de vider ses poches. Il s’exécute.

7h30. Trois policiers viennent le chercher, lui demandent de mettre les mains dans le dos et le menottent. Puis ils le conduisent à une voiture et prennent l’autoroute A86. Dans la voiture, les policiers se réjouissent de pouvoir «voir en vrai les bureaux de Navarro».

8h30. Vittorio de Filippis est emmené dans les sous-sols du TGI au dépôt, «quartier des hommes».

«On contrôle mon identité puis on m’emmène dans une pièce glauque, avec un comptoir en béton derrière lequel se trouvent trois policiers dont un avec des gants, précise Vittorio de Filippis. Derrière eux, un mur de casiers qui contiennent les effets des personnes «en transit». On me demande de vider mes poches, puis de me déshabiller. Dans mes papiers d’identité, ils isolent ma carte de presse et la mentionnent dans l’inventaire de mes effets. A aucun moment, jusqu’alors, je n’avais mentionné ma qualité de journaliste».

«Je me retrouve en slip devant eux, ils refouillent mes vêtements, puis me demandent de baisser mon slip, de me tourner et de tousser trois fois.»

Le journaliste s’exécute puis se rhabille, mais on lui a retiré ses lacets, sa ceinture, la batterie de son portable. et tous ses papiers et effets.

9h30. Les policiers l’accompagnent dans une cellule «qu’ils referment à triple tour».

«La pièce comporte une table, un rouleau de papier hygiénique, une paillasse en béton sur laquelle sont posées deux couvertures. Dans un recoin, j’aperçois un WC. Je m’asseois sur la table pour éviter les cafards et les mites.»

10 heures. Deux gendarmes viennent le chercher, et l’isolent à nouveau derrière un paravent en béton qui se trouve dans le long couloir bordé de cellules.

Ils lui demandent de se déshabiller complètement.

«Je signale alors que j’ai déjà été fouillé d’une manière un peu humiliante deux heures plus tôt et je refuse de baisser mon slip à nouveau. Bien que comprenant l’absurdité de la situation et mon énervement, ils me répondent que c’est la procédure et qu’ils doivent appeler la juge devant mon refus. Celle-ci leur répond que soit je respecte la procédure et dans ce cas-là elle m’auditionnera et je serai libéré; soit j’assume mes actes».

Le journaliste accepte donc de se laisser fouiller à nouveau, de baisser son slip, de se tourner et de tousser.

Rhabillé, il est menotté «mais cette fois avec les mains devant», et escorté par les gendarmes dans les couloirs interminables du TGI, jusqu’au bureau de la juge Muriel Josié, vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris.

10 h 40. Dans le bureau de la juge, les gendarmes lui retirent les menottes. La juge, qui «au départ», selon Vittorio de Filipis, «a l’air un peu gêné», lui signifie qu’elle l’a convoqué parce qu’elle a déjà procédé à de nombreuses convocations par courrier dans le cadre de l’affaire Niel et qu’il a toujours été «injoignable».

Le journaliste lui répond alors que, comme pour chacune des affaires qui concernent des articles écrits par des journalistes de Libération, il transmet les courriers aux avocats du journal. Et il demande alors à parler à ceux-ci. «La juge me demande leur adresse, puis me lit une liste d’adresses d’avocats dans laquelle j’identifie celles de nos avocats».

Puis Vittorio de Filippis refuse de répondre à toute autre question. La juge s’énerve, hausse le ton. Mais, en l’absence de ses avocats, le journaliste refuse tout échange verbal avec elle.

La juge lui fait signer le procès-verbal de l’entretien et lui notifie sa mise en examen pour «diffamation». Elle lui demande s’il sera joignable d’ici à la fin du mois de décembre.

Ensuite, les deux gendarmes reconduisent Vittorio de Filipis à travers les méandres des couloirs du TGI — «mais cette fois je ne suis plus menotté». Ils lui rendent ses papiers et ses effets. Et le libèrent.

11h30. Sur le trottoir devant le TGI, Vittorio de Fillipis appelle immédiatement les avocats du journal et la direction de Libération.

Aussitôt informée, la Société civile des personnels de Libération (SCPL, actionnaire du journal) dénonce, dans un communiqué, «ces méthodes inadmissibles». «La SCPL veut manifester sa solidarité vis à vis de Vittorio de Filippis, écrit-elle. Nous protestons auprès des autorités politiques et judiciaires. Nous demandons qu'une enquête soit ouverte sans délais sur ces méthodes.»

L’un des avocats de Libération, Me Jean-Paul Levy, dénonce les conditions de cette interpellation, «une première», selon lui, en matière de délit de presse. «Je suis l’avocat de Libération depuis 1975 et c’est la première fois que je vois un directeur de publication faire l’objet d’une interpellation et d’un mandat d’amener», déplore-t-il. «Je suis scandalisé que l’on inflige un tel traitement pour un délit qui n’est pas passible de prison».

La Société des lecteurs de Libération (SLL), «scandalisée par les méthodes employées par la police judiciaire et la magistrature dans une affaire de presse», s'associe à l'indignation et à la protestation de l'équipe.

Laurent Joffrin, PDG du journal et directeur de la rédaction, s'exprimera demain samedi dans la page consacrée par le quotidien à cette arrestation, sans précédent dans les annales judiciaires.

...DANS L'ANCIEN REGIME ON APPELAIT CELA LES LETTRES DE CACHET.

Et le plus croustillant de l'histoire, c'est qu'on ne doit pas toucher aux mafieux de l'Internet....Free, comme les autres. CQFD. Nous sommes bel et bienn entrés dans le nouveau totalitarisme ulltralibéral. Qu'on me démotre donc que j'ai tort!!!!

Posté par MONTAIGNEACHEVAL à 14:56 - Commentaires [65] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

DE LA QUEUE COMME ARME DE REPRESSION

Non.

Contrairement aux bonnes âmes d'ici-bas qui vont ricanner en disant "Ha!! pouvait pas s'en empêcher!! Gros humour vestiaire de piscisne! il ne s'agit pas de ce à quoi vous pensez..
Dans le magazine allemand "FOCUS" d'il y a 3 semaines (Focus ,c'est comme si le "Spiegel" avait rencontré "Marianne"), il y avait unn article fort intéressant qui attira mon attention car il reprenait au fond ce que je pense depuis des années. Une vieille lubie. Une question simple, au départ: comment faire, pour un pouvoir conservateur, réactionnaire ou totalitaire pour éviter une révolution ou des émeutes??? Bien sûr, un bon service d'ordre bien brutal fait l'affaire. Des vigiles intellectuellement limités mais féroces, aussi. Cependant, il demeure un risque non négligeable que la "tourbe" comme ces messieurs qualifient les pauvres gens, finisse par se livrer à quelque débordement collectif...car service d'ordre ou pas, quand on arrive à un degré de misère insondable, on n'a plus rien à perdre. C'est là qu'intervient cette idée géniale et vieille comme le monde: LA QUEUE. Obliger les peupples à faire la queue. On sait que le régime de Vichy pratiqua ce sport avec délices. Raréfier la distribution ou les services, pour que s'accumule une longue cohorte d'impétrants, de préférence sous la pluie. L'URSS et les pays de l'est l'avaient compris. Pour ma part , je me souviens des queues en RDA...devant les "Intershopläden" où les citoyens de RDA, nantis de Marks de l'Ouest, pouvaient trouver tout ce qui se trouvait dans l' "enfer capitaliste". On faisait entrer les gens parcimonieusement. Pourtant, à Berlin, le magasin "Intershop am Alexanderplatz" était immense et eût pu être en libre accès.
Le principe de la queue est simple. On laisse les gens debout, de préférence sous la pluie ou dans le froid, pendant des laps de temps jamais inférieurs à une demie-heure, le temps que la fatigue s'installe. La station debout devient pénible, on se met à détester, à haïr le voisin de devant, ou pire, celui qui va passer. On recuit un ressentiment incommunicable, première étape vers la docilité. La queue , cependant avance. Suffisamment pour que vous y restiez en vous disant "maintenant que j'ai attendu tout ce temps, je ne vais pas renoncer". Deuxième étape vers la docilité. Finalement , c'est votre tour. Vous vous retournez alors plein de mépris et de hargne pour les gens qui sont derrière vous, avec un sentiment de supériorité (ha!!! moi je suis unVIP), de félicité que vous bénissez, en étant servi. Alors que vous êtes fourbu, épuisée, que vous êtes imprégnés des sui generis de vos compagnons d'infortune, vous vous découvrez ravis de votre sort. Troisième étape de la docilité. Autrement dit la queue (les chefs de preuuuuduits parlent de "queuing") est donc une trouvaille sensass des sbires du capitalisme ou, plus largement, de tous les régimes à tendance totalitaire, socialistes y compris.
Depuis 15 ans, le principe de la queue est devenu instutionnel.Dans les gares, les postes, les services, il y a ces serpentins de gens qui attendent. On leur fait d'ailleurs suivre un parcours qui rappelle la production alimentaire... aves des droites, des virages, des points d'empilement...On a aussi inventé les lignes jaunes à ne pas dépasser. Carcan à la limite du virtuel, surveillé par ces fameux cerbères. Et l'on arrive au quatrième et dernier volet de cette apprentissage de la docilité, de la soumission: les cerbères du capitalisme sont très souvent des Africains. De pauvres balèzes, pseudo-Mobutus, pseudo-Kabilas, exploités, sucés jusqu' à l'os, pour des salaires de misère. Pourquoi?? Dame!! Pour monter "les uns contre les autres". Cassez-vous la gueule et pendant ce temps les affaires continuent...
Génie de l'écrasement, la société ultralibérale a su synthétiser tout ce que l'Histoire contenait de recettes pour soumettre des peuples. Et définitivement.

Posté par MONTAIGNEACHEVAL à 14:44 - Commentaires [12] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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