30 novembre 2008
BEATRIX BECK (1914-2008)
Beatrix Beck, Goncourt 1952, pour "LEON MORIN , PRETRE". On ne présente ni l'auteure, qui fut secrétaire de Gide, ni l'oeuvre qui "sauve" du fumier le Vatican ,en sublimant un prêtre qui passe de la réserve austère et au goût de soutane, à l'humanité la plus enflammée pour sauver une jeune femme poursuivie par les allemands. Décidément, la soi-disant Eglise Apostolique de Romaine a eu beaucoup de chance de trouver des Justes, des hommes de bien qui la sauvèrent du déshonneur. Léon Morin est interprêté, on le sait, par Belmondo. Sublime. Ce qu'on sait moins ,c'est qu'on trouve dans le film dans le rôle de l'officier de la Wehrmacht, un certain Volker Schlöndorff ainsi que le lymphatique Marc Eyraud...
Ce qu'on sait encore moins , c'est que Beatrix Beck, à part le Goncourt, obtint (on ne rit pas!) le PRIX DES AMIS DES ANIMAUX pour "L'ENFANT-CHAT" en 1984. Elle fut aussi l'auteure de livres pour enfant qui marquèrent mon enfance.
Merci , donc, à Béatrix Beck, une foué....
E.S.D.C. UNE NOUVELLE DE DI BRAZZA
Veuillez nous excuser pour la disparition du texte "E.S.C.D " indépendant de notre volonté.
co-signé : montaigneàcheval et soeur marie des roses.
Les flagellants de Sparte
« Damokratès, fils de Diocleus, chef de troupe, sous le patronome Claudius, vainqueur du « moan » d
es adolescents, consacre (cette hache) à Artémis Orthéia »
Il est des musées bien tranquilles, comme le musée de Sparte, dans de gracieux bâtiments néo-classiques édifiés par des architectes bavarois, entourés de jardins où se reposent hommes et statues. Seul manque le bruit de l’eau pour se voir évoluer dans l’idylle de Daphnis et Chloé. On pénètre dans le musée disposé à jouir de l’inoffensive émotion que procurent des choses si lointaines. Pourtant, en entrant, ce qui attire la vue, c’est une dizaine de haches de métal incrustées dans des plaques de marbre, portant toutes une inscription semblable à celle que j’ai recopiée. Cet adolescent, qui consacre à la déesse le prix de sa victoire, était un survivant.
Artémis Debout est-elle la déesse olympienne ou une divinité locale ? En tout cas, on dit que son xoanon (statue archaïque en bois) date des temps où Agamemnon à Aulis sacrifiait sa fille, que la déesse amena ensuite en Tauride. Iphigénie, seule ou avec son frère Oreste, retournant servir sa bienfaitrice dans son temple de Brauron en Attique, où elle allait finir ses jours, emmena avec elle la statue. Celle-ci, cependant, se retrouva mystérieusement à Sparte, au milieu d’un buisson d’osier qui la maintenait debout. On dit que son influence sur ceux qui la trouvèrent fut fatale, et qu’une prophétie exigea que la statue soit « teinte de sang humain », afin d’apaiser la déesse. Sous Lycurgue, les sacrifices humains prirent la forme d’un concours, appelé « moan » car il était accompagné de chants, où les adolescents de Sparte étaient flagellés jusqu’au sang. Là, les explications divergent : étaient-ils fouettés avec des branches d’osier lors d’un rite de fécondité ? S’agissait-il d’une véritable épreuve d’endurance et de soumission, où le dernier debout, celui qui n’était ni évanoui, ni mort, ni blessé au point de tomber sur le sol, gagnait une hachette de métal qu’il consacrait ensuite ? Pausanias (III, 16) dit : « mais si par hasard, à cause de la beauté des jeunes gens ou de leur condition sociale, les manieurs de fouet frappent avec mollesse, le xoanon de la déesse s’alourdit dans les bras de la femme qui le tient alors avec difficulté. Elle accuse alors les flagellants : c’est de leur faute si elle souffre. Cette préférence de la statue pour le sang humain date de l’époque des sacrifices en Tauride».
Pausanias écrit au IIème siècle après Jésus-Christ, la Grèce est romaine ; l’inscription que je vous montre est d’époque romaine, un « patronome » (nom porté par certains magistrats de Sparte) du nom de Claudius administre la ville : j’ai lu l’opinion d’un archéologue, qui soutenait que cette flagellation avait cessé longtemps avant la conquête, et que les Romains la remirent à l’honneur sous sa forme la plus cruelle.
Pour ma part, il me semble plausible que le Romain vainqueur n’ait pas hésité à exploiter un rituel archaïque pour le métamorphoser en jeux du cirque.
Or, c’étaient de telles choses qui devaient aussi alimenter la colère de l’évêque d’Hippone, et contribuer au discrédit touchant toute une culture religieuse impitoyablement combattue par le fer et le feu, entre 379 et 450 principalement.
Pausanias, Laconica, III, 6.
Plutarque, Lycurgue, 18 ; Institutions de Lacédémone, 40
Lucien, Anacharsis, 38
Texte de Sapience Malivole pour "la République des LIBRES"
Photo : Aliocha Kolesnikov - Le mont Taygète
29 novembre 2008
Le POLAR DU SAMEDI SOIR
Les vignes du saigneur
Là, ça se verrait moins : ton sur ton, rouge sur rouge. Il traîna le corps par les pieds, les cheveux blonds balayaient le sol caillouteux mieux qu’un instrument domestique. Des feuilles mortes s’accrochaient au visage défait.
Oh, elle ne pesait pas très lourd, elle se laissait faire, on aurait presque pu croire qu’elle y mettait du sien. Entre les ceps noueux (les ceps son
t toujours noueux), il se frayait un passage, il fallait aller assez loin pour perdre la route de vue.
Des grappes de raisin scintillaient dans le soleil déclinant. La vigne mourait en plein champ, elle ne se cachait pas, les feuilles cramoisies le disputaient à l’or de leurs concurrentes. Par terre, ce bruit de carton écrasé signifiait que la fin était proche, les pas foulaient ce qui était déjà tombé.
Dans l’après-midi, il n’avait pas pu la supporter plus longtemps. Ses jérémiades incessantes concernant sa santé (elle avait forcément un cancer du colon), ses remarques permanentes sur la vie qui n’offrait aucun intérêt (elle confondait avec une banque), sa mesquinerie quotidienne (un jour n’était jamais nouveau pour elle), tout cela avait fini par déborder.
Il avait arrêté la voiture, après cette promenade au sommet du mont Ventoux. Peut-être le soleil lui avait-il tapé sur le crâne, en plein midi, avec toutes ces pierres, ce désert minéral et catastrophique que l’on proposait de temps en temps aux coureurs du tour de France, comme pour leur faire expier les soupçons de dopage qui pesaient sur leurs épaules musclées et leurs jambes effilées.
- Viens, on va faire un tour dans les vignes ! lui avait-il proposé.
- La barbe, mais si tu y tiens…, avait-elle bredouillé.
Ils avaient marché ainsi, entre les haies d’un noir à la Hartung et les feuilles rouges et jaunes, cueillant de temps en temps un grain de raisin qui crevait comme une bulle sur la langue.
Dans son sac à bandoulière kaki, il avait emporté son Laguiole, à la lame si fine pour couper du saucisson. A un moment, elle se retourna et lui demanda :
- On va encore marcher longtemps comme ça ?
- Non, bientôt on fera demi-tour, répondit-il.
Et soudain, il avait sorti son couteau, elle était juste devant, avec son dos tentateur, cible de coton bleu en forme de rectangle vertical : il lui avait planté en plein milieu, le sang avait jailli, il avait dû toucher juste au bon endroit.
Elle s’était écroulée dans l’allée, avec de petits soubresauts, puis la flaque rouge s’était étendue abondamment.
Il avait ramassé des feuilles par brassées, elles craquaient gentiment sous ses mains, c’était comme une fine couverture minérale qu’il lui offrait en guise d’adieu.
Puis il la laissa là, elle était sans doute plus heureuse maintenant. Il remonta dans sa voiture et alla jusqu’à Sault-de-Vaucluse, et s’arrêta dans le petit café-restaurant qu’il connaissait.
Il commanda une omelette avec une bouteille de vin « Côtes du Ventoux ». Le soleil venait juste de se coucher.
Texte de Dominique Hasselmann pour "la République des LIBRES"
photo S.Desprez - monts de Vaucluse - 2008
SOUTIEN A VITTORIO DE PHILIPPIS OU LE GRAND RETOUR DES LETTRES DE CACHET
Grâce à la vigilance de notre cher Lazarillo, je vous donne le texte paru dans LIBE sur cette affaire qui démontre un peu plus que dire que nous sommes à Weimar en 1930 ne relève pas du fantasme.
Un ex-PDG de Libération brutalement interpellé à son domicile
Du jamais vu dans une affaire de presse: le journaliste Vittorio de Filippis, qui a été directeur de la publication de Libération de mai à décembre 2006, a été interpellé à son domicile pour une banale affaire de diffamation. Récit.
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Quand il arrive dans les locaux de Libération, ce vendredi peu avant midi, il a encore la trace des menottes au poignet. Journaliste économique, actuellement membre de la direction du journal, Vittorio de Filippis a été PDG et directeur de la publication du journal de mai à décembre 2006. Il vient de passer plusieurs heures, d’abord au commissariat de police du Raincy (Seine-Saint-Denis), la commune où il réside, et plus tard dans la matinée de ce vendredi au tribunal de grande instance de Paris. Avant d’être mis en examen. Il est pâle, fatigué, outré.
«J’ai été réveillé vers 6h40 ce matin par des coups frappés sur la porte d’entrée de ma maison, raconte-t-il. Je suis descendu ouvrir et me suis trouvé face à trois policiers, deux hommes et une femme portant des brassards, et j’ai aperçu dans la rue une voiture de police avec un autre policier à l’intérieur.»
Les représentants de l’ordre lui disent qu’ils ont un mandat d’amener au TGI de Paris contre lui. «J’imagine tout de suite que cela concerne la période de cogérance durant laquelle j’ai été PDG et directeur de publication de Libération en 2006, et je pense à l’affaire Xavier Niel, du nom du fondateur de Free, le fournisseur d’accès à Internet, parce que c’est tout simplement l’affaire la plus récurrente parmi toutes celles dont j’ai eu à répondre comme directeur de publication. Et celle qui a suscité le plus de contacts avec les avocats de Libération, Jean-Paul Lévy et Emmanuel Soussen.»
Xavier Niel a déjà attaqué plusieurs fois en diffamation Libération et le journaliste Renaud Lecadre, auteur d’articles dans le quotidien et sur le site liberation.fr, évoquant les démêlés judiciaires du fondateur de Free.
Vittorio de Filippis a chaque fois été convoqué par la justice car sa responsabilité est engagée: l’article 42 de la loi sur la presse du 29 juillet 1881 dispose que le directeur de publication d’un journal est «l’auteur principal» du délit de diffamation publique envers un particulier alors que le journaliste auteur du papier incriminé n’est que «complice».
Mais Xavier Niel et la société Free ont été déboutés systématiquement, lors de procès qui se sont tenus au deuxième trimestre 2008. A chaque fois, ils ont en plus été condamnés à verser des dommages et intérêts à Libération pour procédures abusives.
Ce matin, le ton est vite monté entre les policiers et le journaliste, celui-ci leur faisant remarquer qu’ils ont profité de son portail sans serrure pour pénétrer chez lui.
«Habillez-vous, on vous emmène», répliquent-ils en lui interdisant de toucher à son portable dont l’alarme-réveil se déclenche. «Je commence à m’énerver, raconte Vittorio de Filippis. Réveillé par le bruit, mon fils aîné, qui a 14 ans, assiste à toute la scène. Son frère, 10 ans, ne sort pas de sa chambre mais j’apprendrai par la suite qu’il était réveillé et a très mal vécu ce moment… Je dis aux flics qu’il y a peut-être d’autres manières de se comporter. Réponse devant mon fils: «Vous, vous êtes pire que la racaille!» J’ai juste le temps de rassurer mon fils, de lui dire que je ne suis pas un malfrat et que tout cela concerne le journal et qu’il est en train d’assister à une injustice. Je lui demande, en l’absence de ma femme qui est en déplacement, d’accompagner son frère à l’école et d’aller lui aussi en cours.»
Les policiers emmènent le journaliste au commissariat du Raincy.
7h10. Au commissariat, des policiers lui lisent les motifs de son interpellation. C’est bien de l’affaire Niel dont il s’agit et particulièrement d’un article du journaliste Renaud Lecadre paru sur le site liberation.fr. Après lecture du document, Vittorio de Filippis demande à plusieurs reprises la présence des avocats du journal. Réponse: «Ils ne seront pas là.» Vittorio De Filippis refuse alors de signer quoi que ce soit. «Je suis assis sur un banc, boulonné au sol, dont pendent plusieurs paires de menottes. Face à moi, affichée au mur, la Charte d’accueil du commissariat».
D’autres policiers demandent au journaliste de vider ses poches. Il s’exécute.
7h30. Trois policiers viennent le chercher, lui demandent de mettre les mains dans le dos et le menottent. Puis ils le conduisent à une voiture et prennent l’autoroute A86. Dans la voiture, les policiers se réjouissent de pouvoir «voir en vrai les bureaux de Navarro».
8h30. Vittorio de Filippis est emmené dans les sous-sols du TGI au dépôt, «quartier des hommes».
«On contrôle mon identité puis on m’emmène dans une pièce glauque, avec un comptoir en béton derrière lequel se trouvent trois policiers dont un avec des gants, précise Vittorio de Filippis. Derrière eux, un mur de casiers qui contiennent les effets des personnes «en transit». On me demande de vider mes poches, puis de me déshabiller. Dans mes papiers d’identité, ils isolent ma carte de presse et la mentionnent dans l’inventaire de mes effets. A aucun moment, jusqu’alors, je n’avais mentionné ma qualité de journaliste».
«Je me retrouve en slip devant eux, ils refouillent mes vêtements, puis me demandent de baisser mon slip, de me tourner et de tousser trois fois.»
Le journaliste s’exécute puis se rhabille, mais on lui a retiré ses lacets, sa ceinture, la batterie de son portable. et tous ses papiers et effets.
9h30. Les policiers l’accompagnent dans une cellule «qu’ils referment à triple tour».
«La pièce comporte une table, un rouleau de papier hygiénique, une paillasse en béton sur laquelle sont posées deux couvertures. Dans un recoin, j’aperçois un WC. Je m’asseois sur la table pour éviter les cafards et les mites.»
10 heures. Deux gendarmes viennent le chercher, et l’isolent à nouveau derrière un paravent en béton qui se trouve dans le long couloir bordé de cellules.
Ils lui demandent de se déshabiller complètement.
«Je signale alors que j’ai déjà été fouillé d’une manière un peu humiliante deux heures plus tôt et je refuse de baisser mon slip à nouveau. Bien que comprenant l’absurdité de la situation et mon énervement, ils me répondent que c’est la procédure et qu’ils doivent appeler la juge devant mon refus. Celle-ci leur répond que soit je respecte la procédure et dans ce cas-là elle m’auditionnera et je serai libéré; soit j’assume mes actes».
Le journaliste accepte donc de se laisser fouiller à nouveau, de baisser son slip, de se tourner et de tousser.
Rhabillé, il est menotté «mais cette fois avec les mains devant», et escorté par les gendarmes dans les couloirs interminables du TGI, jusqu’au bureau de la juge Muriel Josié, vice-présidente du tribunal de grande instance de Paris.
10 h 40. Dans le bureau de la juge, les gendarmes lui retirent les menottes. La juge, qui «au départ», selon Vittorio de Filipis, «a l’air un peu gêné», lui signifie qu’elle l’a convoqué parce qu’elle a déjà procédé à de nombreuses convocations par courrier dans le cadre de l’affaire Niel et qu’il a toujours été «injoignable».
Le journaliste lui répond alors que, comme pour chacune des affaires qui concernent des articles écrits par des journalistes de Libération, il transmet les courriers aux avocats du journal. Et il demande alors à parler à ceux-ci. «La juge me demande leur adresse, puis me lit une liste d’adresses d’avocats dans laquelle j’identifie celles de nos avocats».
Puis Vittorio de Filippis refuse de répondre à toute autre question. La juge s’énerve, hausse le ton. Mais, en l’absence de ses avocats, le journaliste refuse tout échange verbal avec elle.
La juge lui fait signer le procès-verbal de l’entretien et lui notifie sa mise en examen pour «diffamation». Elle lui demande s’il sera joignable d’ici à la fin du mois de décembre.
Ensuite, les deux gendarmes reconduisent Vittorio de Filipis à travers les méandres des couloirs du TGI — «mais cette fois je ne suis plus menotté». Ils lui rendent ses papiers et ses effets. Et le libèrent.
11h30. Sur le trottoir devant le TGI, Vittorio de Fillipis appelle immédiatement les avocats du journal et la direction de Libération.
Aussitôt informée, la Société civile des personnels de Libération (SCPL, actionnaire du journal) dénonce, dans un communiqué, «ces méthodes inadmissibles». «La SCPL veut manifester sa solidarité vis à vis de Vittorio de Filippis, écrit-elle. Nous protestons auprès des autorités politiques et judiciaires. Nous demandons qu'une enquête soit ouverte sans délais sur ces méthodes.»
L’un des avocats de Libération, Me Jean-Paul Levy, dénonce les conditions de cette interpellation, «une première», selon lui, en matière de délit de presse. «Je suis l’avocat de Libération depuis 1975 et c’est la première fois que je vois un directeur de publication faire l’objet d’une interpellation et d’un mandat d’amener», déplore-t-il. «Je suis scandalisé que l’on inflige un tel traitement pour un délit qui n’est pas passible de prison».
La Société des lecteurs de Libération (SLL), «scandalisée par les méthodes employées par la police judiciaire et la magistrature dans une affaire de presse», s'associe à l'indignation et à la protestation de l'équipe.
Laurent Joffrin, PDG du journal et directeur de la rédaction, s'exprimera demain samedi dans la page consacrée par le quotidien à cette arrestation, sans précédent dans les annales judiciaires.
...DANS L'ANCIEN REGIME ON APPELAIT CELA LES LETTRES DE CACHET.
Et le plus croustillant de l'histoire, c'est qu'on ne doit pas toucher aux mafieux de l'Internet....Free, comme les autres. CQFD. Nous sommes bel et bienn entrés dans le nouveau totalitarisme ulltralibéral. Qu'on me démotre donc que j'ai tort!!!!
DE LA QUEUE COMME ARME DE REPRESSION
Non.
Contrairement aux bonnes âmes d'ici-bas qui vont ricanner en disant "Ha!! pouvait pas s'en empêcher!! Gros humour vestiaire de piscisne! il ne s'agit pas de ce à quoi vous pensez..
Dans le magazine allemand "FOCUS" d'il y a 3 semaines (Focus ,c'est comme si le "Spiegel" avait rencontré "Marianne"), il y avait unn article fort intéressant qui attira mon attention car il reprenait au fond ce que je pense depuis des années. Une vieille lubie. Une question simple, au départ: comment faire, pour un pouvoir conservateur, réactionnaire ou totalitaire pour éviter une révolution ou des émeutes??? Bien sûr, un bon service d'ordre bien brutal fait l'affaire. Des vigiles intellectuellement limités mais féroces, aussi. Cependant, il demeure un risque non négligeable que la "tourbe" comme ces messieurs qualifient les pauvres gens, finisse par se livrer à quelque débordement collectif...car service d'ordre ou pas, quand on arrive à un degré de misère insondable, on n'a plus rien à perdre. C'est là qu'intervient cette idée géniale et vieille comme le monde: LA QUEUE. Obliger les peupples à faire la queue. On sait que le régime de Vichy pratiqua ce sport avec délices. Raréfier la distribution ou les services, pour que s'accumule une longue cohorte d'impétrants, de préférence sous la pluie. L'URSS et les pays de l'est l'avaient compris. Pour ma part , je me souviens des queues en RDA...devant les "Intershopläden" où les citoyens de RDA, nantis de Marks de l'Ouest, pouvaient trouver tout ce qui se trouvait dans l' "enfer capitaliste". On faisait entrer les gens parcimonieusement. Pourtant, à Berlin, le magasin "Intershop am Alexanderplatz" était immense et eût pu être en libre accès.
Le principe de la queue est simple. On laisse les gens debout, de préférence sous la pluie ou dans le froid, pendant des laps de temps jamais inférieurs à une demie-heure, le temps que la fatigue s'installe. La station debout devient pénible, on se met à détester, à haïr le voisin de devant, ou pire, celui qui va passer. On recuit un ressentiment incommunicable, première étape vers la docilité. La queue , cependant avance. Suffisamment pour que vous y restiez en vous disant "maintenant que j'ai attendu tout ce temps, je ne vais pas renoncer". Deuxième étape vers la docilité. Finalement , c'est votre tour. Vous vous retournez alors plein de mépris et de hargne pour les gens qui sont derrière vous, avec un sentiment de supériorité (ha!!! moi je suis unVIP), de félicité que vous bénissez, en étant servi. Alors que vous êtes fourbu, épuisée, que vous êtes imprégnés des sui generis de vos compagnons d'infortune, vous vous découvrez ravis de votre sort. Troisième étape de la docilité. Autrement dit la queue (les chefs de preuuuuduits parlent de "queuing") est donc une trouvaille sensass des sbires du capitalisme ou, plus largement, de tous les régimes à tendance totalitaire, socialistes y compris.
Depuis 15 ans, le principe de la queue est devenu instutionnel.Dans les gares, les postes, les services, il y a ces serpentins de gens qui attendent. On leur fait d'ailleurs suivre un parcours qui rappelle la production alimentaire... aves des droites, des virages, des points d'empilement...On a aussi inventé les lignes jaunes à ne pas dépasser. Carcan à la limite du virtuel, surveillé par ces fameux cerbères. Et l'on arrive au quatrième et dernier volet de cette apprentissage de la docilité, de la soumission: les cerbères du capitalisme sont très souvent des Africains. De pauvres balèzes, pseudo-Mobutus, pseudo-Kabilas, exploités, sucés jusqu' à l'os, pour des salaires de misère. Pourquoi?? Dame!! Pour monter "les uns contre les autres". Cassez-vous la gueule et pendant ce temps les affaires continuent...
Génie de l'écrasement, la société ultralibérale a su synthétiser tout ce que l'Histoire contenait de recettes pour soumettre des peuples. Et définitivement.
28 novembre 2008
LIVRE RETROUVÉ
En rangeant, j'ai retrouvé hier un petit livre que j'avais aimé, dans les années 90. "20 Minutes" de James Salter. James Salter est un écrivain très connu outre-Atlantique, moins ici. "20 MINUTES" est une nouvelle qui raconte, quasiment médicalement, anatomiquement l'affreuse et interminable agonie de sa femme après une chute de cheval. Tous les ressorts de la tragédie sont concentrés dans ce livre court et dense (je voulais écrire épais, mais vu la connotation péjorative de cet adjectif, j'y ai renoncé). pas un mot qui soit inutile ou qui sonne faux. Une sorte de long déroulement affreux de la vie qui s'en va, pas trop vite, pas trop lentement, à sa vitesse, indéchiffrable. Et pendant que la femme agonise, près d'une cloture en bois ,par-dessus laquelle le cheval s'est cabré, elle a les cheveus au vent du soir, comme si tout était ordinaire, habituel. Elle est cassée, fracturée, meurtrie. Pourtant, et James Salter est un somptueux écrivain, on voit le paysage, le vent, les herbes qui frémissent, toute la nature, absolument indifférente à la tragédie des hommes, hautaine et stupide. Une écriture hachée, douloureuse, entrecoupée d'ahanements devant ce qu'on ne peut éviter. Peu à peu, au fur et à mesure que la mort viennt, les phrases se font plus longues, plus lentes, plus douces...Histoire vraie ou affabulation???
Un livre superbe, inoubliable et inoublié. Car on n'est franchement pas obligé de ne parler que des "nouvelles parutions". Et c'est pourquoi je vous suggère ce très poignant petit livre.
27 novembre 2008
ROUAULT,LA LUMIERE SUBREPTICE
Puisqu'on en est à célébrer les 100 ans de Claude -Lévi-Strauss, on va rester dans "l'anniversarite". Il y a 50 disparaissait Georges Rouault. Pourquoi en parlè-je?? Tout bonnement parce que depuis septembre LA PINACOTHEQUE DE PARIS (titre bien fumeux, quand on compare avec la Pinacothek de munich, mais bon) nous propose une rétrospective ROUAULT, essentiellement les tableaux de la collection IDEMITSU. Les Japonais, en effet, sont , depuis longtemps, fous de la peinture du vieux Georges. Peintre catholique, obsédé par la foi??? Balivernes!! Né en 1871, Rouault garda de sa naissance à Belleville en Mai 1871 une sorte de souvenir halluucinné. Comme il le raconte quelque par, il est né au son du canon. Et ce canon, c'était celui que les Versaillais, ancêtres des pétainistes, faisaient tirer le 27 Mai 1871 contre la dernière barricade de la Commune, Rue des Pyrénées. L'écrasement de la Commune: encore un épisode "glorieux" de notre histoire!!!
Rouault était catholique, amis des Maritain, et de Léon Bloy. Ce dernier, quoique proche de Rouault, détestait sa peinture et une lettre de lui figure dans l'exposition. Mais Rouault est surtout un immense peintre-et d'ailleurs Matisse ne s'y trompa pas. Par-delà le peintre du Christ et des clowns (l'association me plaît assez) il est celui de la lumière subreptice, dirais-je. Ses tablleaux semblent éclairés par derrière. Bien sûr, on peut expliquer cela par la formation de gemmeur de Rouault, mais j'y vois plus une sorte d'inquiétude profonde, soulignée par la "ligne charbonneuse" si typique et elle aussi inspirée du vitrail.Rouault est inclassable. A mi-chemin entre tout ce que l'on veut, les expressionnistes, les abstraits. Il est d'ailleurs curieux que simultanément à l'exposition Rouault (jusqu'au 19 Janvier) on ait eu l'Exposition NOLDE ,au Grand-palais. Exactement conntemporains, on mesure en voyant les tableaux des deux artistes que le concept de "courant pictural" est une sacrée foutaise.
Rouault, comme Dufy, Derain ou Bonnard est partout et nulle part. Il représente, en peinture , cet esprit français, à la fois superficiel et profond, qui court de Debussy à Bergson et à Valéry. La peinture de Rouault s'accorde avec "La France Palais de Chaillot" , celle de la modernité des années 30, celle des photos où l'on voit la Place du Trocadéro, écrasée sous la chaleur d'Août. Une bonne d'enfant traverse la rue en tenant la main à un petit garçon de la haute en costumme marin. Et dans les immeubles mallet-Stevens, on imagine des Rouault.
Bref, il faut y aller, à cette exposition. D'autant que par ces temps de crise éconoomqie et de ratiboisage du pouvoir d'achat on a aussi une exposition POLLOCK. Deux peintres pour le prix d'un . Promotion comme les paquets de café ou les pizzas.
25 novembre 2008
ROUGES
Pour la première fois, les feuilles de vigne vierge de la tonnelle m’apparaissent dans leur teinte rouge-grenat. Quelle couleur!
Certaines se laissent traverser par les rayons solaires et, translucides, aux reflets chatoyants, conservent tout leur mystère bien qu’au grand jour. Une légère brise leur imprime un calme mouvement, parfois de brèves vibrations, friselis maîtrisé. D’autres, à l’ombre, d’un opaque bordeaux, cerbères immobiles le vent ne les atteignant pas, semblent affirmer : « Noli me tangere » et étendre la sentence à la haie tout entière.
Larvatus prodeo? Oui, transparent sous le soleil comme plongé dans l’ombre.
Juste au-dessus de moi, la branche la plus élevée de vigne vierge, colorée de rouge d’automne, flirte avec une aux feuilles vert pomme de l‘arbre tout proche. Sortes de longs bras végétaux qui, assurés de leur pleine altérité par leurs racines distinctes, osent se rejoindre et lancent l’un vers l’autre leurs doigts-feuilles dans l’espoir de se mêler, de créer leur natte bicolore. C’est le plafond de ma sixtine.
Cordia, labrador sable, couchée à même le sol, se repose du long voyage d’hier. Corps lové, pattes étirées, yeux fermés, elle s’imprègne de la chaleur distillée par le soleil, pallie les manques de son habituel climat normand.
Un lézard passe. Lowry aurait, j’en suis sûr, prêté attention à sa fugitive compagnie. D’un mouvement furtif, le saurien quitte sa gouttière refuge, descend, à la verticale et à toute allure, le long de la paroi blanche, court sur la terrasse aux pavés tachetés de durée puis disparaît, plus bas, dans l’un des interstices du vieux mur de pierres. Adam Pollo, lui, égaré biologique dans l’absurdité de son identité poreuse, perdu dans sa condition aux pourtours fantomatiques, seulement aidé de sa boussole interne de détraqué social, aurait tenté de se faire lézard et de le suivre.
Plein soleil, tout est lent, pas un bruit. Seules, au centre du village, les cloches de l’église se mettent en branle pour indiquer treize heures. La treizième sonne, c’est encore la même et c’est toujours la seule? Non, la différence gît, scintille et flamboie dans le cœur même de l’identique. Heures précieuses.
C’est la machinerie capitaliste, pétrifiée d’angoisse dans sa folle course suicidaire, qui a imposé la dictature de l’évènement permanent. Quand l’évènement est permanent, il ne saurait plus y avoir Evènement.
Tout est perdu? C’est entendu.
L’intoxication est générale, planétaire? Sans le moindre doute.
Le populisme nous pollue comme jamais depuis trois décennies? Assurément.
Le post-fascisme nous menace? Oui.
La prochaine guerre mondiale proche? Je sais, je sais. La guerre s’est-elle d’ailleurs arrêtée depuis un siècle?
Le capitalisme actuel, destructeur des singularités, n’est pas adapté à un monde aux dimensions finies. Le « fini« , tout empli, chargé de ce qui ne saurait plus croître, avec la puissance d’une lame de fond, se fracasse contre un système dévoyé, se disloque avec lui.
La crise financière fait rage, bisque rage. A mes oreilles, Vivaldi, Laudate pueri Dominum.
Les traits d’heures fixent les pendules, les traders scrutent, livides, sur leurs écrans, les pentes des courbes qui leur signifient la fin de la fête, les cours spéculés biffent la notion de durée au profit d’un présent absolu, tyrannique, vortex de corps épuisés, capitaux désincarnés, mains menottées, esprits instrumentalisés, sueurs quantifiées, âmes exploitées. Devant mes yeux, le rouge de la tonnelle, Cordia, maintenant à l’ombre, installée dans un profond sommeil. A droite, un couple vendange sa petite parcelle de raisins noirs en vue de la préparation d’une cuvée personnelle.
La vie n’est pas une fête ou plutôt, pas une fête donnée, immédiate, systématique. Faute d’avoir ressenti et intégré l’intime douleur de vivre, commune à toute vie consciente et que l’intelligence seule ne permet jamais d’appréhender, l’homme se leurre dans l’exigence de droits. Le leurre est la clé de voûte du mafieux. Avec les droits de, les droits à, pas de soleil, pas de recherche d’un rapport subjectif au temps, pas de calme, pas de volupté, pas de femme.
La voie à la mode, en vogue, n’est plus celle que l’on admire sur « L’origine du monde » mais le conduit anal qu’il s’agit de défoncer jusqu’à l’insoutenable anatomique.
Il faudrait peindre une telle scène, fesses largement ouvertes, épilation totale, orifice dilaté à l’extrême, coulures de lubrifiants auxquelles se mélangeraient quelques traces d’excréments résiduels et joindre la représentation obtenue au tableau de Courbet pour former le diptyque contemporain. Intitulé de ce diptyque : Le monde. Ou alors, photographier la scène et accoler le cliché à un magnifique nu de Willy Ronis.
D’un côté, Courbet, Ronis, sexe féminin clos, grotte mystérieuse bien à l’abri sous une pilosité foisonnante. De l’autre, tout est là, visible, en pleine lumière, trou sans différence sexuelle (la toile ou le cliché ne permettrait pas de déterminer si les fesses sont masculines ou féminines), et pourtant rien à voir que la destruction.
D’un côté, Courbet, Ronis, magie, mystagogie, désir du dévoilement à venir, promesse craintive de la pénombre, titillement enfantin de la découverte, espérance de plaisir, de récolte, littoral iodé, pêche miraculeuse, terra neuva, afflux sanguin, appel de la langue, hasard de la parole, doigt qui caresse, émerveillement qui ouvre, réel impossible, libido, domaine de la différence. De l’autre, fin de non-recevoir, persona non grata, terre brûlée, imposition du silence, appel du cri, poing qui se crispe, rejet qui ferme, virtuel de l’indifférenciation, pulsion, règne de la répétition.
Harmoniamundi pour "la République des LIBRES"
Photo : S.Desprez - Vaucluse, 2008
24 novembre 2008
OCCUPATION
Kostas Varnalis : « Feuilles volantes de l’Occupation »
Une parole publique au sens caché.
Lorsque Kostas Varnalis (1884-1974) fait paraître ses chroniques dans la rubrique « Art et Vie » du journal «Le Matin» entre 1941 et 1943, la Grèce est occupée par les Italiens et les Allemands et vit sous le régime de la censure.
Le titre sous lequel elles ont été ultérieurement rassemblées, « Feuilles volantes de l’Occupation » précise l’esprit de leur contenu : écrites au jour le jour, consacrées à des sujets divers, elles ressemblent à des tracts que l’on aurait distribués dans la rue, et dont les paroles ailées seraient ce que l’on se murmure de bouche à oreille à l’écart du discours officiel.
Ecrire sous la censure répond à plusieurs nécessités et exige d’adopter une stratégie : Athènes souffre (40 000 personnes sont mortes de faim en l’espace d’un an) et a besoin de soutien moral ; le refus de la soumission talonne l’intellectuel et lui impose de s’exprimer, mais de manière détournée, par le jeu convenu des symboles propres à la culture hellénique. Sous le couvert d’un discours humoristique anodin, parfois dissonant pour le lecteur contemporain qui n’a pas l’aide du contexte pour ressentir toutes les intentions de l’auteur ou les allusions à la réalité, philosophique dans le sens où il examine les réactions de l’être humain dans une situation de crise, Kostas Varnalis adresse à ses compatriotes des messages de confortation ou de réprobation, en première page d’un journal conservateur, lui qui fut exilé sous la dictature de Métaxas avec les proscrits de la gauche.
Examinant la réalité de l’Occupation, dans la vie privée et la vie publique, de l’intérieur et de l’extérieur du pays et de l’homme occupé, l’écrivain témoigne de façon solidaire des efforts de survie économique et psychique du peuple athénien. Il dresse un catalogue des différentes attitudes nées des circonstances : le voleur d’ânes et de vêtements, les profiteurs du marché noir, les dépouilleurs de cadavres ; des nouvelles habitudes : les ruses du buveur de vin, les potagers suspendus de Babylone, le maréchal-ferrant des chaussures. Il note également des changements sociaux d’importance : l’émancipation de la femme, qui sort de la maison où la confinent les mœurs pour devenir un agent indépendant de la vie économique.
Derrière la parole irréprochable mais assimilatrice de Varnalis s’entend une protestation, derrière chaque évocation du beau naturel il fait apparaitre la laideur humaine : on s’en convainc en lisant son éloge de la chenille processionnaire du pin, «émeraude vivante» qui rampe sur les troncs noirs d’arbres massacrés, vestiges d’un bosquet dévasté pour servir de bois de chauffage, à une époque de pénurie imposée par l’invasion.
Je traduis la fin de l’éloge de cette symbolique chenille :
« ‘Pour avoir des forêts, il n’est pas besoin d’écraser les chenilles : nous devons écraser les hommes. Pouvez-vous ? Non ! Laissez alors les chenilles tranquilles, qu’elles nous donnent l’impression de nous trouver en forêt, alors que nous nous trouvons dans ce deuil infini’.
Et il me montra les troncs coupés, qui s’étendaient aussi loin que portait le regard, et ressemblaient aux croix d’un cimetière ».
Traductions en français :
La véritable apologie de Socrate, aux éditions Kadmos.
La lumière qui brûle.
Sapience Malivole pour "la République des LIBRES"
Photo : David Morichon



