La République des LIBRES

"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."J.Jaurès

31 janvier 2009

LE POLAR DU SAMEDI SOIR

Pince-fesses culturel


Panique_DH

Au Palais Royal, Paris 1er, s’est déroulée, vendredi 30 janvier, à 18h30, une cérémonie de récompenses pour des personnes particulièrement méritantes comme, notamment, Francine Le Barrois d’Orgeval (bien connue pour sa thèse portant sur les « Explorations freudiennes de "A la recherche du temps perdu », 1988, université Paris VIII), qui a reçu des mains de la ministre de la Culture et de la Communication les insignes de Chevalier dans l’ordre des Arts et des Lettres.

Les concours hippiques ont encore de beaux jours devant eux.

Petits-fours, amuse-gueules, champagne à gogo, bonjour chère amie, il y a si longtemps que je n’avais eu le plaisir de vous voir, et vous, très cher, que devenez-vous ?

L’ambiance était festive, j’adore ces petites sauteries du vendredi soir sur un parquet ciré, juste avant de partir en week-end en Normandie dans le manoir que j’ai fait retaper après l’avoir fait classer comme monument historique.

Christine Albanel était belle, ses conseillers déjà en pensées sur l’oreiller du soir.

Je travaille dans son ministère, au département « Projets audiovisuels ». La plupart sont d’ailleurs plus odieux que visuels : il faut reconnaître que « la qualité France » est en perte de vitesse.

Nous n’arrivons plus à la cheville des Américains, et l’élection récente d’Obama va de toute évidence favoriser l’émergence d’un bataillon de jeunes producteurs et créateurs qui vont vite enfoncer nos Besson (Luc), Karmitz et Tavernier nationaux.

Je regardai certaines figures de l’assistance : leur principal souci semblait d’arriver à accéder au buffet où trois larbins en vestes blanches servaient force coupes de Piper Heidsieck  sans désemparer. La bulle financière était de retour !

Les conversations roulaient toutes sur l’avenir du ministère (et de la ministre), on entendait plaisanter sur La Princesse de Clèves (Nicolas Sarkozy est un excellent publicitaire), et puis « la crise » faisait rire tout le monde : un concept utilisé en dernier recours par « la gauche » pour reprendre du poil de la bête.

J’aperçus soudain Pierre Legoupil, un administrateur qui avait roulé sa bosse dans un certain nombre de lieux du pouvoir et qui avait été même mon chef de service en 1998.

- Tiens, comme c’est étrange, lui dis-je. Je croyais que vous étiez en retraite !
- Mais non, je n’ai pas encore soixante-dix ans !
- Et que faites-vous, maintenant ?
- Je m’occupe de la pollution chez Borloo.
- Dans son bureau ?
- Non, celle qui s’étend comme un couvercle sur Paris !
- Ah très bien ! On compte sur vous, alors…

Je l’entraînais vers l’abreuvoir, nous bousculâmes quelques moules en robes de soirée, agrippées là comme sur le rocher de Cancale.

- Vous voulez un verre ?
- Volontiers, ces pince-fesses, où l’on n’en pince aucune d’ailleurs, donnent soif : et toutes ces langues vipérines créent un tel « buzz » que l’on a envie de rafraîchir la sienne…
- Tenez, prenez donc cette flûte…

J’avais toujours un petit sachet de strychnine dans la poche intérieure de la veste de mon costume Smalto. Pour moi, c’est une sorte d’assurance sur la mort (souvenir du film de Billy Wilder), une manière socratique de me prémunir contre un événement que je n’aurais pas su anticiper.

Mais il était trop tard, à cet instant, pour que j’en verse une dose dans le champagne de Pierre Legoupil, qui m’avait joué, il y a quelques années, un tour de cochon quand nous étions au ministère de l’Agriculture. Je n’avais ni oublié ni pardonné.

J’attendrais donc la prochaine remise de hochets, à laquelle il viendrait forcément, pour mieux préparer mon coup.

- Pas mauvais ce Piper Heidsieck, dis-je à mon ancien supérieur hiérarchique.
- Oui, vivement la prochaine cérémonie chez vous ! Vous me ferez signe ?
- Je vous envoie un carton, c’est promis !

Déjà, Christine Albanel s’avançait vers moi :

- Pas de panique, Dominique ! Je voudrais juste vous dire un mot…




Texte de Dominique Hasselmann pour "la République des LIBRES"

(Photo D.H.)

31.1.09







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28 janvier 2009

A CEUX QUI NE VEULENT PAS VOIR,PAS ENTENDRE....ET A CEUX QUI ONT LA COMPRENETTE DIFFICILETTE

Puisque certains font semblant de glousser comme des dyndes à forts croupions, ces quelques images qui après le débat forcément violent qui a flingué ce pauvre Capote, j'espère que ces images suffiront à dire la SPECIFICITE DE LA SHOAH,Décidément réductible à rien, ni à Gaza, ni à Staline...désolé de pourrir votre soirée.

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les boîtes de Zyklon B

CHAUSSURES

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26 janvier 2009

De sang froid

marilynUne fois n’est pas coutume, je vais parler d’un film et, une fois n’est pas coutume, ce film parle de la fin d’un écrivain et non de son ascension.
« Infamous* » (« Scandaleusement célèbre ») m’a réconcilié avec les Etats-Unis ; pas l’Amérique politique car pour me réconcilier avec le capitalisme il faudrait sans doute me faire une lobotomie, non mieux que ça, avec le peuple américain, la pensée américaine des humbles et puis avec le cinéma américain actuel également.
Le film s’articule, de façon exemplaire, autour d’un livre et son auteur, « De sang froid » par Truman Capote.  Je n’ai pas lu ce livre et même n’ai lu aucun livre de Capote, mais pour une fois je ne le regrette pas car ce film m’a permis d’en découvrir la génèse et surtout donner l’envie de lire l’auteur…

1959 : Truman Capote écrivain new-yorkais absolument « branché », homosexuel, anti-conformiste, urbain, mal dans sa peau, décide d’utiliser un fait divers sordide, relevé dans le journal, comme trame de départ à un nouveau récit ; S’ensuit une enquête dans les milieux provinciaux paysans, en plein Kansas, là où les meurtres ont été commis (milieu paysan américain, c’est à dire l’équivalent de ce que l’on rencontrait dans une petite bourgade française riche et bourgeoise à époque correspondante).
Je l’ai dit, Capote est un artiste, anti–conformiste notoire. Il sera donc, dans un premier temps, rejeté puis finalement, complètement absorbé par ce milieu, milieu fasciné par l’urbanité de Capote qui fréquente en bon écrivain, le monde du cinéma, Hollywood, les stars, tous en rapport plus ou moins direct, avec le pouvoir présidentiel (JFK)… kansas
Capote, enfin admis, rencontre alors les deux auteurs du crime crapuleux, (l’assassinat d’une famille au milieu de la nuit, tandis que celle-ci était couché, pour leur dérober de l’argent qu’ils ne trouveront d’ailleurs pas) et va, lentement et délicatement, tâcher de sonder leur âme. Bien mal lui en prend, puisque il tombe en amour avec l’un des deux criminels et va, avec lui, attendre la pendaison…y assister et ne jamais s’en remettre.
Cette histoire mise en scène et interprétée de façon vraiment magistrale, avec une pudeur et une finesse remarquables, et que je trouve bouleversante à plus d’un titre, nous ramène à la question de la peine de mort, car elle y est dépeinte avec toute l’humanité qu’on ne peut plus, nous, européens, imaginer ; mais attention je parle de l’humanité qui met à mort, cette part d’ombre inhérente à chacun , celle qui réclame «vengeance» pour pouvoir donner «sens» à l’horreur de certains actes de ses semblables. Une humanité hésitant encore entre bestialité et lois ; car pour décider de la mise à mort d’un semblable en punition à un acte coupable, il faut faire preuve d’archaïsme.

M’est revenue le débat, alors que je n’avais pas 20 ans sur la peine de mort et son abolition , ici,  en France. Sur la nécessité de se hisser au rang  des  être civilisés comme garantie absolue contre la folie meurtrière qui s’empare des foules, ce « vengeance » qui crie en chacun de nous quand on  est injustement arraché à quelque chose qui nous est précieux, une autre vie la plupart du temps. Pourtant, et 20 ans plus tard, je ne me sens pas plus civilisée que mes propres parents l’étaient et souvent quand je vois et j’apprends des drames absolument abominables, des tortures infligées à la limite du supportable, des actes inimaginables de la part de mes contemporains, je me demande toujours si l’emprisonnement à vie vaut mieux que la mise à mort, le temps d’un éclair, le temps d’un sursaut car la barbarie de l’homme est un archaïsme et la réponse civilisée qu’on lui oppose, cette mise à l’écart du groupe pour la vie, à vie, ne rend pas les futurs meurtriers plus civilisés pour autant.
Alors, doit-on rassurer les meurtriers condamnés sur la haute idée que notre civilisation se fait, malgré tout, d’eux ? Doit-on rassurer et consoler les victimes qui souffrent quand elles n’en meurent pas, en étouffant ce cri « vengeance », en l’éduquant , en expliquant, sans cesse, que répondre à l’archaIsme par l’archaIsme nous maintient loin de la « belle humanité » ?  Vous me direz, c’est superflu puisque la question ne se pose plus pour nous. Pourtant, je ne peux m’empêcher de ressentir ce sursaut, et je pense alors à certains états américains où la peine de mort continue d’être.

Truman Capote, victime de la pendaison autant que son ami, n’écrira plus jamais…Sans doute, l’homme, quel que soit le degré de civilisation de ses lois, reste -t-il, par essence, démuni face à la punition qu’il adopte car quelle que soit cette punition, le meurtre et ses conséquences restent inextinguibles.
Ne ratez pas ce film.

* Infamous  de Douglas McGrath, réalisé en 2006 aux E.U avec Sigourney Weaver, Toby Jones, Sandra Bullock …sorti en France en avril 2007.

photos : Truman C. et Maryline M. - Kansas par Douglas County

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25 janvier 2009

NAZINGER, LE PAPE DE LA HONTE

Lili avait raison, sur l'autre fil, c'est quand même insensée que , au fond, on parle si peu de cette affaire sur les blogs soi-disant culturels.
Ratzinger a donc levé l'excommunication des lefebvristes, ce qui n'aurait strictement aucun intérêt, puisque les lefebvristes sont une sorte de survivance cocasse de la chouannerie, genre folklore dégénéré pour De Villers mais qui en fait est d'une gravité extrême puisque cette ordure de pape nazi et la Curie ont donc blanchi le sinistre Cardinal-Porc britannique intégriste Williamson, qui en Suède, avait déclaré que les chambres à gaz n'existaient pas. Ce n'est pas nouveau. Une grande partie de l'opinion des "intellectuels"mondiaux et en particulier ceux de droite mais pas seulement, pratiquent le négationnisme. De Rassinier à Faurrisson, Dieudonné et Le Pen , Meyssan et d'autres encore, innombrables.
L'Eglise Catholique, on la connaît depuis 2000 ans....2000 ans de saloperies , elles aussi innombrables. Concussion, népotisme, malversation, totalitarisme, pédophilie, lâcheté ,tartufferie, et surtout, surtout, surtout un antisémitisme forcené. Depuis Saint-Paul. L'antisémitisme devenu consubstantiel de la foi catholique. Si l'on veut se rassurer, on dira qu'il n'y a pas que les catholiques.
Dans ses "TISCHREDEN" (Propos de table) parues en 1535 un certain Martin Luther (pas King du tout, plutôt Kong!) fait preuve d'une antisémitisme historique. Certes. En Islam, même pas la peine d'évoquer les complaisances du grand Mufti de Jérusalem et du fondateur des Frères Musulmans, le pépé de Tariq Ramadan, pour les nazisme , viza "Les Protocoles des Sages de Sion" sans cesse rééditées en arabe...
Tout cela est classique, élimé à force d'être dit et redit. Mais jamais, jamais dans son histoire infâme, l'Eglise n'avait basculé dans une pareille ignominie. Pie XII était déjà réputé pour , disons, sa surdité chronique face à la Shoah. Mais tout cela restait dans l'onctueux, dans le cauteleux, l'hypocrite, la tartufferie...on voyait les prélats lever les yeux au ciel , joindre les mains et verser d'improbables larmes de crocodile.
Cette fois, même plus de ronds-de-jambe: Nazinger tranche à vif dans la viande. Y va franco. Sans bavures. Net. Williamson-le-Porc sera réhabilité.Williamson Point final. Circulez, y a rien à voir. Et le MRAP de Mouloud Aounit nn'a rien entendu, manifestement. Benouasèze est donc le pape du dévoilement de 2000 ans d'histoire : l'Eglise est FONDAMENTALEMENT, et désormais aux yeux de tous, sans qu'on puisse le contester, l'une des grandes responsables de l'antisémitisme....
D'où ce personnage magnifique que fut l'Abbé Grégoire....

Ecoutons-le, dans le CHAPITRE I de son ouvrage sur les Juifs:

"Depuis Vespasien, l’histoire des Juifs n’offre que des scènes de douleur et des tragédies sanglantes: onze cent mille périrent au siège de Jérusalem; deux cent trente-sept mille autres étaient morts tant à la défense de Jopata, qu’en bataillant dans les plaines de la Palestine; et cette contrée, jadis florissante, dévastée par le démon de la guerre, était une solitude couverte de cadavres et de décombres. Ce peuple malheureux vit alors son temple brûlé, ses villes rasées, sa capitale en cendres, et son corps politique dissous. Devenu le jouet de la fortune et le rebut de la terre, toujours haletant entre les poignards et la mort, il crut sans doute que la mesure de ses maux était comblée; il se trompait: un empereur romain sut encore enchérir sur les cruautés précédentes. Le fer, le feu, la faim firent périr près de quatre millions de Juifs sous le règne d’Adrien, y compris cinq cent quatre-vingt mille égorgés dans la révolte de Barchochebas, et l’on ravit à ceux qui échappèrent en petit nombre la consolation de contempler, même de loin, les ruines de Jérusalem foulée sous les pieds des Gentils. Auparavant, on les voyait, couverts de haillons, parcourir en sanglotant la montagne des Oliviers et les débris du temple; ils furent réduits à économiser sur leur misère, pour payer cette grâce à l’avarice des soldats. À ce prix, ils obtinrent la faveur signalée d’y venir pleurer le jour anniversaire du sac de leur Cité; et les Juifs achetaient le droit de répandre des larmes dans les lieux où ils avaient acheté et répandu le sang de JésusChrist. Pour aggraver leur désastre, on les força de quitter à jamais une patrie à laquelle ils étaient attachés par tant de liens, et que des motifs si puissants rendaient chère à leurs cœurs. En s’arrachant des lieux qui les ont vu naître, vers lesquels sans cesse ils tournent les yeux, mais qu’ils ne reverront plus, ils se traînent dans tous les coins du globe pour y mendier des asiles. Ils vont en tremblant baiser les pieds des nations, qui les lèvent pour les écraser, et chez lesquelles ils n’échappent aux tourments qu’à la faveur du mépris: leurs soupirs même sont traités comme des cris de rébellion; et la fureur populaire, qui s’allume comme un incendie, parcourt les provinces en les massacrant. On craint de se rappeler les horribles boucheries d’Alexandrie et de Cesarée, où les intervalles du carnage n’étaient que le temps nécessaire au délassement des bourreaux. "

Salut ému au grand Abbé Grégoire, Lumière au sein des Ténèbres.

LE JUSTE PARMI LES JUSTES :L'ABBÉ GRÉGOIRE
blog_portrait_abbe_gregoire

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24 janvier 2009

LE POLAR DU SAMEDI SOIR

Une Coccinelle le long du trottoir

Je l’ai décidé, je l’ai fait. Car je n’ai pas du tout apprécié qu’un type reproduise sur son blog la photo de ma voiture à laquelle je tiens tant, et que l’on puisse savoir que tel jour – en consultant Internet – j’étais à Paris, pour affaires professionnelles ou sentimentales.

J’ai garé ma Coccinelle le long du trottoir. Evidemment, c’est une auto ancienne, elle n’a pas la gueule d’un 4 x 4 (j’ai vu l’autre fois le « Koleos » de Renault, il paraît qu’en grec ce nom a une signification que les marketeurs du losange ne connaissent pas), mais son surnom et ses formes arrondies sont tellement jolis.

On allait voir ce qu’on allait voir : c’est quand même abuser, tous ces blogs, cette avalanche de photos incontrôlées, comme si on n’avait pas assez des caméras de surveillance dans les rues de nos villes !
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J’ai réussi à rentrer dans l’immeuble juste au moment où quelqu’un sortait : ensuite il suffisait de sonner à l’interphone.

- Monsieur Laplanche ?
- Oui, c’est pourquoi ?
- J’ai une chose très importante à vous dire…
- Mais à quel sujet ?
- Vous concernant, puis-je monter ?
- Qui êtes-vous ?
- José Beauvallon.
- Cela ne me dit rien…
- Justement, je vais vous expliquer, je vous assure que c’est grave !
- Bien, montez, c’est au quatrième étage…

La porte a fait entendre un bruit, je l’ai poussée puis j’ai pris l’ascenseur. Pas plus de 350 kg, précisait Schindler sur sa liste, ça va, j’avais encore de la marge.

Sur le palier, deux portes mais sans étiquettes. J’ai sonné au hasard à celle de gauche, elle s’est ouverte immédiatement.

Un grand type est apparu, en tee-shirt et jean effrangé.

- Vous êtes M. Beauvallon ?
- Oui, et vous, Monsieur Laplanche ?
- C’est cela même, entrez !

J’ai pénétré dans l’appartement. Tout à fait ordinaire : télé, table basse, quelques livres au mur, une litho d’un peintre inconnu, des CD empilés dans un présentoir style Monoprix.

- Alors, qu’est-ce qui vous amène ?
- Eh bien, voilà : je suis un fidèle lecteur de votre blog, mais l’autre fois j’ai aperçu sur l’un de vos « posts » (c’est comme cela qu’il faut dire ?) la photo de ma voiture à Paris. Or, vous ne m’avez pas demandé l’autorisation de la faire figurer dans un article qui se voulait plus ou moins (sans doute moins que plus) humoristique. Et cela me gêne, car ma femme n’était pas censée savoir que j’étais dans la capitale, et dans telle avenue sans doute reconnaissable pour un œil exercé, même si elle savait que j’étais en déplacement pour mon travail.
- Ecoutez, j’en suis confus et si vous craignez que cela vous crée des ennuis, je peux enlever la photo, il me suffira d’en prendre une autre…
- Oui, mais c’est trop tard ! Depuis, elle m’a fait une scène en disant que je la trompais, que je lui faisais croire que j’allais à des rendez-vous professionnels à Paris alors que c’était pour retrouver sans doute ma maîtresse !
- Comment a-t-elle reconnu votre voiture ?
- Par le numéro d’immatriculation et par la concordance des temps.
- OK, je vais faire le nécessaire : voulez-vous que j’appelle votre femme pour lui expliquer les origines de ce malentendu, et lui dire que vous étiez venu chez moi me faire une proposition tout à fait honnête concernant mes doubles vitrages ?
- Ce serait vraiment sympa de votre part…

Alors, il a pris son téléphone et a composé le numéro de Marie-Thérèse. Pendant qu’il appuyait sur les touches, je l’ai contourné en faisant mine d’aller regarder ses livres : uniquement des traités sur le zen, la béatitude, le boudhisme, le Dalaï-lama, et puis l’album « Tintin au Tibet ».

J’ai sorti mon Laguiole de la poche de mon pantalon, j’ai déplié la lame si belle, encore jamais tachée, et je lui ai enfoncée dans le dos, juste au moment où il disait d’une voix que j’ai trouvée trop suave :

- Allô, Marie-Thérèse ? Vous ne me connaissez pas, mais je connais bien votre mari…

Le reste de sa phrase a été avalé dans un immonde gargouillis, et son tee-shirt blanc a changé de couleur.

J’ai essuyé mon couteau sur le bras d’un de ses fauteuils en simili cuir, j’ai fermé la porte (Laplanche était étendu par terre) et j’ai repris l’ascenseur.

Je me sentais plus léger. Non mais, les blogs, ça va bien cinq minutes !



Texte de Dominique Hasselmann pour "la République des LIBRES"

Photo D.H.

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MAURICE NADEAU, UN ESPRIT DES LUMIÈRES

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"LA QUINZAINE LITTÉRAIRE"....tout le monde connaît cette belle revue littéraire, non pas sur papier couché comme les revues euptoudates, mais sur papier journal fort. Elle est vendue pliée. On peut l'approcher de son nez: elle sent l'encre d'imprimerie...
Tout le monde sait qu'elle fut fondée en 1966 par Maurice Nadeau, 98 ans aux prunes et toutes ses dents...Et Maurice Nadeau peut s'enorgueuillir d'avoir été l'un des plus grands passeurs de la littérature, l'un des plus grands découvreurs et initiateurs du XXème siècle. La Quinzaine. Deux fois par mois, c'est en effet bien suffisant, car cela permet une sorte de lente pénétration de la reue par les lecteurs. Et si l'on regarde le catalogue de la revue, on se rend bien compte de l'immensité de l'oeuvre de Maurice Nadeau. Pas de flafla, pas de concession à la mode..; mais une formidable intelligence des articles, un don pour faire sentir. Par quoi commencer??? Le numéro sur Michel Foucault....celui sur Hanna Arendt, sur Sartre, sur Flaubert, sur Kérouac, sur Soljenitsyne, celui du 14 MAI 1968LA_QUINZAINE_KOJEE

ou celui-ci
QUINZAINE

et récemment sur la disparition de François Caradec...bref, le catalogue de la revue montre qu'en plus de 900 numéros, on a le panorama sans doute le plus brillant qui se puisse concevoir de la littérature mondiale. Le numéro 983 de Janvier 2009 , par exemple présente un entretien avec Amos oz.
Amos Oz était à Bastia le 29 novembre dernier, pour recevoir le prix Ulysse, et qui consacre un auteur du Bassin méditerranéen. Le romancier israélien est dans l’actualité puisque avec David Grossmann, Abraham Burg et des ex-militants du Parti Travailliste, il crée un parti « Colombe », qui présentera des candidats aux élections de février 2009. Nous l’avons interrogé sur ce thème comme sur bien d’autres, plus littéraires, qui traverse son oeuvre.

Et ce qui m'a le plus intéressé, c'est ce livre:

FLORENCE COLIN-GOGUEL," L’IMAGE DE L’AMOUR CHARNEL AU MOYEN ÂGE"
Avec cette phrase de Malebranche qui est , à mon sens la clé de l'histoire du christianisme “Parce que son idéal demeure l’imitation du Christ, le chrétien bute sur la chair dans laquelle on lui a enseigné à voir une abjection. L’aspiration du fidèle à la vertu se fait au prix d’un déchirement intérieur dans l’exacte Rédemption. Le Révérend Père Malebranche se désespérait de voir les hommes de son temps si entêtés de « choses corporelles » qu’ils négligeaient de cultiver l’esprit, « leur âme esclave du corps » chérissant les divertissements. “

A l'heure ou NAZINGER vient d'annuler les excommunications des prélats intégristes dont Williamson cette ordure négationniste, voici matière à réflexion....

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22 janvier 2009

« Gens de Dublin avant ceux de Trieste et de partout»joyce

James Joyce naît en 1882 à Dublin. En 1914, après des difficultés éditoriales (les nouvelles sont écrites depuis 1909), sont publiées les quinze nouvelles qui forment l’ouvrage « Gens de Dublin ». Entre ses deux dates, une entrée chez les jéjoycesuites en 1988 au Clongowes Wood College qu’il quittera en 1892, son père ne pouvant plus acquitter les montants d’inscription. Puis, un autre collège jésuite en 1893 et, en 1898, entrée à l’University College de Dublin, à l’age de seize ans  le rejet du catholicisme (qui, cependant, imprégnera toute son œuvre à venir) et, très vite, déjà l’alcool, la bagarre, les amis qui nourriront son œuvre romanesque. 1904 sera marquée par la fameuse date du 16 juin, jour où il rencontre sa future femme Nora , femme de chambre et, en fin d’année par le départ du couple d’abord à Zurich puis à Trieste. Séjour à Trieste, naissance des enfants, rencontre d’Italo Svevo, cruciale, passage à Rome, allers-retours à Dublin.

    En fait, je ne vais pas plus m’étendre sur les éléments biographiques (assez connus et facilement accessibles) puisque c’est de « Gens de Dublin », que je viens de relire, dont je voudrais vous entretenir ici. Donc quinze nouvelles. Quelques titres : « Les soeurs », « Une rencontre », « Arabie », « Après la course », « Pénible incident », « On se réunira le 6 octobre » et « Les morts », dernière nouvelle de grande maturité du recueil qui servira de base à l’ultime film (1987) de John Huston dans lequel joue sa fille Anjelica.

    Nouvelles à la frontière du naturalisme qui m’ont parfois remis en tête des passages de « Pères et fils » de Tourgueniev. Nouvelles encore naturalistes, oui… Et pourtant, tout fuit déjà.

        - Vers où?
        - Vers l’extérieur et en avant.
        - Mais encore?
        - Vers Ulysse et l’Ulysse vers.
        - « Gens de Dublin » un Ulysse vert?
        - Oui aussi! Un Ulysse vert en ex-pension (de jésuites)
        - Comme Stephen Dédalus alors?
        - Oui, comme Stephen Dédalus…Mais lui y est encore, en pension.

    Les thèmes des nouvelles?
    Ils sont très variés :  L’alcool, la bagarre, la découverte de la mort par un jeune garçon, les questions politiques, religieuses, le sadisme, la violence, la bêtise crasse ou la médiocrité ordinaire, la jeunesse, la vie à Dublin en 1900, bien sûr mais tellement plus et puis, de l‘humour, de la drôlerie. Nombreux éléments autobiographiques sublimés , insertions de chants, chansons… On sait que ce qui deviendra Ulysse devait initialement être une nouvelle de « Gens du Dublin ». Dans une forme plus courte, on s’aperçoit tout à fait qu’il y aurait eu sa place, tout comme l’on s’aperçoit que de nombreux passages d’Ulysse sont imprégnés de scènes et de techniques narratives de « Gens de Dublin ».

    On sent bien présents les grands « combats » du Joyce à venir , combat contre le temps, combat contre l’espace, combat contre l’Histoire (cauchemar dont il essaie de s’éveiller), peut-être pas trop encore celui contre le langage (il y a toutefois au moins jeu) qui atteindra son apogée avec Finnegans Wake, quand Joyce, sorte de Lord Chandos « post-crise »,  paraît ne pouvoir reprendre confiance et n’avoir une relation avec les langues qu’en les triturant, les mélangeant, les contraignant, jouant et s’opposant avec et contre elles dans ce qui ressemble fort à des luttes à mort, à des étreintes passionnées, torrides (comme celles qu’il avait avec Nora et que ses merveilleuses lettres nous permettent, si j’ose dire, de pénétrer. Qu’elles sont crues ces lettres! Magnifiquement et foutrement crues!). Lacan, dans son séminaire de 1975-1976, le sinthome, a analysé de très près la fonction qu’il attribue à l’écriture pour le psychisme de James Joyce dans le cadre de son tripode Réel Symbolique Imaginaire. Derrida y consacrera aussi un livre. Mais ce sont d’autres questions. Joyce, il faudrait lui consacrer un billet tous les mois…

    Pensez-vous parfois au jeune Joyce, espiègle, rusé, imaginatif, lisant et relisant l’Odyssée, fasciné par la figure de filou d’Ulysse?

(A  noter la très bonne préface de Valéry Larbaud à la première traduction française de «Gens de Dublin »)

Texte de Harmonia pour la "République des LIBRES"
 

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21 janvier 2009

AMERIGO VESPUCCI

obama_yes_we_canQu'OBAMA soit un phénomène historique, il faudrait être un parfait imbécile pour n'en pas convenir ou ne pas le voir.  En son temps, Gorbatchev fut lui aussi un phénomène historique....et c'est lourd d'être un phénomène historique!
Qu'OBAMA représente l'accomplissement ultime de l'oeuvre d'émancipation des Noirs Américains, qu'il soit la réalisation du "dream" de MLK, nul ne peut en douter. Et puis soyons honnête, il est vrai que c'est profondément émouvant de voir un président américain métis...Jusqu'ici seuls le cinéma ou les séries TV nous en faisaient voir, des présidents Noirs ou métis , comme l'inénarrable Morgan Freeman dans "Deep Impact" , l'un des films -catastrophes les plus nuls de toute l'histoire du cinéma et où le Président, Morgan Freeman, donc, est une osrte de cureton larmoyant et passant son temps à bénir....
Pourtant, ce qu'attend Obama n'est pas une partie de plaisir. Il a tout à reconfigurer simultanément. 54 millions de pauvres sur 306 millions d'habitants, la crise économique dont le "deep impact" sera pire que celle de 1929, les affolantes prévisions en matière de changements climatiques...etc etc....et quelque chose, quand même qui fait réfléchir: Obama n'a jamais dit un seul mot à propos de la peine de mort.....AMERIQUENORD_EtatsUnis_05_03
Sa réussite passe par un "New Deal" rooseveltien. Et sur le cadavre du keynésianisme qui a enfin démontré son ineptie. Une tâche presque inhumaine.  Et puis, il aura à faire avec les inimaginables lobbies religieux et sectaires, qui, s'il va trop dans un sens égalitaire, vont le réduire à néant.
Donc, bonne chance à Obama, et quelle joie pour lui d'avoir eu Ségolène Royal comme conseillère culturelle!!!!
Et puis pour finir, c'est l'occasion de se plonger dans les biographies des 43 précédents présidents, dont certains sont, c'est le moins que l'on puisse dire, peu connus, comme Chester Arthur...un nom pour Babar!!!!

 

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20 janvier 2009

Envoi de PMB pour les LIBRES

… Et pourtant, la différence existe, et il est bon qu'elle existe, car si l'homme est un, il ne l'est pas comme le brin d'herbe dans le champ et la goutte d'eau dans la mer. La nature a fait l'homme divers par mille choses et d'abord le lieu de sa naissance. Pour moi, je suis Breton, et il n'est pas une seule fibre de mon être qui n'en témoigne pour le meilleur et pour le pire. Suis-je donc raciste ? Pas plus que l'Anglais exilé qui garde les manières de son île, pas plus que l'Africain qui, même en pays blanc, compose de la musique noire. Hasard de naissance ? Bien sûr : mais acceptation pro-fonde, car l'homme n'est rien d'autre : un hasard qui se fait destin.

L'antiracisme n'est pas la négation de la différence, qui ne conduirait qu'à transformer l'espèce humaine en un seul peuple indiscernable, comme les fourmis. L'unité n'est pas la totalité, disait Camus, mais son contraire, l'exaltation des différences. Tu n'es pas moi, mais tu es mon égal. Ta différence m'est nécessaire et m'enrichit.

Cela, le raciste ne peut le comprendre. Tantôt il repousse l’autre parce qu'il ne lui ressemble pas, et tantôt il l'oblige à lui ressembler. Il y a deux sortes de racistes : le raciste conscient qui dit : « Eloigne-toi de moi », et le raciste inconscient qui dit : « Imite-moi. » Qu'est-ce donc que la question raciale ? Une pure question de droits, en effet. L'homme blanc, noir ou jaune, a les mêmes droits, car il possède en usufruit la même planète et le même soleil. Il est comme moi l'hôte de cette terre : il peut, s'il le désire, partager mon savoir, mon expérience, mon pain, ma dignité ; épouser ma sœur ou ma fille si elle veut de lui et s'il veut d'elle : rece-voir le même salaire pour un travail égal au mien. Coexis-tence ? Non : fraternité. Alors seulement, je le jugerai comme il doit l'être, en tant qu'individu, préférant tel Blanc à tel Noir et tel Noir à tel Blanc. Puisque toute vie se tisse de choix et de rencontres.

La grande révolution que je souhaite n'est ni le morcelle-ment de la planète en races antagonistes, ni son unification simpliste. Les deux cartes ont été jouées, pendant des siècles, et n'ont jamais abouti qu'au désordre et à des empires de ségrégation ou de nivellement. Peut-être un jour les hommes atteindront-ils à la sagesse de considérer le monde, non comme un puzzle d'Etats abstraits nés de traités et de guerres, mais comme un vaste ensemble de provinces ethniques. On sera chez soi ; et en même temps, on voyagera, et sans nos passeports grotesques, d'une province à l'autre. Je crois à la double dimension de l'homme qui, dans son astronef, tutoie les étoiles, tout en songeant à son coin familier.

Citoyen de l'univers, oh ! je mourrai frustré de tous les pays que je n'aurai pas vus et cette terre n'est pas trop grande pour mon désir ; et pourtant, la somme de ces désirs tient dans un paysage que l'œil de ma mémoire contemple tout entier. Mais plus que tout, dût-on me traiter d'humaniste, puisque l'homme qui s'intéresse à l'homme est de nos jours plus ridicule que celui qui s'intéresse au chien, j'aime la race unique et diverse qui a payé le plus haut prix pour toutes choses : pour sa survie l'effort de ses mains et, pour son intelligence, la connaissance de sa mort. Ses millions de visages différents ont le même fleuve pour miroir.

Morvan Lebesque

La Loi et le système,

Le Seuil

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18 janvier 2009

JEAN GIONO SUR LE TOIT

Angelo, L’iris de Suse, Mort d’un personnage, Le hussard sur le toit, Le bonheur fou, Les grands chemins, Un roi sans divertissement, Les âmes fortes, Le chant du monde, Que ma joie demeure, Serpent d’étoiles, Regain …etc … autant de titres qui évoquent pour chacun de nous un roman lu un jour et dont on ne peut se défaire. Giono
Jean Giono bien-sûr, puisqu’il s’agit de lui, écrivain puissant, controversé, un peu écarté de par sa forte appartenance régionale, dans les années 50-60 on ne peut plus « parisiennes », et qui de ce fait bénéficie d’une notoriété quelque peu bigarrée, passant de collabo à populiste et régionaliste à l’indécrottable accent.

Né à Manosque, (bourgade située en plein cœur des Alpes de Haute Provence, si cela vous évoque quelque chose et qui domine la plaine de la Durance), à l’hiver 1895 de parents piémontais, humbles, il se voit rapidement dans l’obligation de quitter ses études pour apporter sa part d’argent dans leur petite famille. En 1915, à vingt ans, il est envoyé à Verdun. Il revient absolument changé de cet épisode guerrier et barbare où il a assisté au pire. Dans son Manosque, Jean Giono, le « voyageur immobile » nourri de lectures classiques démarre alors l’écriture et, dévoré par elle, s’y abandonne définitivement. Il meurt à Manosque en 1970.

Avant d’aller plus loin, revenons rapidement sur l’attitude d’homme libre, attitude teintée d’anarchisme et nimbée de pacifisme qu’il adopte dans la vie par diverses prises de position -notamment des publications- et dans son écriture (par exemple "Que ma joie demeure") suite à son expérience de la guerre à Verdun et en Belgique … choix politique qui le fera être emprisonné en septembre 1939 pour refus d’obéissance...puis en septembre 1944, et pour les mêmes raisons mais, comme en négatif, pour collaboration avec les Nazis….
Relaché en janvier 1945 sans une quelconque preuve d’inculpation, le « Comité National des Ecrivains » n’en décide pas moins d’interdire toute publication de son oeuvre en France. Cette interdiction sera levée en juin 1947. Cependant…. Cependant Jean Giono continue de souffrir de l’opprobre. Quoi ! être si près du grand Alexandre et de son armée de l’ombre et lui préférer l’inertie « physique » du pacifisme … car la propagande "anti-Giono", René Char, son « voisin de vallées » se fera un plaisir de la disséminer. Et aujourd’hui encore cela perdure, comme si la lumière et le souffle dégagés par son œuvre ne pouvaient à eux seuls suffire à le laver de toute appartenance nazie, "même en rêve" pour certains.

Si je vous parle de ça ici c’est, au-delà d’un  "voyage immobile", pour évoquer le goût inaltérable que je porte à son œuvre et à travers "le Hussard sur le toit" revenir sur cette notoriété entâchée.
Il publie ce roman  en 1951 mais l’idée de consacrer un livre à la confrontation de son personnage Angelo au choléra, est formellement datée d’avril-mai 1945. Or, le 30 avril de cette même année, Berlin tombe aux mains des Soviétiques, et, le même jour Hitler se dynamite, lui ses proches et son bunker…
Je vois dans cette incroyable description de l’épidémie de choléra qui fait rage en Provence une métaphore du pouvoir en général et du nazisme en particulier : la maladie touche et tue un homme et rend les autres fous et monstrueux; Et Jean Giono, à travers les yeux et les bras d’Angelo va exposer – sous une lumière/soleil implacable - toute l’abjection de cette maladie dont souffre alors le monde.

"Toute cette barbarie n’était pas seulement dans le sommeil rouge d’Angelo. Il n’y avait jamais eu un été semblable dans les collines. D’ailleurs, ce jour-là, cette même chaleur noire commença à déferler en vagues tout de suite très brutales  sur le pays du sud… "

Angelo, jeune aristocrate italien, exilé en France pour avoir tué en duel, à une époque très trouble de l’histoire de son pays, quelqu’un qu’il ne fallait pas, ne vit que par le soutien financier et spirituel de sa mère restée en Italie… A l’instar de Fabrice del Dongo, Angelo « vagabonde » en Provence à la recherche de l’oubli. Mais la Provence qui devait être un refuge s’avère être la proie de la destruction et de la mort.

"…Il put voir autour de lui un spectacle heureusement très insolent.
C’étaient trois cadavres dans lesquels le chien et les oiseaux avaient fait beaucoup de dégâts. Notamment dans un enfant de quelques mois écrasé sur la table comme un gros fromage blanc. Les deux autres, vraisemblablement celui d’une vieille femme et celui d’un homme assez jeune, étaient ridicules avec leurs têtes de pitres fardées de bleu, leurs membres désarticulés, leurs ventres bouillonnants de boyaux et de vêtements hachés et pétris. "

Face au chaos provoqué par le choléra et son ampleur, il trouve refuge un moment sur les toits de la ville où il passait… Transfiguré par l’urgence de sa situation il assiste de là-haut aux différenttarascons carnages de la population bien- pensante livrée et se livrant au pire …

"Il fut tout à fait réveillé par un cri si aigu qu’il laissa comme une trace blonde devant ses yeux…/…en embrassant une cheminée, Angelo put se pencher sur le vide.
Il ne vit d’abord que des gens en tas. Ils semblaient piller quelque chose à la façon des poules sur du grain. Ils piétinaient et sautaient quand le cri jaillit encore plus aigu et plus blond de dessous leur pieds. C’était un homme qu’on tuait en lui écrasant la tête à coups de talons ; Il y avait beaucoup de femmes parmi les gens qui frappaient. Elles rugissaient une sorte de grondement sourd qui venait de la gorge et avait beaucoup de rapport avec la volupté. Elles ne se souciaient ni de leurs jupons qui volaient ni des cheveux qui leur coulaient sur la figure. Enfin la chose sembla finie et on s’écarta de la victime. Elle ne bougeait plus, était étendue, les bras en croix…"

On le voit, on est bien loin de l’adaptation cinématographique faite par JP Rappeneau en 1995, (au demeurant un bon réalisateur particulièrement pour son adaptation de Cyrano de Bergerac)  qui s’est borné à une adaptation mièvre comparée à la violence, au sang , au feu dénonciateurs du roman. 
(A noter une très belle adaptation de « Regain » par Marcel Pagnol en 1937 avec Orane Demazis, Gabriel Gabrio et Fernandel et également « Crésus » mis en scène par Jean Giono lui-même en 1960, avec Fernandel très émouvant.)

Photos de Tarascon prises du haut du château du Roi René ; février 2007. S.Desprez.

Posté par Soded à 17:31 - Commentaires [125] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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