La République des LIBRES

"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."J.Jaurès

31 mai 2009

POUR LES 150 ANS DE SA THEORIE : AND THE DARWINNER IS.....

LE MONDE A ETE CREE EN 4004 AV-JC, C'EST INCONTESTABLE.

Moi, voyez, je suis une âme simple. Pas un intellectuel. Comme qui dirait, je n'ai pas beaucoup lu dans ma vie. Et puis, le dimanche, Monsieur le Curé, il nous dit des choses passionnantes. Que tout le monde peut comprendre. Ainsi, l'autre semaine, il est monté en chaire, a failli se prendre les pieds dans sa chasuble qu'il avait mal remontée après s'être fait offrir une petite gâterie par le bedeau comme il est d'usage, et nous a raconté l'histoire de la Création. Il brandissait la Bib'. Et gueulait comme un putois conntre un certain Darouine. ou Darwin, comme je l'ai appris plus tard. Un Satan, ce gazier-là. le Diable. Regardez  son look....

Darwin_2

Vous savez ce qu'il affirme??? Je vous le donne en mille!!! Que l'Homme ne viendrait d'Adam et Eve, qu'il ne serait pas une créature de Dieu, mais un vague mammifère. Et que, blasphème des blasphèmes, quand vous ouvrez un bonhomme, mort, attention, hein, pas croire que....eh bien, les intérieurs c'est comme ceux du poulet, du singe, de la vache, du porc, du lézard vert, de toutes les hideuses saloperies que Dieu qui n'avait vraiment rien de mieux a foutre a éparpillé sur la Terre. Insensé!!!! Ainsi, l'homme aurait un coeur, des poumons, un foie, une rate, un pancréas, deux reins et tout un tas de trucs absolument infâmes. Et commme Dieu a créé l'homme a son image, ça veut dire que le Grand Barbu lui aussi a un petit joufflu, des valseuses, un troufignon...inconcevable.
Et en plus ce Darwin ose imaginer que les espèces n'ont pas toujours été ce qu'elles sont. Il est , paraît-il, mais au fond on ne sait même pas si il a existé,  allé loin, aux Iles Galapourgosses, où iil a vu des lézarbizarres, moches, des pingouins Piéral, des tortues géantes avec un cou comaque!!! Et il en a déduit que le milieu conditionnait l'évolution desdites espèces. N'importe quoi!!!!


L'Homme ne descend pas du singe, mais du métro. Toute la théorie de Darwin est une imposture. C'est Meyssan qui le dit. la Bib', le Coran ont raison. c'est YHWH, Dieu, Allah aux enzymes gloutons qui a créé les bipèdes mal rasés. Nom de Dieu. dieu_2Dieu a créé, l'Homme, la Femme, le Dieudonné, la Carte Orange, le super sans plomb, le radio-réveil,  la soupe en sachets et mille autre choses. Ce Darwin, lui ,n'a rien créé du tout...Un imposteur!!! D'ailleurs , son bateau s'appelait le BIGLE...c'est tout dire.

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30 mai 2009

L'ENIGME DU SAMEDI SOIR

Ce soir deux extraits d'oeuvres très particulières, deux auteurs très différents mais à la culture commune... et puis un "spécial Odradek"... histoire d'affiner les  plaisirs...
A vous !

Enigme 1 :

"Quand nous fûmes arrivés au lieu q
ui semblait être celui de ma destination et que je demandai où je me trouvais, il me fut répondu :
- Dans la prison de la haute-forteresse.
Je savais que l'on y détenait pendant leur procès les criminels dangereux. Au bout de peu de temps on m'apporta un lit et le gardien me demanda si quelque autre chose manquait à mes aises. Je lui  dis non et restai enfin seul.
A en juger d'après le bruit longuement prolongé des pas et le nombre des portes que j'entendis ouvrir et fermer tour  à tour, je me trouvais dans l'une des prisons les plus secrètes de la citadelle.
Chose qui me semblait inexplicable, le voyage assez long m'avait apaisé ; et même, dans une sorte d'engourdissement de tous mes sens, je n'avais distingué les images qui défilaient le long de la route qu'à travers un halo de couleurs pâles. Ce ne fut pas au sommeil que je succombai mais à une sorte de faiblesse qui paralysait mon esprit et mon imagination.
Il faisait grand jour quand je m'éveillai. Le souvenir de ce qui s'était passé et de l'endroit où l'on m'avait conduit ne me revint que peu à peu.
J'eusse à peine pris pour une prison la pièce voûtée, très semblable à une cellule, où je me trouvais, si sa petite fenêtre, garnie de solides barreaux de fer, n'eût été placée si haut que je ne pouvais même pas l'atteindre de ma main tendue, encore moins regarder au-dehors.
Quelques parcimonieux rayons de soleil pénétraient dans la pièce ; j'éprouvai soudain l'envie d'examiner le lieu de mon séjour ; j'approchai donc mon lit et mis la table dessus. J'allais grimper sur cet échafaudage quand le gardien entra et parut fort surpris à cette vue. Il me demanda ce que je faisais là. Je répondis que je voulais seulement regarder au-dehors. Il emporta sans mot dire le lit, la table et la chaise et aussitôt m'enferma de nouveau. Une heure ne s'était pas écoulée qu'il était de retour accompagné de deux hommes; il m'emmena le long de galeries interminables, me fit monter et descendre des étages et m'introduisit enfin dans une petite salle où m'attendait le juge près de qui était assis un homme jeune auquel il dicta ensuite à haute voix tout ce que j'avais répondu aux questions qui m'avaient été posées. Sans doute devais-je tout simplement la courtoisie avec laquelle on me traitait à mes anciennes relations avec la Cour et à l'estime dans laquelle tous m'avaient si longtemps tenu. Mais j'y puisais aussi la conviction que mon arrestation n'avait été motivée que par des suppositions reposant essentielle

ment sur les pressentiments d'A...... Le juge m'invita à le renseigner avec exactitude sur ma vie jusqu'à ce jour ; je le priai de me dire d'abord la raison de cette arrestation ; il répondit que je serais , en son temps, suffisamment entendu sur le crime dont on m'accusait; Tout ce qui importait pour l'instant était de savoir jusque dans les plus petits détails ce qu'avait été ma vie avant mon arrivée à la Résironde

dence.


Enigme 2 :

"L'officier avait manifestement oublié à qui il avait affaire ; il avait saisi
le voyageur dans ses bras et avait posé sa tête sur son épaule. Le voyageur était très embarrassé : il jetait des regards impatients par-dessus la tête de l'officier. Le soldat avait achevé son travail de nettoyage et venait juste de verser encore du riz bouilli d'une boîte métallique dans l'écuelle. A peine le condamné, apparemment tout à fait remis, s'en aperçut-il qu'il se mit à vouloir laper le riz avec sa langue. Le soldat ne cessait de le repousser, car le riz était sans doute prévu pour plus tard, mais il était en tout cas inconvenant aussi qu'il y plongeât ses mains sales pour en manger sous le nez du condamné affamé.
L'officier se ressaisit vite  :
- Ne croyez pas que j'aie voulu vous émouvoir, dit-il, je sais qu'il est impossible de faire comprendre aujourd'hui ce qu'était ce temps-là. Du reste, la machine travaille toujours et marche toute seule. Elle marche même si elle se dresse toute seule dans ce vallon. Et le corps tombe toujours pour finir dans la fosse, en un vol plané d'une incompréhensible douceur, même si n'y a pas, comme à l'époque, des centaines de gens rassemblés comme des mouches autour de la fosse. En ce temps-là , il nous fallait disposer autour de la fosse une solide rambarde, elle est arrachée depuis longtemps.
Le voyageur voulait dérober son visage à l'officier et regardait n'importe où alentour. L'officier crût qu'il considérait le vallon désert ; il lui saisit donc les mains, le contourna pour capter ses regards et demanda :
- Vous remarquez cette honte ?
Mais le voyageur se taisait. L'officier le lâcha pour un petit moment ; jambes écartées, les mains sur les hanches, il se tint coi en regardant à terre. Puis il adressa au voyageur un sourire d'encouragement et dit :
- J'étais près de vous, hier, quand le commandant vous a invité. J'ai entendu l'invitation. Je connais le commandant. J'ai tout de suite compris le but qu'il poursuivait en vous invitant. Quoique son pouvoir soit assez grand pour qu'il puisse prendre des mesures contre moi, il n'ose pas encore le faire, mais il entend bien m'exposer à votre jugement, au jugement d'un hôte de marque. Son calcul est minutieux ; c'est le deuxième jour que vous êtes dans l'île, vous n'avez pas connu l'ancien commandant ni ses idées, vous êtes prisonnier de conceptions européennes, peut-être êtes-vous hostile par principe à la peine de mort en général, et en particulier à une méthode mécanique d'exécution comme celle-ci, vous voyez de surcroît cette exécution se dérouler dans l'indifférence générale, tristement, sur une machine déjà quelque peu détériorée..."



ENIGME "SPECIAL ODRADEK"

englishtong

Our latin books, in motly row,

Invite us to our task -

Gay Horace, stately Cicero:

Yet there's one verb, when once we know,

No higher skill we ask :

This ranks all other lore above-

We've learned "'Amare' means 'to love'!"

So, hour by hour, from flower to flower,

We sip the sweets of Life :

Till, all too soon, the clouds arise,                                                                               

And flaming cheeksand flashing eyes

Proclaim the dawn of strife:

With half a smile and half a sigh,

"Amare ! Bitter one!" we cry.


Last night we owned, with looks forlorn,

"Too well the scholar knows

There is no rose without a thorn"-

But peace is made ! We sing, this morn,

"No thorn without a rose!"

Our latin lesson is complete:                                                                                 

We've learned that Love is Bitter-Sweet!

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Pommes ? ... pommes... Poires ? ... poires...Et des Scoubidoubi-ou Ah

Mangez des pommes qu'ils disaient... Il aurait fallu ajouter des fraises...

Un emploi n'est pas un travail. Bernard Stiegler nous le rappelle d'ailleurs dans son dernier ouvrage "Pour une nouvelle critique de l'économie politique" qui vient de paraître aux éditions Galilée. La distinction travail/emploi est, entre autres et en simplifiant, à placer au niveau de la satisfaction et de l'épanouissement qu'on y trouve. On savait déjà nos économies fortiches quand il s'agissait d'organiser le servage encadré par la législation du travail, celui, par exemple, des 35 heures d'un(e) ouvrier(e) sur une chaîne de conditionnement. Mais, pour certains, ce ne sont pas le travail et l'emploi qui sont à repenser mais la législation qu'il faut liquider. C'est ce que je viens de découvrir dans un article du Monde.fr.

Pour le lire à votre tour, ramenez votre fraise ici

fraise_tete

Dans la chanson de Distel, on peut entendre ceci :

"Mon pauvre ami, des typ's comm' toi
On en trouv' par milliers ..."

On dirait bien que des Roumaines, des Polonaises et des Ukrainiennes aussi...

Posté par Harmonia 27 à 12:34 - Commentaires [46] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

29 mai 2009

La passion Goethe

Je vous invite aujourd'hui à l'évocation d'un livre rare, qui m'est très précieux, pareil à un petit bijou qui n'a plus cours, qui a fait son temps, mais pourtant émerveille toujours quand on le contemple; et de son auteur tout aussi précieux et aimable que son oeuvre : Johann Wolfgang Goethe et "Les Affinités électives" -1809- (Die Wahlverwandtschaften, titre d'un ouvrage du chimiste suédois T. Bergman parut en allemand en 1785 et que Goethe, grand scientifique par ailleurs, a eu dans les mains. Ce livre aurait vraisemblablement servi  à trouver l'intitulé pour Goethe de "ses" affinités électives).

GoetheS'il y a bien une époque qui n'est pas "tendance" aujourd'hui, c'est le romantisme et son XIX siècle. Quoi ! on préfère se sentir, nous, nos proches, armés et blindés comme des chars d'assaut, par les temps qui courent... Quoi ! quel destin accordé aux êtres sensibles et passionnés ? Quel destin envisageable aux futurs peintres, poètes, écrivains, ceux qui ne rêvent que de comprendre de quoi sont fait les jours et ceux qu'ils côtoient?; car c'est bien ce que prônent et ont mis en place nos chers élus, eux qui en matière d'aveuglement et de surdité sont maîtres ès; eux qui font du mépris l'arme absolue de la vie en société.

Goethe serait bien embarrassé de constater la dureté actuelle, si particulière, de notre monde, lui qui n'hésite pas à "suicider" Werther pour un ruban délaissé...lui qui fait mourir de désespoir la jeune Odile parce qu'elle a succombé à l'amour pour un homme déjà pris par ailleurs par sa grande amie... Quoi ? on peut préférer mourir d'amour que vivre boiteux ...?!

"Je veux être enterré dans ces habits; Charlotte, tu les as touchés, sanctifiés : j'ai demandé aussi cette faveur à ton père. Mon âme plane sur le cercueil.  Que l'on ne fouille pas mes poches. Ce noeud rose, que tu portais sur ton sein quand je te vis pour la première fois au milieu de tes enfants (oh ! embrasse-les mille fois, et raconte-leur l'histoire de leur malheureux ami; chers enfants, je les vois, ils se pressent autour de moi : ah ! comme je m'attachai à toi ! dès le premier instant, je ne pouvais plus te laisser)... ce noeud sera enterré avec moi; tu m'en fis présent à l'anniversaire de ma naissance ! Comme je dévorais tout cela ! Hélas ! je ne pensais guère que ma route me conduirait ici ! ... Sois calme, je t'en prie; sois calme. "Ils sont chargés... Minuit sonne, ainsi soit-il donc ! Charlotte! Charlotte, adieu, adieu!".Fin des "Souffrances du jeune Werther"...

Les "Affinités électives", quant à elles, sont  l'oeuvre d'un homme chargé d'expérience (comparativement à l'idéalisme juvénile du jeune Werther), qui nous met face aux forts complexes sentiments que sont l'amour, l'amitié, la passion entre adultes dans un cadre absolument incroyable et dont je n'ai trouvé aucun équivalent dans la littérature française ("le lys dans la vallée" de Balzac par exemple, s'il s'en rapproche d'un point de vue de "mise-en scène" reste complètement étranger à ce que nous dépeint Goethe et qui fait osciller entre de grandes plaines sèches au coeur de l'été (j'y lirais la maturité des caractères comme un écho) et la douceur de vallons humides frangés de bosquets (la tendresse féminine) mêlé enfin de contreforts montagneux où caillasses et ravinements obligent à l'humilité (la virilité des caractères masculins).

Edouard, le capitaine, Charlotte, Odile...L'intelligence de ces quatre figures se livrant aux plus subtiles des activités en société, sombrant dans les passions les plus déchirantes avec un raffinement des qualités humaines par ailleurs qui n'existe que dans Goethe me semble-t-il...et je n'arrive toujours pas à savoir, après ma énième lecture, si ce que je préfère sont toutes les études -ou plutôt les "poses"- de caractères comme autant d'études de portraits gravés qui émaillent le livre et en font le sel en des dialogues somptueux, ou bien l'étude et les descriptions, là aussi comme autant de gravures du "milieu", cette campagne que j'imagine douce et cependant sauvage où ces quatre personnages vont s'évertuer à laisser l'empreinte éphémère de leurs passions, puisque caractères humains et paysages sont autant de reflets les uns des autres, et donc indissociables...

"Je n'ai qu'une remarque  à faire, ajouta-t-il, la cabane me semble un peu trop étroite.

- Elle est pourtant assez grande pour nous deux, répondit Charlotte.

gravure_Goethe

- Sans doute, dit Edouard, il y a bien place encore pour un troisième.

- Pourquoi pas ? Et même pour un quatrième. A compagnies plus nombreuses nous saurons prévoir d'autres lieux de réunion.

- Puisque nous sommes seuls ici et quittes de dérangement, dit Edouard, et que notre humeur est tout à fait calme et sereine, je t'avouerai que j'ai, depuis quelques temps déjà, sur le co

eur, un certain souci que je dois et voudrais bien te confier, sans en pouvoir trouver occasion.

- J'ai bien remarqué chez toi quelque chose comme cela, reprit Charlotte."


Comme dans la "vraie" vie, tout se termine par la mort et Goethe le sait bien... Comme pour mieux dompter ses propres doutes il achève le récit sur le tombeau de ceux qu'il fit s'aimer...et là encore je suis toujours étonnée au fond, de ne lire jamais aucune dimension dramatique mais bien plutôt un apaisement... A l'identique de celui lu chez Pétrarque...et qui correspond à une tradition culturelle humaine, disparue à la fin du si matérialiste XXe siècle, celle qui fait de la mort un aboutissement et non cette intolérable idée de souffrance dû au néant. 

"Les amants reposent donc l'un près de l'autre. La paix flotte sur leur sépulture. De la voûte, les fraternelles images des anges abaissent sur eux la sérénité de leurs regards, et qu'il sera aimable l'instant où ils se réveilleront ensemble!" Fin des "Affinités électives".

(Portrait de Goethe lors de son voyage à Rome; Gravure de Goethe.)


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27 mai 2009

BERLIN, UNE VILLE POUR DES PHOTOGRAPHIES DISPARUES, MAX MISSMANN

MAX MISSMANN (1874-1945) , PHOTOGRAPHE DE BERLIN   

Comme Pierre Assouline nous a pondu un billet réellement brillant sur Döblin, il m'est revenu à l'esprit, non pas le film de Fassbinder, au demeurant excellent, mais un livre. Un album, pour être précis. Il s'appelle "BAHNHÖFE, STRASSEN UND PLÄTZEN VON BERLIN" (Gares ,rues et places de Berlin) , une sélection de photos extraordinaires ,de 1903 à 1935, d'un certain Max Missmann

MISSMANN

Max Missmann est né en 1874. Il est contemporain d'Atget. En 30 ans, et venu à la photographie du fait de sa rencontre avec le grand Albert Schwartz, en 1898, il a exécuté à peu près 20000 clichés. mais, lors du bombardement de Berlin en 1945, l'essentiel de son oeuvre photographique disparut en même temps que son immeuble de Kreuzberg. A ce titre,Missmann est une sorte de symbole de l'Allemagne ayant plongé dans le néant. Son nom d'ailleurs est doublement lourd de sens. "l'homme qui manque". "Celui qui n'est pas là". Pour un photographe, que rêver de mieux en matière de disparition derrière son sujet! Et comme en plus son oeuvre a disparu - il ne reste que 356 clichés de Berlin, sur 18900 environ...là encore "the Missing Man (Missmann) est parfaitement à sa place. Mais assez bavassé. Des photos, ça se regarde. Alors en voici 4, de Max Missmann, évidemment,  que j'ai sélectionnées pour vous. Enjoy et surtout, imaginez le décor d'"Alexanderplatz".

La TAUENTZIENSTRASSE, vers 1922-1923. Dans  le fond, on voit la fameuse église aujourd'hui en ruine, la Gedächtniskirche, symbole , naguère de Berlin-Ouest.

1930_tauenzienstr








L'ALEXANDERPLATZ en 1930, juste avant le naufrage..Le Berlin de Döblin et de Murnau. "Der Himmel über Berlin". (le ciel Au-dessus de Berlin.

alexanderplatz_station_c_1930_copy







Le KURFÜRSTENDAMM, en 1925, pris de la station de métro "Wittenbergplatz".

KUdamm_1920








La POTSDAMER PLATZ, en 1925, également, haut-lieu du "döblinisme de combat". Et des romans d'Erich Kästner.

PoTSDAMERPL






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25 mai 2009

Petit éloge de l'excès en littérature

          C'est en entendant un psychanalyste parlant de Perec que m'est venue l'idée de ce billet. Rapide rappel des éléments biographiques qu'il est préférable d'avoir à l'esprit. Georges Perec naît le 7 mars 1936 à Paris et passe son enfance dans le quartier de Belleville. Son père, Icek Peretz (Pérec en est la version francisée), et sa mère, Cyrla (née Szulewicz), sont tous deux juifs d'origine polonaise. Icek, engagé volontaire trouvera la mort en juin 1940. Cyrla, après avoir pu envoyé Georges, qui a 5 ans,  à Villard-de-Lans par un train de la Croix-Rouge, disparaît en déportation en 1943 à Auschwitz.

Georges_P_rec

Dès 1949, il entame une psychothérapie avec Françoise Dolto. On sait qu'il a longtemps cru que sa date de naissance, le 7 mars 1936, coïncidait avec l'annexion de la Pologne par Hitler (alors qu'il s'agit en fait de la violation du traité de Versailles et du début de la remilitarisation de la Rhénanie en réaction à la ratification du pacte franco-soviétique). Ceci en dit long sur la notion de culpabilité et des liens entre sujet de l'inconscient, histoire de sa famille et sujet, disons, de l'Histoire. Car, c'est précisément là où je voudrais en venir. Que trouve Perec, sur le plan littéraire, pour se hisser au niveau de la folie, des excès de l'Histoire. Que faire face à l'incompréhensible, l'inacceptable, l'insupportable, l' "inintégrable" disparition de sa mère dans les conditions d'Auschwitz? Répondre à la folie de l'Histoire par l'excès littéraire, Perec écrira 500 pages, sans utiliser la lettre "e", symbole du féminin, et nous voilà devant "La disparition".

Terra_NostraQuand j'ai pensé à ce genre de roman, m'est spontanément venu à l'esprit le "Terra Nostra" de Carlos Fuentes. Là, c'est vraiment le grand jeu, le roman dans ce qu'il a de plus de plus particulier, ce que lui seul peut parvenir à rendre de la sorte.

Fuentes, imprégné du "Pedro Paramo" de Juan Rulfo et imbibé de "Don Quichotte (qu'il relit, d'après ses dires, tous les ans) se joue de tout, étreint tout ce qui est possible : Confusion des frontières entre le mort et le vivant, abolition des oppositions classiques comme la chair et le fantôme, méli-mélo temporel, invention d'une géographie, tentative folle de rendre compte de l'histoire des idées, de la folie de l'histoire justement, des délires théologiques, du prophétisme, roman d'aventures, d'humour et d'amour, poésie. En somme, une somme.

Pour compléter un peu, je pense bien sûr à Joyce et à cette phrase que l'on trouve dans le "Portrait de l'artiste en jeune homme" : " Quand une âme naît dans ce pays-ci, elle se trouve saisie dans des filets qui empêchent son essor. Tu me parles de nationalité, de langue, de religion. Je veux essayer de m'évader de ces filets" que l'on pourra mettre en parallèle avec "L'Histoire est un cauchemar dont je cherche à m'éveiller." Si Joyce commence par chercher à s'évader et à se réveiller, sa fuite devient, une fois qu'il se trouve irrémédiablement acculé, combat décisif contre tout ce qui limite et élève sa littérature là où Perec placera plus tard sa "disparition".

Cet article est naturellement sans fin possible, de Rabelais à Perec, en passant par Cervantes, Sterne, Faulkner (surtout, à mes yeux "Le bruit et la fureur"), Céline (au moins celui du "voyage" et de "mort à crédit"), Broch, et j'en passe, et des dizaines, tous les grands romans répondent à ces critères d'excès, de combats, enlacements et jeux avec le temps, de réglements de compte avec l'Histoire.

Et vous, auxquels pensez-vous?

Et quels sont celles et ceux qui, aujourd'hui (l'infidélité pouvant se trouver être une forme supérieure de fidélité), sont à la hauteur de cette tradition?

Posté par Harmonia 27 à 20:19 - Commentaires [46] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 mai 2009

LE PROFIT N'A PAS D'ODEUR: LES INDUSTRIELS ET LE IIIème REICH

SILENCE DANS LES RANGS!!!

Voici un billet dont l'idée m'a été suggérée par l'ami odradek. En effet, c'est un domaine qui reste parmi les derniers tabous historiques courant sur la période du IIIème Reich. Les industriels. Quel fut leur rôle, et bien plus, peut-on imagienr, sans leur ardent concours, que le IIIème Reich aurait duré 12 ans, et dévasté le monde comme il l'a fait??? C'est plus qu'improbable.

Un mois à peine après sa prise de pouvoir, Hitler adressait une note de politique industrielle à la toute-puissante Fédération allemande de l'industrie automobile dont - comme par hasard - Ferdinand Porsche était le président. L'avant-projet du texte av ait été soumis auparavant à toutes les grandes lumières du capital financier allemand, car il s'agissait de définir un total remodelage de l'industrie. Le Führer y réitérait l'assurance que la bourgeoisie n'avait rien à craindre, grâce au soutien illimité de l'Etat nazi. Les mesures d'aide prévoyaient la rapide construction d'infrastructures, des avantages fiscaux et des subventions à l'exportation, la mise à disposition d'une main-d'oeuvre et de matières premières bon marché ainsi que d'importants crédits. Que demander de plus, en pleine dépression mondiale ? Privatiser les gains, socialiser les pertes : la même recette serait préconisée, plus tard, par la Banque mondiale et l'Organisation mondiale du commerce (OMC)

"Die Bourgeoise hat doch nichts von dem NSDAP-Staat zu fürchten."(la bourgeoisie n'a rien à craindre de l'état nazi) ,dit Hitler en février 1933. Alors??? alors, évidemment, appel du pied. En 1933, l'industrie mondiale, y compris américaine connaît le marasme que l'on sait. Partout les grands groupes, qu'il s'agisse des Konzerne, des trusts, des holdings, essuient de lamentables pertes. Mc Cormick, par exemple ,célèbre constructeur de matériel agricole américain, avait fait fortune en fabriquant des millions de chaînes et de moteurs pour les chars et les camions de la première guerre mondiale. La reconversion est désolante. Hispano-Suiza, motoriste aéronautique et accessoirement grand constructeur automobile dans les années 30 souffre aussi de cette conjoncture ratatinée suite au krach de 29. Renault, même , la Rhodiaceta, Peugeot, Fiat, sont dans le même pétrin. Sans parler des industriels allemands, pour lesquels la débâcle est totale.
A cela s'ajoute, dès 1932 en Amérique avec le New-Deal rooseveltien, puis en France avec le Front populaire, des concessions que le capitalisme est bien obligé d'accorder à la piétaille salariée. Aux yeux des industriels de ce temps, la démocratie est parée de tous les vices. Or, en 1919, l'Italie montra l'exemple. Les industriels italiens de  Lombardie apeurés par l'insurrectionn communiste qui naissait partout dans le Nord du pays, abjurèrent le roi Victor-Emmanuel d'accepter Mussolini comme Président du Conseil. Le roi, temporisant trop ,les industriels italiens financèrent directement en coopération avec le Banco Ambrosiano , la banque du Vatican, le parti fasciste et la Marche sur Rome de 1922. On connaît la suite.
Donc, il était certain que ce qui avait marché en Italie, marcherait ailleurs: en finir avec la démocratie, à n'importe quel prix, y compris au prix le plus lourd et le plus rentable : LA GUERRE.

 

C'est ainsi que l'ordre hitlérien ouvrit aux capitalistes allemands frappés par la grande récession de vastes perspectives de profits. Certes, les ouvriers allemands jouirent du plein emploi ; mais ce fut, comme l'a rappelé William Schirer, au prix de leur abaissement à l'état de serfs et à des salaires de misère. Bientôt, de telles conditions devinrent le lot de toute l'Europe occupée. Compétitivité et flexibilité du travail étaient les mots d'ordre dans le IIIe Reich, et cette sorte d'ajustement structurel avant la lettre devait permettre de préparer l'explosion guerrière de 1937. Mais le slogan  « Freude durch Arbeit » (la joie par le travail) dégénéra en  « Vernichtung durch Arbeit » (la destruction par le travail), car, au bout de cet ajustement-là, il y avait la mort. Chez Volkswagen, la main-d'oeuvre étrangère soumise au travail forcé était exposée au froid (des photos dans le livre montrent de jeunes femmes soviétiques travaillant pieds nus, réduites à l'état d'esclaves), aux coups incessants, à la malnutrition et à la mort précoce.

 

On sait que la Seconde Guerre Mondiale fut  l'opération commerciale la plus rentable du XXème siècle. Les affaires furent florissantes et pas seulement en Allemagne. Les commandes affluaiennt, et dans tous les domaines (sidérurgie, automobile, caoutchouc, chimie, textile, alimentaire, pharmacie, aéronautique, chantiers navals...). Sait-on par exemple que Knorr, Maggi et Dr Oetker, de même que Bahlsen firent des affaire florissantes en fournissant plus de 9 milliards de rations de guerre aux soldats de la Wehrmacht et de ses supplétifs, de 1939 à 1945. De même Kellog's obtint lde mirifiques conntrats avec l'armée américaine.
On sait aussi, j'en ai déjà parlé abondamment, la participation de centaines d'entreprises allemands à la Shoah. Le Zyklon B, la construction des chambres à gaz, des crématoires, des baraques, firent les affaires des secteurs de la chimie, de la construction, de la chaudronnerie, du BTP. Epoque bénie avec une main d'oeuvre, comme je le dis plus haut exploitée jusqu'au trognon.

 

Dans l'idéologie nazie, racisme et politique économique ne faisaient qu'un. Ecoutons ces propos de Hitler sur les sous-hommes  (Untermenschen)  slaves :  « Quant à ces cent millions de Slaves ridicules, nous modèlerons les meilleurs d'entre eux selon nos convenances et nous laisserons de côté les autres, dans leurs porcheries ; et quiconque parlera de dorloter les habitants locaux et de les civiliser ira tout droit au camp de concentration . » En tout, il y eut plus de 5,75 millions de prisonniers de guerre soviétiques : à peine un million furent retrouvés vivants à la libération des camps. Et ces malheureux avaient bien servi les actionnaires du grand capital allemand...

En 1943, année de Stalingrad, le Reichsführer SS Heinrich Himmler, l'un des copains de Ferdinand Porsche, livrait cette réflexion :  « Ce qui arrive à un Russe, à un Tchèque, ne m'intéresse pas le moins du monde... Que des nations vivent dans la prospérité ou meurent de faim comme du bétail ne m'intéresse que dans la mesure où nous en avons besoin comme esclaves de notre culture. Autrement, cela ne m'intéresse pas. Que dix mille femmes russes tombent d'épuisement en creusant un fossé antichar, cela ne m'intéresse pas dans la mesure où le fossé antichar est terminé pour l'Allemagne . »

 

Sur la photo ci-dessous, Hitler, avec à sa gauche Ferdinand Porsche 1937

 

porsche_et_hitler

 


 


 


 


 



Ainsi s'exprimait le plus grand des racketteurs de main-d'oeuvre, pour qui le mot « culture » était synonyme de profits : en effet, les fonds des sociétés allemandes en mal de main-d'oeuvre se déversaient dans ses coffres personnels à une vitesse phénoménale. Les pots-de-vin payés aux Himmler, Sauckel et autres escrocs du travail forcé auront atteint des sommes stupéfiantes, déposées, comme l'or des nazis et le produit des évasions de capitaux, dans des banques suisses, turques, portugaises, espagnoles et suédoises. La dégradation du travail humain témoignait de la criminalisation de l'économie. Comme les tueurs en masse d'IG Farben, Ferdinand Porsche demeura le disciple non repenti de son Führer.

 

Photo de la Bundesarchiv: Hitler, Ley, Porsche et Goering, 1939

 

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Pourquoi donc a-t-il échappé au sort de Himmler (qui s'est suicidé), de Sauckel (qui a été pendu) ou d'autres de la même trempe ? C'est une question à laquelle les auteurs ne répondent pas.

 

Mais la réponse est désormais connue. Les industriels allemands bénéficièrent de la complicité des lobbies américains, noyautés par les nazis et le KKK, antisémites forcenés ,dont on découvrit bien vite qu'ils avaient (Ford en particulier ) été les financiers zélés du IIIème Reich. L'autre raison ,c'est la pression de l'Eglise, à laquelle ces familles de "chevaliers d'industries" étaient profondément redevables qui empêcha toute poursuite. Enfin les banques suisses, en 1945, pleines à craquer des avoirs amassés par les industriels nazis, firent tout pour que leur petite cuisine basée sur le secret bancaire ne souffrît aucune entorse.

 

 

EPILOGUE

 

A la fin de la guerre, la plupart des usines Volkswagen étaient en ruine. Mais cela ne donna pas pour autant le signal de l'effondrement du capitalisme allemand. Les amis SS de Volkswagen n'étaient plus là, ou bien ils avaient changé d'apparence ; mais, grâce à l'occupation alliée et au plan Marshall, Volkswagen et les autres ressurgirent rapidement de leurs cendres. La Coccinelle d evint le symbole du  « miracle économique »  d'Adenauer. Le parti nazi de Ferdinand Porsche avait cédé la place à l'Union chrétienne démocrate (CDU) de Konrad Adenauer. La transition s'était faite dans le calme. Les temps avaient changé, des slogans différents apparurent. Et Ferdinand Porsche proclama sa foi en la démocratie, dans le marché libre et la construction européenne.
On dit en allemand que les nazis "HABEN DIE KURVE GEKRIEGT" dans la nouvelle RFA, qu'ils ont parfaitement négocié leur virage...et comment...et la France de Vichy n'échappa pas, évidemment à ce racket planétaire du nazisme. Lire ce livre sera une très enrichissante lecture. on n'a pas fait mieux sur le sujet.

 

banquiers

 

Bref, l'argent, comme on le sait n'a pas d'odeur, et bien fol qui tenterait de dételer le wagon nazi du train capitaliste.

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23 mai 2009

L'ENIGME DU SAMEDI SOIR

Ce soir, je vous propose deux petites énigmes nous plongeant à l'aurore de notre civilisation ; pour le plaisir de la langue je vous livre la version originale et comme je ne suis pas trop vache, la traduction moderne pour la plus simple... A vous !

charlemagnusEnigme 1:

Carles li reis, nostre emperere magnes,
Set anz tuz pleins ad estet en Espaigne :
Tresqu'en la mer cunquist la tere altaigne.
N'i ad castel ki devant lui remaigne;
Mur ne citet n'i est remés a fraindre,
Fors Sarraguce, ki est en une maintaigne.
Li reis Marsilie la tient, ki Deu nen aimet.
Mahumet sert e Apollin recleimet :
Nes poet guarder que mals ne l'i ateignet.

traduction :
Le roi Charles, notre empereur, le Grand,
sept ans tous pleins est resté dans l'Espagne : jusqu'à la mer il a conquis la terre hautaine.
Plus un château qui devant lui résiste, plus une muraille à forcer, plus une cité, hormis Saragosse, qui est sur une montagne. Le roi Marsile la tient, qui n'aime pas Dieu.
C'est Mahomet qu'il sert, Apollin qu'il prie. Il ne peut pas s'en garder : le malheur l'atteindra.

Li reis Marsile esteit en Saraguce.
Alez en est en un verger suz l'umbre.
Sur un perrun de marbre bloi se culchet;
Envirun lui plus de vint milie humes.
il en apelet e ses dux e ses cuntes :
"oez, seignurs, quel pecchet nus encumbret.
Li empereres Carles de France dulce
En cest païs nos est venuz cunfundre.marsile
Jo nen ai ost qui bataille i dune,
Ne n'ai tel gent ki la sue derumpet.
Cunseilez mei cume mi saive hume,
Si me guarisez e de mort e de hunte !"
N'i ad paien ki un sul mot respundet,
Fors Blancandrins de Castel de Valfunde.

traduction :
Le roi Marsile est à Saragosse. Il s'en est allé dans un verger, sous l'ombre. Sur un perron de marbre bleu il se couche; autour de lui, ils sont plus de vingt mille. Il appelle et ses ducs et ses comtes : "Entendez, seigneurs, quel fléau nous opprime. L'empereur Charles de douce France est venu dans ce pays pour nous confondre. Je n'ai point d'armée qui lui donne bataille ; ma gent n'est pas de force à rompre la sienne. Conseillez-moi, vous, mes hommes sages, et gardez-moi et de mort et de honte !" Il n'est païen qui réponde un seul mot, sinon Blancandrin du château de Val-fonde.


Enigme 2 :

Moult est fols qui en son corps se fie,
Quar la mort, qui le cors desfie,
Ne dors mie quand li cors veille ;
Ainz li est toz jors à l'oreille.
N'est fort que prez li granz avoirs ;
Tout va, et biauté et savoirs :
Por c'est cil fols qui s'en orgueille,
Quar il les perd, vueille ou ne vueille.
Folie et orgueil sont parent ;
Sovent i est bien apparant.
Tout va, ce trovons en escrit,
Fors que l'amor de Jhesucrist.

po_sie

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21 mai 2009

RAPINS, MERE ET FILS

SUZANNE VALADON ET MAURICE UTRILLO

 

Le couple le plus célèbre de la peinture, et il faut comprendre couple au sens large, s'expose à la PINACOTHEQUE DE PARIS. Rappelons brièvement que Suzanne Valadon (1865-1938) est la mère de Maurice Utrillo. (1883-1955)

 

Utrillo est le peintre montmartrois par excellence.

 

utrillo3

 


 


 


 


 

 

 

 


 


 


rue_utrilloOn serait tenté de dire que c'est un peu "Aristide Bruant" en peinture. Utrillo détonne , à son époque par sa manière de peindre, par rapport à Derain, par exemple ou Vlaminck ou encore Rouault et Matisse, cinq artiste absolument contemporains. Utrillo est une sorte de photographe en peinture. De ses vues de Montmartre, s'exhale quelque chose de calme, de tranquille et cependant de nerveux.

 



Il se rapproche en cela de Quizet (1885-1955), un autre peintre montmartrois, lui aussi contemporain. Voici Quizet, peignant Montmartre

 

Quizet

 

 


 


 


 


 



(au passage bien fort qui, à l'aveugle, différencierait Quizet d'Utrillo, posant le problème de la réputation. Utrillo, mondialement célèbre, aidé par le marketing, Quizet quasi inconnu. )

 

On croit souvent la peinture d'Utrillo un peu fade, un peu "rapin de la Place du Tertre". Il n'a pas les fulgurances d'un Derain ou d'un Vlaminck, ni l'inquiétude d'un Rouault ou le génie de Matisse, et pourtant, on sent quelque chose, dans sa peinture qui rassasie la vue, qui rassure sur l'existence.

 


 

Sa mère, Suzanne Valadon, valadonc'est autre chose. Une peinture plus ample, plus novatrice. Comme les deux reproductions ci-dessous.
La première, évidemment, rappelle  vous savez qui.

 

valadon_filet_nancy

 


 


 


 



La seconde, un très beau portrait de Satie.

 

satie_valadon07

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19 mai 2009

La planète n'est pas à vendre? Ah? Alors pourquoi tout est-il devenu calculable?

Début janvier, on apprenait que le milliardaire allemand Adolf Merckle s’était jeté sous un train. Il avait perdu le contrôle de son entreprise après une spéculation ratée sur les actions Volkswagen. A l’opposé de l’hebdomadaire libéral, Die Zeit, qui place l’évènement dans la catégorie des accidents industriels faisant partie du système, l’hebdomadaire der Spiegel, lui, place le suicide du milliardaire allemand dans la suite des scandales qui ont secoué l’Allemagne, scandales dans lesquels les dirigeants des fleurons de l’Industrie allemande ont symbolisé la corruption, les pots de vin (Siemens), la promotion des paradis fiscaux et du détournement d’impôts (La Poste), les souteneurs de la prostitution (Volkswagen), la paranoïa sécuritaire (LIDL, Deustch Telekom, La deutsche Bahn). Dans ces cas, mais plus encore dans celui de Merckle, il est difficile de faire complètement abstraction de la morale, du moins de l’écart entre le discours et les pratiques. Après tout, la famille propriétaire affichait son piétisme. L’entreprise avait son pasteur attitré.

L’hebdomadaire der Spiegel dans son édition du 4 mai 2009 est revenu, dans un entretien avec son fils âgé de 42 ans, sur la question du Pourquoi ? L'entretien se fait écho de l’idéologie qui se répand et qui consiste à croire qu’il pourrait suffir, pour sortir de la crise, d’un retour à une éthique du travail.

On s'apercevra aussi de l'écart qui existe désormais entre l'éthique protestante et l'esprit du capitalisme  chers à Max Weber et des effets de pratiques injustes quant à l'estime de soi.

Max_Weber

Ci-dessous quelques extraits éclairants de l'interview du fils. J'espère qu'ils déclencheront un débat sur cette question de la "remoralisation" d'un hypercapitalisme qui a tout, et nous a tous, intégré(s), qui a "organisé" la régression de l'(in)humain au niveau pulsionnel.

Philipp Daniel Merckle :

Mon père était malade depuis quelque temps.

Spiegel :

           De quoi souffrait-il ?   

Philipp Daniel Merckle :

Le cœur. Cela doit se comprendre aussi au sens figuré. En mon père et autour de lui, ça s’était refroidi. Rien que de penser qu’il s’est jeté sous un train, lui qui toute sa vie avait accordé une telle importance à la discrétion et a toujours tout fait pour éviter toute circonstance d’une honte publique. Il aurait pu quitter la vie plus discrètement ….

Spiegel :

           Mais il a choisi la plus voyante…

Philipp Daniel Merckle :

Tout cela ne collait plus ensemble. Il avait perdu toute considération envers lui-même.

Spiegel :

 Quand l’avez-vous vu pour la dernière fois ?

Philipp Daniel Merckle :

 A la Saint Etienne. Mes parents nous ont rendu visite. J’ai constaté avec tristesse qu’il ne parvenait plus à se comprendre lui-même ni à comprendre les circonstances qui l’entouraient.

(…)

Spiegel :

Le suicide aurait fait moins de bruit si votre père n’avait pas été un des hommes les plus riches de la République. Son empire représentait un chiffre d’affaires de plus de 30 milliards d’euros (…) Qu’un entrepreneur aussi discret quitte la vie de manière aussi affreuse. Que voulait-il exprimer ?

Philipp Daniel Merckle :

 Que veut-on expliquer ou reprocher au monde et à sa famille quand on se couche devant un train pour attendre la mort ? Il a tout de même pris en considération le choc qui serait infligé au conducteur de la locomotive. Il y a des gens qui pensent qu’il voulait se juger, s’exécuter lui-même. Pour moi, cette mort est un message de confirmation. Je crois en outre que la société devrait en tirer des leçons ?

Spiegel :

             Lesquelles ?

Philipp Daniel Merckle :

 Que nous devons en tant qu’entrepreneurs retrouver une identité vécue, retrouver des valeurs telles que la confiance, la crédibilité, l’action responsable et les principes de l’honnête commerçant comme par exemple mon grand-père les a encore connus. Et un sens sain de la mesure.

Spiegel :

             Le lendemain de sa mort, votre famille a publié un communiqué attribuant la responsabilité du drame à la crise financière. Cette crise aurait «  brisé » votre père.

Philipp Daniel Merckle :

             Il n’était pas le petit rouage passif qui aurait été broyé par la grosse machine. La crise économique n’est pas responsable de sa fin. Elle n’a fait qu’accélérer le déclin de l’empire. Elle a été déclencheur et non cause de son suicide. De telles crises extérieures ne sont pas déterminantes. Mon grand-père a connu la seconde guerre mondiale. Il a du recommencer dans les ruines de l’Allemagne avec une seule machine. Non ce qui a été fatal pour mon père a été de perdre sa boussole interne.

Spiegel :

             Il n’a pas été seulement victime ?

Philipp Daniel Merckle :

             J’ai un point de vue différent de celui de ma famille La crise économique a mis à nu les failles de mon père dues à une imbrication d’entreprises devenue incontrôlable.

Spiegel :

 Dans laquelle probablement lui seul pouvait voir clair….

Philipp Daniel Merckle :

             Peut-être. Il est vrai que la cartellisation était un principe. Mais, à la fin, il avait lui aussi perdu la vue d’ensemble.

Spiegel :

              Les gens bien intentionnés disaient de votre père qu’il était très en avance sur son temps. Il recherchait les rendements financiers alors que l’Allemagne d’après guerre rêvait encore paisiblement. Il achetait de préférence des entreprises qu’il jugeait sous-évaluées et les finançaient à crédit, il spéculait et agissait comme une « sauterelle » à une époque où les investisseurs financiers étaient encore largement inconnus chez nous.

Philipp Daniel Merckle :

 Les questions de fond ont par contre été trop rarement abordées en interne : quels sont les objectifs avec toutes ces entreprises ? Quelles sont nos valeurs, quels sont nos buts en dehors du profit ? C’est ainsi que mon père s’est lui-même perdu de vue…

Spiegel :

             …jusqu’à l’effondrement de son empire surendetté. A la fin de l’année dernière, les banques ont commencé à en prendre le contrôle. Votre père a dilapidé plusieurs centaines de millions d’euros dans des spéculations.

Philipp Daniel Merckle :

             La construction de l’entreprise Ratiopharm, l’idée d’une affaire avec les génériques étaient en elles-mêmes déjà l’œuvre d’une vie. Je n’ai jamais compris pourquoi il s’est cru obligé avec Heidelberg Cement d’ajouter un nouvel élément à l’édifice dont l’enchevêtrement complexe de dettes s’est révélé fatal dans la crise.

Spiegel :

             Recherchait-il les affaires pour les affaires ? Une sorte d’art pour l’art économique ?

Philipp Daniel Merckle :

             Je me suis souvent demandé à qui il cherchait à prouver quelque chose à ne pas s’arrêter d’acheter une entreprise sans but perceptible. Quand un entrepreneur et ses entreprises perdent de vue leur substance, leur identité, ils perdent tous les deux leur sens.


critique_de_la_raison_cynique


Je voudrais maintenant revenir sur le titre du billet. Car Mr Michel Edouard Leclerc, celui des hypermarchés, vient de sortir cette semaine un livre intitulé "La planète n'est pas à vendre". Oui, vous avez bien lu. Un grand ponte de la grande distribution, colon métastasé d'un système économique frappé d'un cancer généralisé, a osé se fendre d'un tel titre. J'écrivais récemment que les patrons, cela osait tout et que c'était même à cela qu'on les reconnaissait. Ca se confirme. C'est alors à Sloterdijk et à son grand livre "Critique de la raison cynique", salué en son temps (1983) par Habermas (avant que ces deux-là ne se brouillent) comme l'« événement le plus important depuis 1945 » dans l'histoire des idées de l'autre côté du Rhin, que je pense. Nous alternons entre cynisme et bêtise. La planète n'est pas à vendre Monsieur Leclerc? Pourquoi alors tout est-il devenu calculable?

Posté par Harmonia 27 à 00:01 - Commentaires [156] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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