La République des LIBRES

"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."J.Jaurès

28 juin 2009

UN TEXTE DE LAZARILLO


Je ne résiste pas à vous faire partager la saveur de ce texte généreusement offert à nous par notre très cher Lazarillo.

 

La gauche ralliée

Parlons d’autre chose, je veux dire d’autre chose que la burqa, le niqab et l’islam. Parlons des intellectuels et des politiciens de « gauche » ralliés à Sarkozy. Ils illustrent à merveille le mal qui dévore cette gauche.
Commençons par Eric Besson qui restera dans l’histoire politique comme le modèle chimiquement pur du traître qui après s’être acharné sur son futur maître – et de quelle manière et avec quel talent ! – se débarrasse du poignard dans la première poubelle venue et je jette à ses pieds. Dans l’histoire de l’humanité il n’y a guère que Paul de Tarse (probablement victime d’une insolation sur le chemin de Damas où il avait été envoyé pour persécuter les chrétiens) qui ait opéré un retournement aussi soudain. Mais rassurez-vous, Sarkozy ne sera pas crucifié, sa pensée ne deviendra pas une religion ni Besson son apôtre. Besson, donc, justifie  son ralliement (car il faut tout de même se justifier) par des supposées rumeurs sur sa vie privée distillées par ses anciens camarades quand il claqua la porte du PS. Personnellement je n’ai jamais perçu le moindre écho de ces rumeurs. Et quand bien même elles existeraient en quoi justifient-elles qu’on fasse allégeance à celui qui quelques jours auparavant était présenté par lui comme un danger pour la république ? A cette question il n’a jamais répondu.
Fadela Amara maintenant dont la plus grande réussite en faveur des « quartiers » et de leurs habitants, notamment les jeunes, est – ne riez pas ! – l’engagement ferme de Carla de se rendre un jour (la date n’est pas précisée…)  avec elle dans une cité ! Pour le reste on retiendra l’introduction dans le lexique gouvernemental du verlan ce qui, n’en doutons pas, va bouleverser les rapports sociaux dans les banlieue.  Elle aussi s’est justifiée. Elle aurait été déçue par la gauche, par le PS auquel elle a longtemps appartenu. Sa déception est peut-être réelle et on ne saurait la lui reprocher mais il faudra qu’un jour on m’explique comme la déception conduit à se jeter dans les bras de celui qui jusqu’au ralliement incarnait tout ce qu’elle combattait ? Cette déception n’explique tout de même pas qu’elle fasse des meetings en compagnie de Brice Hortefeux et qu’elle se taise sur toute la série de mesures répressives à l’encontre des sans-papiers et sur le tout sécuritaire dans les « quartiers ».  Et quand elle ne peut plus reculer elle botte en touche en disant soit qu’elle n’est pas d’accord, soit qu’elle n’est pas ministre de l‘Intérieur et qu’elle poursuit sa tâche dans le domaine qui est le sien. De bien méchantes langues (dont je ne suis pas…) disent que les 11000 euros mensuels attachés à sa fonction de sous-ministre, hors frais de bouche et de déplacement, sont pour beaucoup dans sa métamorphose. Mais ce sont de méchantes langues !
Bernard Kouchner. Celui-là il y avait longtemps qu’il rêvait d’un « destin national », entendez par là la présidence de la République. Ses amis socialistes n’ayant même pas daigné considérer sa candidature à la candidature et il était donc disponible. Sarkozy a beaucoup de défauts mais il connaît le personnel politique, il sait que tout, ou presque, s’achète, et lui était prêt à payer, avec d’autant plus d’entrain que l’argent sort de la poche du contribuable. Il lui a donc offert un rôle de potiche au Quai d’Orsay que le French Doctor a accepté avec volupté. L’amour propre ? Il doit bien en avoir mais il sait le maîtriser. Non, ce qu’il aime avant tout c’est le clinquant et le luxe, aux frais de la princesse de préférence. Au passage et pour faire bonne mesure, Madame s’est vue propulsée à la tête de la holding  "France Monde"  chargée de regrouper l'audiovisuel extérieur : "TV5 Monde"  "France 24" "RFI" . Elle devient également directrice générale de France 24, et directrice générale déléguée de "Radio France Internationale" RFI alors que selon le Canard Enchainé, sa nationalité belge aurait du empêcher cette nomination, les statuts de la radio ne permettant pas aux ressortissants étrangers d'occuper ce poste. Et tout ceci sous la tutelle de son mari ministre des Affaires étrangères. Dans une république normale il y a conflit d’intérêt, en France aussi, mais sous le règne de Sarkozy tout est devenu possible, surtout le pire. Qui s’en soucie ?
Il y a aussi Jean-Marie Bockel mais il est tellement transparent et insignifiant que je ne m’attarderai pas sur lui.
Reste ceux qui ne se sont pas vraiment ralliés mais qui ont déjà présenté leur brillant CV, je veux parler de l’inusable et pitoyable Michel Rocard (oui, oui, l’ancien du PSU autogestionnaire !) qui, en attendant mieux, fait des piges au Pôles et de l’inénarrable Jack Lang « petit facteur » (j’espère que les anciens apprécieront la référence) de Sarkozy auprès de Castro attend qu’on le nomme ambassadeur de France auprès des Nations Unies. Interrogé sur un éventuel retournement de veste il a répondu qu’il ne la retourne jamais sa veste. C’est vrai, elle est adaptée à tous les changements climatiques.
Certains intellectuels classés, parfois abusivement, à gauche aussi ont apporté leur contribution. Il en est un dont le passage au sarkozysme m’a laissé sur le cul, je veux parler de Marc Weizmann, ancien des Inrockuptibles et auteur de romans, dont Fraternité que j’avais aimé. A ma connaissance,  il est le seul qui a donné à son engagement une justification politique argumentée (Libération du 15 février 2007) qui à défaut d’être convaincante à le mérite de la clarté. En gros, pour lui, Sarkozy était celui qui allait enfin rompre avec 60 ans de gaullo-communisme qui ont conduit la France dans l’ornière. Il incarnait  « la synthèse libérale et ferme » et allait résoudre « le mieux la contradiction entre promesse et déception. » Quelques mois plus tard, cette fois dans Le Monde daté du 9 mai 2007, soit juste après l’élection de son favori, il écrit une tribune au vitriol pour fustiger la gauche et les médias qui se sauraient acharnés sur le candidat Sarkozy avec une violence rappelant celle des années 30. Rien que ça ! Il n’avait sans doute pas dû lire ou écouter ce que les lieutenants de son nouveau maître avaient déversé sur Ségolène Royal. On ne l’a pas entendu non plus ces derniers temps commenter les propos orduriers tenus quotidiennement par le pit-bull de Sarkozy, Frédéric Lefebvre. En fait, depuis sa prise de position lors de la campagne électorale et juste après c’est silence absolu. Tant mieux !   
Le cas d’André Glucksmann, que Mitterrand appelait « la vieille dame », ancien maoïste partisan de la manière forte pour venger la mort de Pierre Overney (ce militant maoïste abattu en février 72 aux portes des usines Renault par un vigile de l’entreprise) est plus facile à traiter. Bien qu’il s’en soit toujours défendu Il a cessé d’être de gauche depuis qu’il a quitté la mouvance maoïste, depuis des lustres donc. Mais il n’avait jamais rallié ouvertement la droite, il cherchait l’ouverture, la fenêtre de tir idéale. Sarkozy et son pseudo discours de fermeté vis-à-vis de Poutine et de sa politique en Tchétchénie allaient le lui offrir, qui plus est dans l’honneur. Depuis, Sarkozy, comme son prédécesseur et tous les dirigeants européens (dont l’emblématique Joschka Fischer) , s’est couché devant le boucher du Kremlin qui a pu mener à bien et en toute quiétude sa funeste entreprise. Ce qui n’empêche pas la « vieille dame » de se sentir à l’aise dans la sarkozie. C’est qu’en fait ce qui le séduisait vraiment, lui qui avait approuvé la guerre en Irak et pour qui les Tchétchènes étaient une manière de diversion – la tête sur le billot vous ne le lui ferez pas avouer –, c’était le discours ouvertement pro-américain et pro-israélien de Sarkozy.
Ce même discours a aussi beaucoup séduit Alain Finkielkraut mais lui avait des pudeurs que ces camarades Weizmann et Glucksmann n’ont pas eues, et si vous lui dites qu’il a roulé pour Sarkozy il pique une grosse colère. C’est un sarkozyste honteux, comme il a été un partisan de Bush et de Sharon honteux. Alain Finkielkraut, tout brillant qu’il est, est devenu au fil du temps un vieux réactionnaire aigri qui dissimule ses nouvelles convictions, ses aigreurs, sous un discours républicain de façade auquel il ne croit pas lui-même. La preuve ? Son dîner il y a quelques années, au siège du MEDEF, en compagnie de Sellières et de son éminence grise et  porte-flingue, le sinistre Denis Kessler, également intime du couple DSK…  Qu’on m’explique comment un partisan de la méritocratie républicaine peut-il accepter de partager la table de gens qui n’ont jamais fait mystère de vouloir mettre l’Education nationale au pas et au service de l’entreprise, bref, d’en faire une affaire rentable ? Et il ne manque jamais une occasion de s’acharner sur les syndicats de salariées qualifiés de « corporatistes », étant bien entendu que le MEDEF, lui, défend l’intérêt général…
J’aurais pu aussi citer Bernard Tapie (fils putatif de Mitterrand) et Enrico Macias, mais le premier s’il est incontestablement intelligent n’est pas vraiment ce qu’on appelle un intellectuel, quant au second on ne peut pas dire qu’il ait inventé l’eau chaude, et ni l’un ni l’autre n’ont jamais non plus été trop à gauche. 
A côté de la trahison au grand jour il y a les attitudes de connivence au quotidien. Par exemple, il m’a été donné de voir dans un reportage sur l’Assemblée nationale un député socialiste très connu (dont par charité je tairai le nom) faire des mamours à Oliver Dassault, (fils de l’avionneur Serge Dassault et petit-fils de Marcel), probablement l’un des députés UMP les plus réactionnaires. Certes, ils fréquentent la même « maison » depuis des années et on peut parfaitement envisager qu’ils se saluent avec courtoisie, mais comment comprendre un tel degré de complicité avec un personnage qui sur le terrain social rêve de revenir au temps des « maîtres de forges » ? Là est toute la question. 
La trahison est devenue consubstantielle de la gauche parlementaire, ce qui explique, en partie, le succès rencontré par la gauche altermondialiste et l’extrême gauche, à ne pas confondre même si celle-ci est une composante de celle-là. Comme nous l’avons vu plus haut, cette trahison ne prend pas toujours la forme outrancière du passage  à « l’ennemi », elle se traduit le plus souvent par l’abandon pur et simple des principes fondateurs de la gauche que sont la défense du service public, des acquis sociaux et la solidarité. Faut-il s’en étonner ? Si l’on observe d’un peu plus près ce qu’est la réalité de la vie politique on remarquera que les dirigeants du Parti socialiste fréquentent les mêmes clubs que les dirigeants de l’UMP et du patronat.
Le plus prestigieux d’entre eux est "Le siècle", cénacle très sélect qui fonctionne par cooptation et dans lequel on rencontre des personnalités aussi diverses que, entre autres et au hasard, SarKozy, Rama Yade, Rachida Dati, Pierre Assouline (eh oui !), DSK [également membre du Groupe de Bilderberg avec son ancien collègue du gouvernement Jospin, Hubert Védrine, fondé en 1954 aux Pays-Bas et qui est probablement le plus puissant des réseaux d’influence au monde ; pour donner une idée de cette puissance sachez, chers amis, que la réunion de 2003 s’est tenue dans le Trianon du Château de Versailles qui pour l’occasion fut fermé au public pendant une semaine !], PPDDA, Nicole Notat et tout le gratin des décideurs économiques, ainsi que des patrons de presse comme Jean-Marie Colombani, Laurent Joffrin et Serge July, ancien maoïste qui se rêvait en « tycoon ». Si vous lisez (je vous le recommande) le bouquin de Laurent Mauduit, journaliste du Monde démissionnaire pour cause de caviardage d’une enquête, Petits conseils, chez Stock, vous apprendrez qu’à la petite sauterie donnée par Alain Minc en 1999 pour ses 50 ans au Grand Vefour, la table la plus prestigieuse de la capitale, étaient présents, outre le gratin du patronat et de la droite, les socialistes Martine Aubry, Bernard Kouchner et DSK accompagné de son épouse Anne Sinclair. En d’autres termes, pendant que les militants se démènent, distribuent des tracts et collent des affiches qui fustigent la politique de la droite et du patronat  les dirigeants, eux, discutent, mangent et s’amusent en compagnie de ceux qui organisent cette politique. Grandiose n’est-ce pas ? De quoi se menotter à un radiateur le jour des élections !



 

 

Posté par MONTAIGNEACHEVAL à 12:47 - FAITS DIVERS DE NOS SOCIETES - Commentaires [500] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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