11 juillet 2009
BRENTANO'S...ASSASSINE PAR LA BNP
QUAND LE CAPITALISME DEVIENT SA PROPRE CARICATURE
Au fond, les choses se répètent piteusement. Voilà ce qu'écrivait , magistralement, Eric Hazan, dans l'un des plus beaux livres jamais écrit sur Paris, "L'INVENTION DE PARIS":
"Le Saint-Germain-des-Prés existentialiste tient lui aussi de la légende, alimentée en grande partie par les articles haineux de la presse " de droite"- guillemets indispensables car dans les grandes années du Tabou, de la Rose Rouge, du Bar Vert et du Montana, entre la Libération et 1950, personne ne se disait de droite, vu que ce terme équivalait à celui de collaborateur et que les gens de drotie étaient souvent en prison ou séjournaient prudemment à l'étranger. Mais ce qui relève des certitudes, c'est que Saint-Germain-des-Prés était , jusqu'à la fin des années 1980 le centre de l'édition française. Elle avait certes des prolongements au quartier Latin (Maspero-la Découverte devant la Sorbonne, Hachette dans son immeuble historique à l'angle du Boulevard Saint-Germain et du Boulevard Saint_Michel), à Montparnasse (Albin Michel, Larousse) voire sur la rive droite (Calmann-Lévy). Mais l'essentiel était groupé dans le VIème Arrondissement avant que la concentration, le souci des économies d'échelle et le mépris de l'histoire aient dispersé les grands groupes et leurs contrôleurs de gestion dans des tours climatisées, à l'abri de toute contagion avec des livres, des lecteurs ou des librairies.
Le livre n'est d'ailleurs pas le seul expulsé du quartier. Place Saint-Germain-des-Prés, cinq tumeurs_Dior ,Vuitton,Armand, Lanvin, Cartier- ont envahi le tissus de la ville: il arrive parfois qu'un même organe soit envahi par des métastases multiples. Ici ce sont les extensions d'un cancer primitif qui se trouve du côté de la Place Vendôme et de la Rue de la Paix. Certains prodromes l'avaient fait redouter- Sonia Rykiel à la place des accueillantes boiseries du Restaurant des Saints-Pères, Yves-Saint-Laurent à Saint-Sulpice, au milieu des chasubles - mais ils étaient restés longtemps isolés. Soudain, les défenses ont craqué, et en deux ans le mal était fait. Souhaitons que la librairie La Hune ne soit pas remplacée un beau matin par la boutique d'un parfumeur, qui n'aura vraisemblablement rien à voir avec ce bon Birotteau.
Rêvons au jour où le peuple en colère brisera les blindages de ces hideuses et insolentes vitrines, remerciera les vigiles et les vendeuses bronzées ,et rendra la vie àce lieu qui n'avait pas mérité pareil sort.
"Mes amis, disait Diderot, faisons des rêves: tandis que nous en faisons, nous oublions et le rêve de la vie s'achève sans qu'on y pense".
Je dédie ce superbe passage à BRENTANO'S crevé dans la plus parfaite indifférence, selon le même processus, évoqué ci-dessus, sans que Monsieur Neveu (quel malheur d'en avoir un) ne levât le sourcil, ni lui, ni la pauvre bougresse qui le précéda. Une librairie de moins c'est un peu de liberté en plus pour le capitalisme. De surcroît, quel symbole !! C'est la BNP, l'une des plus mafieuses banques d'Europe qui a fait déguerpir l'esprit de ce quartier. On est bien obligé d'exprimer une certaine nostalgie, du fait de l'avenir de blindages et de vigiles qu'on nous réserve.
BRENTANO'S...et bientôt sans doute GALIGNANI. Et La HUNE dont parle Eric Hazan.
Indifférence générale, même avec ,hier la "nécrologie boutiquière" parue dans "LE MONDE", article sympathique, chaleureux, presque, mais policé et fade, sans la moindre indignation comme le sont les dessins de Plantu.
La tasse de café qui se dérobe....non...je n'ose penser à une métaphore qui...que....



