La République des LIBRES

"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."J.Jaurès

19 juillet 2009

HISTOIRE EN VACANCES 1- LE 20 JUILLET 1944, RASTENBURG, TANIERE DU LOUP, 12H30

OU COMMENT UNE TABLE EN CHÊNE MASSIF ET UNE SACREE DOSE D'INCOMPETENCE ONT PROLONGE LA GUERRE D'UN AN.


20 Juillet 1944. Le Reich est en feu. Le navire nazisme prend eau de toutes parts . Voilà un an et demi qu'a eu lieu la fameuse Bataille de STALINGRAD, suivie par celle, moins connue, et pourtant tout aussi décisive de KOURSK, la plus grande bataille de chars de tous les temps. Voilà un mois et demi qu'a eu lieu le DEBARQUEMENT en NORMANDIE. L'Italie est  presque libéree. Partout la Wehrmacht connaît le goût âcre de la défaite. Aucun ressort militaire ne fonctionne plus.  Les villes allemandes,  après les villes de tant d'autres pays, payent le prix fort à la passion folle de leurs habitants au tyran le plus monstrueux de l'histoire. Déjà Hambourg, Berlin, Hanovre, Kiel, Essen, Cologne, Francfort, Mayence, Karlsruhe Augsbourg, Fribourg, Stuttgart, Nuremberg  Munich n'existent plus. L'Allemagne n'est bientôt plus qu'un vaste cratère. Et pourtant, la machine nazie se déchaîne. D'abord la Shoah n'a jamais été aussi meurtrière qu'en 1944. On déporte en toute hâte tput ce qui se présente, les Juifs hongrois, grecs....Drancy tourne à plein. Des convois partent encore de la Gare de Bobigny, cependant que la 2ème DB approche de Paris. Le dernier convoi partira même le 31 Juillet 1944. Trois semaines à peine avant le soulèvement de la capitale. En 1944, Hitler est tout puissant. Son mépris pour les Allemands et pour l'armée n'a jamais atteint un tel paroxysme. Il recentre son pouvoir autour de ce qu'Eugen Kogon appelle "L'Etat SS". 1944 est l'année de la SS et du SD(Sicherheitsdienst, les services secrets).
C'est dans ce contexte de désastre militaire croissant et de perspectives plus que funestes pour le Reich, qu'un groupe d'officiers supérieurs de la Wehrmacht, qui commencent à comprendre que leur  intérêt est "au-delà du Führer" envisagent un putsch, et la liquidation d'Hitler. Oh, pas du tout par compassion envers les Juifs. Mais par auto-apitoiement. Ils aimeraient offrir aux Alliés un visage présentable et se placer dans l'administration de la future Allemagne que les Alliés s'apprêtent à considérer comme une colonie.

A la tête de ce complot, un aristocrate de vieille souche, cultivé, mélomane (ça ne vous rappelle rien?) francophile, anglophone, le Comte Schenk von Stauffenberg dont la lignée remonte à 1145.STAUFFENBERG
Avec lui des officiers supérieurs d'Etat-major dont les deux plus célèbres sont Rommel et Von Stulpnagel. L'idée est de préparer un putsch depuis le Bendlerblock, immeuble berlinois de l'Etat-Major, avec l'aide des forces de la Wehrmacht en France, commandées par Rommel qui a perdu le contrôle du pays. On donne à cette opération le nom de code "Walkyrie". La préparation en est minutieuse. 900 officiers environ trempent dans la conjuration. Chacun sait que si l'opération échoue, il est mort. Et sa famille avec lui. Pourtant, aucune défection, tant la haine patriotique et non politique pour Hitler est forte. Rapidement, entre le 12 et le 17 Juillet 1944, tout se met en place. On confectionne deux bombes qu'on place dans deux serviettes en cuir. Il est prévu que le second de Stauffenberg fera irruption dans la salle du Bunker d'Hitler en Prusse-Orientale, pendant une réunion d'état-major et se fera sauter avec les deux bombes. Or ,les choses ne se passeront pas du tout comme prévues. D'abord, le doute s'installe parmi certains conjurés. Et surtout, c'est Stauffenberg lui-même qui doit assurer l'attentat. Il ne peut se suicider, car il est le nerf vital de la conjuration. Mais, il a laissé des lettres d'une amertume et d'un nihilisme inouïs qui prouvent qu'il voulait vraiment la peau d'Hitler, eût-il dû y laisser la vie. Bref, il entre vers 12h  dans la pièce où se tiennt le gratin nazi, SS et Wehrmacht-Luftwaffe confondues, il pose la valise nonchalamment à ses pieds, puis ,au bout de quelques minutes, prétextant un coup de téléphone à donner , il sort. Il se rue dans son command-car et , à peine sorti de l'enceinte de protection du bunker, non sans mal d'ailleurs, il entend la formidable explosion. Il est convaincu que personne n'a pu en réchapper. Il appelle alors Von Beck, son adjoint à Berlin et Von Stulpnagel aux Andelys. L'opération "Walkyrie" vient de commmencer. A Paris , Von Stulpnagel fait arrêter 900 SS et toute la Gestapo. Même scénario à Berlin.
Puis à 12h40, Von Beck reçoit un coup de téléphone: Hitler est vivant. Amoché, mais vivant. Il vient même de recevoir Mussolini. On le voit après l'attentat faisant le guide pour le DuceMUSSOLINI_HITLER. Tout est perdu. L'explication est aussi stupide que rageante: une fois Von Stauffenberg sorti pour "aller téléphoner", l'officier qui se tenait debout près de lui, remarque une serviette en cuir laissée sur le sol. D'un coup de botte, il la place SOUS la table, près d'un pied en chène massif. Quand la bombe explose, le plateau de ladite table, de 10cm d'épaisseur, agit alors comme un bouclier.
La répression sera impitoyable. Le 23 , Stauffenberg et les 4 "cerveaux" du complot sont fusillés au Bendlerblock par les Waffen SS qu'ils avaient arrêtés. Dans les semaines qui suivent, Rommel est contraint au suicide pour sauver sa famille, et 300 autres conjurés ayant de près ou de loin trempé dans le complot sont guillotinés.

 

Voici le plan de la table de conférence. Hitler a eu la baraka.....Inconcevable!!!!

Attentat_200744

 

Hitler ne  s'en sort pas indemne.  Il a un tympan éclaté, son parkinson s'est aggravé,Il est très affaibli et ne tient qu'à coup d'injections de morphine. Déjà paranoïaque, comme tous les grands criminels, il développe cette paranoïa jusqu'à l'extrême,, instaurant des tribunaux SS volants pour "purger la population allemande des éléments décadents".
L'attentat raté du 20 juillet est emblématique de l'infantilisation absolue de la société allemande par le régime nazi: on acclame les gagnants, on fustige les perdants.Et voilà une photo publiée dès le lendemain dans le journal nazi, le "VOELKISCHER BEOBACHTER": on croit rêver!!! le pantalon d'Adolf, en lambeaux. Dommage que la viande qu'il contenait soit demeurée intacte !!!!_Hitler_Pantalon__20











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Et puis, l'opinion publique ne bascula pas en faveur des conjurés du 20 Juillet. Par peur des SS, certes , mais aussi par acceptation de l'idéologie nazie. Quant au sort des Juifs, les conjurés n'y portèrent pas le moindre intérêt.

On est donc en droit de célébrer la mémoire de ces hommes courageux autour de Stauffenberg, mais avec d'expresses réserves quant à la motivation profonde desdits hommes, motivations qui n'avaient rien de démocratiques et d'humanistes.


Cette petite chronique est le NUMERO 1 d'une série de 10 que je vous propose jusqu'au mois de septembre. Bonnes vacances à tous.


Posté par MONTAIGNEACHEVAL à 18:34 - HISTOIRE - Commentaires [56] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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