28 juillet 2009
HISTOIRE EN VACANCES 4- LE 23 AOUT 1939
UNE TACHE INDELEBILE SUR L'HISTOIRE DU COMMUNISME. OÙ IL EST QUESTION DE PACTE, DE GERMANO, DE SOVIETIQUE...ET DE LARBINS
L'image de la honte absolue. Molotov, Ministre des Affaires Etrangères de Staline, en train de signer. Derrière lui, on voit entre autre Staline et à sa gauche Von Ribbentrop, Ministre des Affaires étrangères du Reich, le tout sous le portrait de Lénine, parfaitement à sa place.
Il y a comme ça , des sujets qui fâchent. L'Histoire en regorge. Celui que je vous propose aujourd'hui a tout de la bombe atomique! L'esprit humain est ainsi fait qu'il a besoin de balises. Donc, dans l'Histoire du XXème siècle, on serait tenté de croire que le monde a connu le camp du bien, la révolution communiste, et le camp du mal, le nazisme. A priori irréconciliables, que dis-je!!! inconciliables. Nous sommes en Août 1939. COUP DE TONNERRE: STALINE SIGNE PACTE DE NON-AGRESSION AVEC HITLER. Voilà 3 ans et demi que Ladolf a pris le pouvoir, et qu'il a déjà commencé à terroriser l'Europe. Les démocraties occidentales, on le sait , se sont déshonorées en signant les Accords de Munich, le 30 Septembre 1938. Le même jour, d'ailleurs, à 12 km de Munich , à Dachau, Karl von Ossietzky, un intellectuel farouchement antinazi était emprisonné dans le lazaret concentrationnaire et Goering ne le laissera jamais aller à Oslo recevoir son Prix Nobel...mais ça et la mise en pièce de la Tchécoslovaquie n'avait pas l'air de choquer la France et l'Angleterre outre mesure. Car, sans le dire, tout , tout valait mieux que les communistes. Même les nazis, les fascistes italiens, Franco.. En Amérique le lobby allemand faisait pression sur Roosevelt pour qu'il demeurât non-interventionniste. En URSS, Staline est au pouvoir depuis 15 ans. Approfondissant les préceptes du putsch d'octobre 1917, qu'on ose encore appeler Révolution, alors que la Révolution Russe est celle de Février, mais passons, il a bâti, inspiré par Mussolini, un pouvoir totalitaires basé sur le culte de la personnalité. L'Allemagne est l'ennemie jurée de la Russie puis de l'URSS. Les 7 millions de morts russes sur le front Est sont là pour rappeler la souffrance de ce pays crucifié, littéralement par la sanie tsariste. Et qui tombera dans un malheur équivalent...Pourtant Staline a besoin de ménager Hitler. Et Hitler a tout intérêt à éviter la guerre sur deux fronts. Staline connaît parfaitement la rhétorique belliqueuse , raciste et conquérante des nazis ("Die Rasse gegen die Masse) "la race contre la masse". Pour les nazis, les Slaves sont des sous-hommes , juste au -dessus des Juifs. Il suffit de lire "Mein Kampf" (si on a du courage!) Comme le NKVD ,sur ordre de Staline avait liquidé plus de 10000 officiers supérieurs de l'Armée rouge, Staline avait besoin de temporiser. Alliance de circonstance, donc, que ce pacte dont la signature résonne comme un coup de tonnerre, dans le ciel de la guerre qui vient?? Pas sûr. Bien des choses laissent à penser que ce pacte fut avant tout un pacte d'intérêts mutuels.
D'abord le dépeçage de la Pologne. Il était convenu qu'Hitler envahissant la Pologne, laisserait l'Est du pays aux Soviétiques. On sait les souffrances de ce pays. Qui, c'est le pire de cette histoire, se jeta à corps perdu dans l'antisémitisme. Les Polonais, victimes-bourreaux. Le sort des Poloanis , côté allemand, sous la conduite de Hans Frank, l'un des pires salauds du IIIème Reich n'étaiit pas pire que côté soviétique.
Ensuite, le Pacte prévoyait la livraison de matières premières à destination du Reich: blé, viande, beurre, essence, (celle qui servira à bombarder Londres en particulier), minerais, bois etc...en échange d'or. Le nazisme ne crachait pas sur ces importations pourtant venues d'un pays peuplé de sous-hommes. Et le gouvernement soviétique , lui non plus, n'avait guère d'états d'âme.

Enfin, et c'est sans doute là qu'on ne peut soutenir qu'il ne se serait agi que d'un pacte de circonstance, une clause du Pacte prévoyait la livraison par Staline des communistes allemands, suite au renouvellement des dispositions le 11 Janvier 1940 . Ainsi Margarete Buber-Neumann, femme du dirigeant communiste allemand Hans Neumann, fut remise à la Gestapo par le NKVD sur le pont de Brest-Litovsk en 1940, alors que Béria lui avait juré qu'on l'emmenait en Suède.
Ce pacte est donc un sommet d'infâmie. Le PCF, d'ailleurs, servile comme toujours, se tut. Appliqua les consignes du Komintern. En justifiant le pacte , par une culpabilité supposée des démocraties occidentales qui auraient tergiversé trop longtemps pour signer avec Staline. Bref, ce parti de larbins ne trouva rien à redire.
VOICI LE TITRE DE "L'HUMANITE" du 25 Août 1939...un sommet de pourriture:
Il faudra attendre le 22 juin 1941 ,et l'invasion de l'URSS par Hitler (l'opération "Barbarossa") pour que le "parti des fusillés" entre dans la résistance. Mais le désarroi chez les militants fut immense. Pendant que la direction envoyait Arthur Dallidet,(ne pas confondre avec Dalida!) qui mourra affreusement torturé par la Gestapo en 1942, à Moscou pour prendre des consignes, la direction, le Comité Central approuvait la ligne de Moscou. Enormément de militants quittèrent alors le PCF, écoeurés par cette trahison. Mais pas tous pour rejoindre la SFIO. Beaucoup rejoignirent soit le PPF, le parti fasciste fondé par Doriot , maire ex-PCF de Saint-Denis, soit l'autre officine fascisto-bolchévique, le POPF (Parti ouvrier et paysan français) dirigé par l'ex numéro 3 du PCF? Marcel Gitton.
Bref, une sale histoire. Et la conclusion coule de source :la différence entre le nazisme et le stalinisme est épaisse comme une...feuille de papier à cigarettes. La tentation totalitaire est la même. La seule différence, et je dis bien la seule, mais décisive, est la Shoah. Le reste.....
Pour finir, citons CHURCHILL:
"seul un régime de despotisme totalitaire, comme celui qui existait dans
chacun des deux pays, était capable de supporter la réprobation
qu'inspirait un acte aussi anormal"
Le coup de grâce de M.Y...
Pour une fois, ce n'est pas d'un coup de coeur dont je vais vous parler mais son contraire...J'ai refermé le livre sur la dernière page hier matin, soulagée que ce soit terminé, au bord de la nausée... 
"Le coup de grâce" de Marguerite Yourcenar (folio, 2 euros) est un petit roman que j'ai acheté il y a quelques jours, parce que j'ai adoré lire Yourcenar ... Mémoires d'Hadrien, L'oeuvre au noir, Archives du nord.... Le personnage un peu récalcitrant (oui, je sais, dire d'une académicienne qu'elle est récalcitrante c'est un peu léger, cependant je maintiens; peu de femmes de sa génération, femmes connues, auront revendiqué avec autant de naturel dénué d'agressivité féministe leur homosexualité. Sans doute, pour être dans cet état d'esprit faut-il être pétri d'humanisme; pour être libre à ce point faut-il avoir un pied dans un monde autre ... ) m'a toujours hautement impressionnée. M.Yourcenar a été une sorte de modèle pour moi et quelques amies de fac; cette femme forte comme un homme arrivait à écrire des romans aux dehors froids, mais nous y puisions à la source de l'histoire d'hommes parfaitement humains nos émotions, y trouvant toutes matières pour nourrir nos appétits d'histoire et d'art mêlés. Peu de romanciers font plonger comme elle le fait dans l'histoire et comme mise en abîme dans une histoire.
C'est donc très ouverte que j'ai abordé la lecture de ce petit livre;.. d'autant que la figure féminine se prénomme Sophie ce qui, à la lecture, génère une familiarité des accents qui se font entendre et ressentir...mais bien mal m'en a pris et j'aurais du me méfier !
Ce livre nous parle de l'enfer depuis l'enfer... M.Y se met dans la peau, par le biais de la narration à la première personne, d'un jeune officier allemand blessé parfaitement nationaliste, Eric, qui rejoint une famille polonaise de ses amis où il retrouve ses deux amis d'enfance de toujours, Conrad et sa soeur Sophie. Nous sommes dans le sillage de 1914 et la guerre contre les "Rouges" fait rage. C'est sur fond d'incertitude et de violence que Sophie, âgée de 16 ou 17 ans tombe complètement amoureuse d'Eric et lui ouvre sa passion : "Comme on est bien ici ! disait-elle en s'installant avec moi dans une des cahutes du parc, pendant l'un des courts moments de tête-à-tête que nous parvenions à nous procurer, à l'aide de ruses qui n'appartiennent d'ordinaire qu'aux amants ; et elle éparpillait d'un coup sec autour d'elle les cendres de sa courte pipe de paysanne. - Oui, on est bien, répétai-je, grisé par cette tendresse toute récente comme par l'introduction d'un nouveau thème musical dans ma vie, et j'effleurai gauchement ces bras fermes posés devant moi sur la table du jardin, un peu à la façon dont j'aurais flatté un beau chien ou un cheval qu'on m'aurait donné. - Vous avez confiance ? - Le jour n'est pas plus pur que le fond de votre coeur chère amie. - Eric, - et elle appuyait lourdement son menton sur ses mains croisés, - j'aime mieux vous dire tout de suite que je suis devenue amoureuse de vous...Quand vous voudrez vous comprenez ? Et même si ce n'est pas sérieux... - Avec vous, c'est toujours sérieux, Sophie. - Non, dit-elle, vous ne me croyez pas. Et en rejetant en arrière sa tête boudeuse avec un mouvement de défi qui était plus doux que toutes les caresses : Il ne faut pas vous figurer que je sois si bonne pour tout le monde."
Découvrant la force des sentiments qui agitent la jeune femme, ce jeune homme d'une froideur incommensurable ne va avoir de cesse de jouer d'une façon parfaitement calculée avec elle, une sorte d'expérimentation humaine poussée à l'extrême jusqu'à atteindre la cruauté mentale ... et cela va monter comme un chant pour aboutir à la mort. Sophie dépitée de voir son amour jouet et déconsidéré va passer à l'ennemi. Le marxisme, elle ne s'en cachait pas, l'attirait en cette période sans compromission. Elle part rejoindre le camp adverse. C'est finalement le jeune officier allemand Eric qui l'exécutera pour trahison.
" Le premier coup ne fit qu'emporter une partie du visage, ce qui m'empêchera toujours de savoir quelle expression Sophie eût adoptée dans la mort. Au second coup, tout fut accompli. J'ai pensé d'abord qu'en me demandant de remplir cet office, elle avait cru me donner une dernière preuve d'amour, et la plus définitive de toutes. J'ai compris depuis qu'elle n'avait voulu que se venger, et me léguer des remords. Elle avait calculé juste : j'en ai quelquefois. On est toujours pris au piège avec les femmes."
Quand on referme le livre sur cette ligne on a l'impression de sortir de pièce étouffante, au bord de l'asphyxie... Un salaud pareil ça ne s'invente pas...mais ce qui m'a particulièrement atterrée c'est la froideur détachée avec laquelle le narrateur passe sur le monde son regard d'acier tranchant... et joue avec la vie. J'avais déjà remarqué cet état de fait dans d'autres descriptions de personnages mais nazis, (le cinéma de Visconti et bien-sûr les descriptions de Romain Gary ...)
M.Y se défend d'avoir écrit un livre politique, pourtant à bien y regarder on ne pouvait écrire plus subtil plaidoyer contre cet esprit nationaliste qui se matérialiser dans le nazisme. (le livre a été écrit en 1938 et publié en 1939).





