La République des LIBRES

"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."J.Jaurès

30 juillet 2009

HISTOIRE EN VACANCES 5- LE 24 A0ÛT 1572 , LA SAINT-BARTHELEMY

 POUR LES CONTEMPORAINS, UN  MASSACRE  PEU BANAL.

Qui n'a a jamais entendu parler de la Saint-Barthélémy, le 24 Août 1572. Sous le règne de Charles IX, roi de 1560 à 1574, deuxième fils d'Henri II et de Catherine de Médicis??

Nous sommes donc 25 ans après la mort de François Ier, le grand roi du XVIème siècle.

Il nous faut , d'ailleurs, revenir en arrière, précisément sous le règne de François. Il monte sur le trône en 1515.  En 1519, à Augsbourg, un moine augustinien, Martin Luther, se déclare en rupture religieuse avec Rome.  Il fait placarder sur tous les portails des églises de la ville ses "95 Thèses" accusant l'Eglise d'apostasie et de corruption. On sait les arguments de Luther. Sa condamnation enflammée du commerce des indulgences: en gros, un riche qui a commis un crime, s'en voit pardonné par l'Eglise, en échange d'une somme rondelette qui servira à l'édification de la Basilique Saint-Pierre. C'est la naissance du protestantisme. Luther, qui n'a RIEN d'un révolutionnaire, puritain moralisateur, épouvantable tyran familial, antisémite notoire, s'indigne de la vénalité des indulgences parce que pour lui, reprenant ainsi tout un courant religieux fondé sur le rapport direct avec Dieu, qui existait déjà dut temps de Jean Hus ou de Valdo quelques siècles auparavant: c'est la grâce immédiate. Comprenez (sans intermédiaire). Pas besoin de prothèses, de hochets, de godemichets. La foi seule suffit.

Le protestantisme fait peu à peu tache d'huile, en France, notamment sous l'impulsion de Calvin qui reprend beaucoup des idées de Pierre Valdo. En 1532, paraît la BIBLE D'OLIVETAN, première Bible en langue française et d'inspiration protestante. Jusqu'en 1534, François 1er se montre plutôt favorable aux idées protestantes. Mais après "l'affaire  des placards" en Octobre 1534 changea définitivement la donne. Dans la nuit du 17 au 18 Octobre de cette année-là furent affichés des proclamations contre la religion catholique, l'Eucharistie etc. François 1er réagit avec une violence inouïe. Il considéra ces placards (affiches) comme un crime de lèse-majesté, professa publiquement sa foi catholique et une répression impitoyable s'abattit sur les "huguenots" (ceux qui sont unis par un serment, déformation du mot suisse alémanique Eidgenosse). Calvin s'exila à Genève. Beaucoup de protestants se réfugièrent en Hollande.
La France, dès lors fut en état de guerre civile permanente.  Charles IX, de santé fragile, règne depuis 1560, date de la mort de son frère aîné François II.

Charles IXcharles_ix 
Les Valois n'avaient qu'une obsession : réduire les protestants. Et rien,  ni la Paix d'Amboise en 1563, ni la fameuse Négociation de Saint-Germain en 1570 n'y purent quelque chose. Henri de Navarre, fils de Jeanne d'Albret, et futur Henri IV est le cousin du roi et chef du parti protestant. Il est "de la famille" et donc inattaquable. Le 18 Août 1572 est organisé en grande pompe, au Louvre son mariage avec la Reine Margot, soeur du roi et nymphomane avérée. Amante du chef du parti catholique Henri de Guise., un ultracatholique révant d'évincer les Valois pour obtenir le trône de France. Il fait chaud. Les princes protestants,leurs épouses, leurs serviteurs,  tout de noirs vêtus, ont été invités. Paris bruit de colère devant ces "oiseaux de malheur". Henri de Navarre semble une garantie de sécurité suffisante. L'orage éclate, resté célèbre, et sous le déluge, au Palais, on ourdit, autour de Guise et de Catherine de MédicisCatherine_de_Medicis__2
un plan d'arrestation immédiate de tous les protestants, y compris Henri de Navarre et Coligny, grand chef protestant, tuteur du roi Charles.  Il y a une bonne
raison à cela. Je veux dire que le choix du mariage arrangé entre Henri de Navarre et la Reine Margot n'est qu'un prétexte. En fait, il faut se hâter; Coligny a monté avec le roi un projet de guerre contre les Habsbourg. L'Eglise y est formellement opposée. Et les Médicis sont le levier idéal pour se débarrasser de la menace huguenote qui fait tache d'huile en Europe. Le 22 Août, un attentat contre Coligny râte. On pense donc que c'est cela qui déclencha la St Barthélémy.
Et c'est le massacre. Le tocsin se met à sonner. Le soir même du 23 août, le roi aurait tenu une réunion avec ses conseillers pour décider de la conduite à suivre. Vu les circonstances, le conseil décida de procéder à une justice extraordinaire et l'élimination des chefs protestants fut décidée. Il s'agissait de mettre hors d'état de nuire les capitaines de guerre protestants. Le conseil épargna les jeunes princes du sang, le roi de Navarre et le prince de Condé.

Peu de temps après cette décision, les autorités municipales de Paris furent convoquées. Il leur fut ordonné de fermer les portes de la ville et d'armer les bourgeois afin de prévenir toute tentative de soulèvement. Il est aujourd'hui difficile de déterminer la chronologie des évènements et de connaître le moment exact où commença la tuerie. Les nobles protestants, Pardaillan, Saint-Martin, Sources, Armand de Clermont de Piles, Saint-Jean-d'Angely, Beaudiné, Puy Viaud, Berny, Quellenec, baron du Pons, furent chassés du palais du Louvre puis massacrés dans les rues. L'Amiral de Coligny Gaspard_de_Coligny_1517_1572fut tiré de son lit, achevé et défenestré. Les corps sont traînés dans les rues, dénudés et rassemblés dans la cour du Louvre. Les chefs protestants présents à Paris le 24 août qui survécurent sont surtout ceux qui logeaient hors de la ville, dans le faubourg Saint-Germain. Le but était atteint. Du moins le croyait-on....
Les choses alors dérapent en tuerie généralisée. On tue à l'aveuglette. Pendant des jours. Hommes ,femmes, enfants, femmes enceintes que l'on éventre, et le roi tente de stopper ce qui désormais lui échappe. On connaît l'ampleur de la sauvagerie qui d'ailleurs attei gnit des Italiens en villégiature àParis, d'autres étrangers et , bien entendu , des Bohémiens et des Juifs.  On estime à 3 000 à Paris, et de 5 000 à 10 000 dans toute la France, le nombre des victimes.
On connaît le fameux tableau de François Dubois, un peintre contemporain du massacre:

Massacre_saint_barthelemy


Que tirer comme conclusion à cela? D'abord, la haine dès lors entre protestants et catholiques fut inexpiable. Ensuite le retentissement de la St Barthélémy en Europe immense. Le roi de France passait désormais pour un souverain intolérant, cruel, incapable de sauvegarder la vie de ses sujets. Ce ne serait pas sans conséquences pour l'avenir. On put croire un apaisement venu en 1598 avec l'Edit de Nantes. Mais l'assassinat d'Henri IV en 1610, ranima la haine religieuse, qui atteignit son point d'orgue avec la révocation du même édit en 1685, par Louis XIV,, sous la pression de la bigote Maintenon. C'est seulement à la Révolution que s'apaisera la haine mutuelle.

Depuis, des St Barthélémy, il en a eu, et des pires. Pensons à l'Irlande ou à celles qui se produisent régulièrement entre Musulmans et Hindous en Inde et au Pakistan. Les foules sont des bêtes féroces. La religion se nourrit de la tuerie. Elle a besoin de sang humain pour prospérer. Le vampire est sa métaphore.

Posté par MONTAIGNEACHEVAL à 07:12 - HISTOIRE - Commentaires [202] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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