30 juillet 2009
HISTOIRE EN VACANCES 5- LE 24 A0ÛT 1572 , LA SAINT-BARTHELEMY
POUR LES CONTEMPORAINS, UN MASSACRE PEU BANAL.
Qui n'a a jamais entendu parler de la Saint-Barthélémy, le 24 Août 1572. Sous le règne de Charles IX, roi de 1560 à 1574, deuxième fils d'Henri II et de Catherine de Médicis??
Nous sommes donc 25 ans après la mort de François Ier, le grand roi du XVIème siècle.
Il nous faut , d'ailleurs, revenir en arrière, précisément sous le règne de François. Il monte sur le trône en 1515. En 1519, à Augsbourg, un moine augustinien, Martin Luther, se déclare en rupture religieuse avec Rome. Il fait placarder sur tous les portails des églises de la ville ses "95 Thèses" accusant l'Eglise d'apostasie et de corruption. On sait les arguments de Luther. Sa condamnation enflammée du commerce des indulgences: en gros, un riche qui a commis un crime, s'en voit pardonné par l'Eglise, en échange d'une somme rondelette qui servira à l'édification de la Basilique Saint-Pierre. C'est la naissance du protestantisme. Luther, qui n'a RIEN d'un révolutionnaire, puritain moralisateur, épouvantable tyran familial, antisémite notoire, s'indigne de la vénalité des indulgences parce que pour lui, reprenant ainsi tout un courant religieux fondé sur le rapport direct avec Dieu, qui existait déjà dut temps de Jean Hus ou de Valdo quelques siècles auparavant: c'est la grâce immédiate. Comprenez (sans intermédiaire). Pas besoin de prothèses, de hochets, de godemichets. La foi seule suffit.
Le protestantisme fait peu à peu tache d'huile, en France, notamment sous l'impulsion de Calvin qui reprend beaucoup des idées de Pierre Valdo. En 1532, paraît la BIBLE D'OLIVETAN, première Bible en langue française et d'inspiration protestante. Jusqu'en 1534, François 1er se montre plutôt favorable aux idées protestantes. Mais après "l'affaire des placards" en Octobre 1534 changea définitivement la donne. Dans la nuit du 17 au 18 Octobre de cette année-là furent affichés des proclamations contre la religion catholique, l'Eucharistie etc. François 1er réagit avec une violence inouïe. Il considéra ces placards (affiches) comme un crime de lèse-majesté, professa publiquement sa foi catholique et une répression impitoyable s'abattit sur les "huguenots" (ceux qui sont unis par un serment, déformation du mot suisse alémanique Eidgenosse). Calvin s'exila à Genève. Beaucoup de protestants se réfugièrent en Hollande.
La France, dès lors fut en état de guerre civile permanente. Charles IX, de santé fragile, règne depuis 1560, date de la mort de son frère aîné François II.
Charles IX
Les Valois n'avaient qu'une obsession : réduire les protestants. Et rien, ni la Paix d'Amboise en 1563, ni la fameuse Négociation de Saint-Germain en 1570 n'y purent quelque chose. Henri de Navarre, fils de Jeanne d'Albret, et futur Henri IV est le cousin du roi et chef du parti protestant. Il est "de la famille" et donc inattaquable. Le 18 Août 1572 est organisé en grande pompe, au Louvre son mariage avec la Reine Margot, soeur du roi et nymphomane avérée. Amante du chef du parti catholique Henri de Guise., un ultracatholique révant d'évincer les Valois pour obtenir le trône de France. Il fait chaud. Les princes protestants,leurs épouses, leurs serviteurs, tout de noirs vêtus, ont été invités. Paris bruit de colère devant ces "oiseaux de malheur". Henri de Navarre semble une garantie de sécurité suffisante. L'orage éclate, resté célèbre, et sous le déluge, au Palais, on ourdit, autour de Guise et de Catherine de Médicis
un plan d'arrestation immédiate de tous les protestants, y compris Henri de Navarre et Coligny, grand chef protestant, tuteur du roi Charles. Il y a une bonne
raison à cela. Je veux dire que le choix du mariage arrangé entre Henri de Navarre et la Reine Margot n'est qu'un prétexte. En fait, il faut se hâter; Coligny a monté avec le roi un projet de guerre contre les Habsbourg. L'Eglise y est formellement opposée. Et les Médicis sont le levier idéal pour se débarrasser de la menace huguenote qui fait tache d'huile en Europe. Le 22 Août, un attentat contre Coligny râte. On pense donc que c'est cela qui déclencha la St Barthélémy.
Et c'est le massacre. Le tocsin se met à sonner. Le soir même du 23 août, le roi aurait tenu une réunion avec ses conseillers pour décider de la conduite à suivre. Vu les circonstances, le conseil décida de procéder à une justice extraordinaire et l'élimination des chefs protestants fut décidée. Il s'agissait de mettre hors d'état de nuire les capitaines de guerre protestants. Le conseil épargna les jeunes princes du sang, le roi de Navarre et le prince de Condé.
Peu de temps après cette décision, les autorités municipales de Paris furent convoquées. Il leur fut ordonné de fermer les portes de la ville et d'armer les bourgeois afin de prévenir toute tentative de soulèvement. Il est aujourd'hui difficile de déterminer la chronologie des évènements et de connaître le moment exact où commença la tuerie. Les nobles protestants, Pardaillan, Saint-Martin, Sources, Armand de Clermont de Piles, Saint-Jean-d'Angely, Beaudiné, Puy Viaud, Berny, Quellenec, baron du Pons, furent chassés du palais du Louvre puis massacrés dans les rues. L'Amiral de Coligny
fut tiré de son lit, achevé et défenestré. Les corps sont traînés dans les rues, dénudés et rassemblés dans la cour du Louvre. Les chefs protestants présents à Paris le 24 août qui survécurent sont surtout ceux qui logeaient hors de la ville, dans le faubourg Saint-Germain. Le but était atteint. Du moins le croyait-on....
Les choses alors dérapent en tuerie généralisée. On tue à l'aveuglette. Pendant des jours. Hommes ,femmes, enfants, femmes enceintes que l'on éventre, et le roi tente de stopper ce qui désormais lui échappe. On connaît l'ampleur de la sauvagerie qui d'ailleurs atteignit des Italiens en villégiature àParis, d'autres étrangers et , bien entendu , des Bohémiens et des Juifs. On estime à 3 000 à Paris, et de 5 000 à 10 000 dans toute la France, le nombre des victimes.
On connaît le fameux tableau de François Dubois, un peintre contemporain du massacre:
Que tirer comme conclusion à cela? D'abord, la haine dès lors entre protestants et catholiques fut inexpiable. Ensuite le retentissement de la St Barthélémy en Europe immense. Le roi de France passait désormais pour un souverain intolérant, cruel, incapable de sauvegarder la vie de ses sujets. Ce ne serait pas sans conséquences pour l'avenir. On put croire un apaisement venu en 1598 avec l'Edit de Nantes. Mais l'assassinat d'Henri IV en 1610, ranima la haine religieuse, qui atteignit son point d'orgue avec la révocation du même édit en 1685, par Louis XIV,, sous la pression de la bigote Maintenon. C'est seulement à la Révolution que s'apaisera la haine mutuelle.
Depuis, des St Barthélémy, il en a eu, et des pires. Pensons à l'Irlande ou à celles qui se produisent régulièrement entre Musulmans et Hindous en Inde et au Pakistan. Les foules sont des bêtes féroces. La religion se nourrit de la tuerie. Elle a besoin de sang humain pour prospérer. Le vampire est sa métaphore.
28 juillet 2009
HISTOIRE EN VACANCES 4- LE 23 AOUT 1939
UNE TACHE INDELEBILE SUR L'HISTOIRE DU COMMUNISME. OÙ IL EST QUESTION DE PACTE, DE GERMANO, DE SOVIETIQUE...ET DE LARBINS
L'image de la honte absolue. Molotov, Ministre des Affaires Etrangères de Staline, en train de signer. Derrière lui, on voit entre autre Staline et à sa gauche Von Ribbentrop, Ministre des Affaires étrangères du Reich, le tout sous le portrait de Lénine, parfaitement à sa place.
Il y a comme ça , des sujets qui fâchent. L'Histoire en regorge. Celui que je vous propose aujourd'hui a tout de la bombe atomique! L'esprit humain est ainsi fait qu'il a besoin de balises. Donc, dans l'Histoire du XXème siècle, on serait tenté de croire que le monde a connu le camp du bien, la révolution communiste, et le camp du mal, le nazisme. A priori irréconciliables, que dis-je!!! inconciliables. Nous sommes en Août 1939. COUP DE TONNERRE: STALINE SIGNE PACTE DE NON-AGRESSION AVEC HITLER. Voilà 3 ans et demi que Ladolf a pris le pouvoir, et qu'il a déjà commencé à terroriser l'Europe. Les démocraties occidentales, on le sait , se sont déshonorées en signant les Accords de Munich, le 30 Septembre 1938. Le même jour, d'ailleurs, à 12 km de Munich , à Dachau, Karl von Ossietzky, un intellectuel farouchement antinazi était emprisonné dans le lazaret concentrationnaire et Goering ne le laissera jamais aller à Oslo recevoir son Prix Nobel...mais ça et la mise en pièce de la Tchécoslovaquie n'avait pas l'air de choquer la France et l'Angleterre outre mesure. Car, sans le dire, tout , tout valait mieux que les communistes. Même les nazis, les fascistes italiens, Franco.. En Amérique le lobby allemand faisait pression sur Roosevelt pour qu'il demeurât non-interventionniste. En URSS, Staline est au pouvoir depuis 15 ans. Approfondissant les préceptes du putsch d'octobre 1917, qu'on ose encore appeler Révolution, alors que la Révolution Russe est celle de Février, mais passons, il a bâti, inspiré par Mussolini, un pouvoir totalitaires basé sur le culte de la personnalité. L'Allemagne est l'ennemie jurée de la Russie puis de l'URSS. Les 7 millions de morts russes sur le front Est sont là pour rappeler la souffrance de ce pays crucifié, littéralement par la sanie tsariste. Et qui tombera dans un malheur équivalent...Pourtant Staline a besoin de ménager Hitler. Et Hitler a tout intérêt à éviter la guerre sur deux fronts. Staline connaît parfaitement la rhétorique belliqueuse , raciste et conquérante des nazis ("Die Rasse gegen die Masse) "la race contre la masse". Pour les nazis, les Slaves sont des sous-hommes , juste au -dessus des Juifs. Il suffit de lire "Mein Kampf" (si on a du courage!) Comme le NKVD ,sur ordre de Staline avait liquidé plus de 10000 officiers supérieurs de l'Armée rouge, Staline avait besoin de temporiser. Alliance de circonstance, donc, que ce pacte dont la signature résonne comme un coup de tonnerre, dans le ciel de la guerre qui vient?? Pas sûr. Bien des choses laissent à penser que ce pacte fut avant tout un pacte d'intérêts mutuels.
D'abord le dépeçage de la Pologne. Il était convenu qu'Hitler envahissant la Pologne, laisserait l'Est du pays aux Soviétiques. On sait les souffrances de ce pays. Qui, c'est le pire de cette histoire, se jeta à corps perdu dans l'antisémitisme. Les Polonais, victimes-bourreaux. Le sort des Poloanis , côté allemand, sous la conduite de Hans Frank, l'un des pires salauds du IIIème Reich n'étaiit pas pire que côté soviétique.
Ensuite, le Pacte prévoyait la livraison de matières premières à destination du Reich: blé, viande, beurre, essence, (celle qui servira à bombarder Londres en particulier), minerais, bois etc...en échange d'or. Le nazisme ne crachait pas sur ces importations pourtant venues d'un pays peuplé de sous-hommes. Et le gouvernement soviétique , lui non plus, n'avait guère d'états d'âme.

Enfin, et c'est sans doute là qu'on ne peut soutenir qu'il ne se serait agi que d'un pacte de circonstance, une clause du Pacte prévoyait la livraison par Staline des communistes allemands, suite au renouvellement des dispositions le 11 Janvier 1940 . Ainsi Margarete Buber-Neumann, femme du dirigeant communiste allemand Hans Neumann, fut remise à la Gestapo par le NKVD sur le pont de Brest-Litovsk en 1940, alors que Béria lui avait juré qu'on l'emmenait en Suède.
Ce pacte est donc un sommet d'infâmie. Le PCF, d'ailleurs, servile comme toujours, se tut. Appliqua les consignes du Komintern. En justifiant le pacte , par une culpabilité supposée des démocraties occidentales qui auraient tergiversé trop longtemps pour signer avec Staline. Bref, ce parti de larbins ne trouva rien à redire.
VOICI LE TITRE DE "L'HUMANITE" du 25 Août 1939...un sommet de pourriture:
Il faudra attendre le 22 juin 1941 ,et l'invasion de l'URSS par Hitler (l'opération "Barbarossa") pour que le "parti des fusillés" entre dans la résistance. Mais le désarroi chez les militants fut immense. Pendant que la direction envoyait Arthur Dallidet,(ne pas confondre avec Dalida!) qui mourra affreusement torturé par la Gestapo en 1942, à Moscou pour prendre des consignes, la direction, le Comité Central approuvait la ligne de Moscou. Enormément de militants quittèrent alors le PCF, écoeurés par cette trahison. Mais pas tous pour rejoindre la SFIO. Beaucoup rejoignirent soit le PPF, le parti fasciste fondé par Doriot , maire ex-PCF de Saint-Denis, soit l'autre officine fascisto-bolchévique, le POPF (Parti ouvrier et paysan français) dirigé par l'ex numéro 3 du PCF? Marcel Gitton.
Bref, une sale histoire. Et la conclusion coule de source :la différence entre le nazisme et le stalinisme est épaisse comme une...feuille de papier à cigarettes. La tentation totalitaire est la même. La seule différence, et je dis bien la seule, mais décisive, est la Shoah. Le reste.....
Pour finir, citons CHURCHILL:
"seul un régime de despotisme totalitaire, comme celui qui existait dans
chacun des deux pays, était capable de supporter la réprobation
qu'inspirait un acte aussi anormal"
Le coup de grâce de M.Y...
Pour une fois, ce n'est pas d'un coup de coeur dont je vais vous parler mais son contraire...J'ai refermé le livre sur la dernière page hier matin, soulagée que ce soit terminé, au bord de la nausée... 
"Le coup de grâce" de Marguerite Yourcenar (folio, 2 euros) est un petit roman que j'ai acheté il y a quelques jours, parce que j'ai adoré lire Yourcenar ... Mémoires d'Hadrien, L'oeuvre au noir, Archives du nord.... Le personnage un peu récalcitrant (oui, je sais, dire d'une académicienne qu'elle est récalcitrante c'est un peu léger, cependant je maintiens; peu de femmes de sa génération, femmes connues, auront revendiqué avec autant de naturel dénué d'agressivité féministe leur homosexualité. Sans doute, pour être dans cet état d'esprit faut-il être pétri d'humanisme; pour être libre à ce point faut-il avoir un pied dans un monde autre ... ) m'a toujours hautement impressionnée. M.Yourcenar a été une sorte de modèle pour moi et quelques amies de fac; cette femme forte comme un homme arrivait à écrire des romans aux dehors froids, mais nous y puisions à la source de l'histoire d'hommes parfaitement humains nos émotions, y trouvant toutes matières pour nourrir nos appétits d'histoire et d'art mêlés. Peu de romanciers font plonger comme elle le fait dans l'histoire et comme mise en abîme dans une histoire.
C'est donc très ouverte que j'ai abordé la lecture de ce petit livre;.. d'autant que la figure féminine se prénomme Sophie ce qui, à la lecture, génère une familiarité des accents qui se font entendre et ressentir...mais bien mal m'en a pris et j'aurais du me méfier !
Ce livre nous parle de l'enfer depuis l'enfer... M.Y se met dans la peau, par le biais de la narration à la première personne, d'un jeune officier allemand blessé parfaitement nationaliste, Eric, qui rejoint une famille polonaise de ses amis où il retrouve ses deux amis d'enfance de toujours, Conrad et sa soeur Sophie. Nous sommes dans le sillage de 1914 et la guerre contre les "Rouges" fait rage. C'est sur fond d'incertitude et de violence que Sophie, âgée de 16 ou 17 ans tombe complètement amoureuse d'Eric et lui ouvre sa passion : "Comme on est bien ici ! disait-elle en s'installant avec moi dans une des cahutes du parc, pendant l'un des courts moments de tête-à-tête que nous parvenions à nous procurer, à l'aide de ruses qui n'appartiennent d'ordinaire qu'aux amants ; et elle éparpillait d'un coup sec autour d'elle les cendres de sa courte pipe de paysanne. - Oui, on est bien, répétai-je, grisé par cette tendresse toute récente comme par l'introduction d'un nouveau thème musical dans ma vie, et j'effleurai gauchement ces bras fermes posés devant moi sur la table du jardin, un peu à la façon dont j'aurais flatté un beau chien ou un cheval qu'on m'aurait donné. - Vous avez confiance ? - Le jour n'est pas plus pur que le fond de votre coeur chère amie. - Eric, - et elle appuyait lourdement son menton sur ses mains croisés, - j'aime mieux vous dire tout de suite que je suis devenue amoureuse de vous...Quand vous voudrez vous comprenez ? Et même si ce n'est pas sérieux... - Avec vous, c'est toujours sérieux, Sophie. - Non, dit-elle, vous ne me croyez pas. Et en rejetant en arrière sa tête boudeuse avec un mouvement de défi qui était plus doux que toutes les caresses : Il ne faut pas vous figurer que je sois si bonne pour tout le monde."
Découvrant la force des sentiments qui agitent la jeune femme, ce jeune homme d'une froideur incommensurable ne va avoir de cesse de jouer d'une façon parfaitement calculée avec elle, une sorte d'expérimentation humaine poussée à l'extrême jusqu'à atteindre la cruauté mentale ... et cela va monter comme un chant pour aboutir à la mort. Sophie dépitée de voir son amour jouet et déconsidéré va passer à l'ennemi. Le marxisme, elle ne s'en cachait pas, l'attirait en cette période sans compromission. Elle part rejoindre le camp adverse. C'est finalement le jeune officier allemand Eric qui l'exécutera pour trahison.
" Le premier coup ne fit qu'emporter une partie du visage, ce qui m'empêchera toujours de savoir quelle expression Sophie eût adoptée dans la mort. Au second coup, tout fut accompli. J'ai pensé d'abord qu'en me demandant de remplir cet office, elle avait cru me donner une dernière preuve d'amour, et la plus définitive de toutes. J'ai compris depuis qu'elle n'avait voulu que se venger, et me léguer des remords. Elle avait calculé juste : j'en ai quelquefois. On est toujours pris au piège avec les femmes."
Quand on referme le livre sur cette ligne on a l'impression de sortir de pièce étouffante, au bord de l'asphyxie... Un salaud pareil ça ne s'invente pas...mais ce qui m'a particulièrement atterrée c'est la froideur détachée avec laquelle le narrateur passe sur le monde son regard d'acier tranchant... et joue avec la vie. J'avais déjà remarqué cet état de fait dans d'autres descriptions de personnages mais nazis, (le cinéma de Visconti et bien-sûr les descriptions de Romain Gary ...)
M.Y se défend d'avoir écrit un livre politique, pourtant à bien y regarder on ne pouvait écrire plus subtil plaidoyer contre cet esprit nationaliste qui se matérialiser dans le nazisme. (le livre a été écrit en 1938 et publié en 1939).
25 juillet 2009
L'ENIGME DU SAMEDI SOIR
Deux énigmes en une, puisque les deux extraits sont tirés du même livre ; certains trouveront tout de suite mais je ne peux m'empêcher de vous soumettre la beauté de ce texte, qui parle également de la beauté de son auteur... A vous !
"J'en ai rencontré un. Un instituteur. Je ne sais s'il a le portrait de Mao dans sa giberne, ou celui de Lénine, mais je vais vous dire : je lui souhaite de gagner. Ici en France, partout ; Ce n'est pas le genre de contestataire qui brûle des voitures : c'est le genre qui y va de sa sueur, de tout son coeur et de sa vie. Le genre d'hommes dont la passion éclaire le monde tout autrement que les forêts du Var incendiées...
Vingt-quatre ans : un "assistant technique". Ah ! parlez-moi de cette "sale jeunesse" à qui "il manque une guerre" !. Je voudrais, petit instituteur, que vous reveniez vivant en France et que vous deveniez un de ceux qui feront encore un peu plus peur à nos vieux crabes, en dressant le bilan de tout ce que, en cinquante ans de "présence", ils n'ont pas fait.
Vous vivez seul dans un climat dont la malaria, quoi qu'en disent les statistiques, n'a pas été "à jamais bannie"" :il n'y a qu'à vous faire une prise de sang. Ce que vous refusez de faire : cela signifierait le rapatriement. Vous avez une chiasse qui vous fait pâlir toutes les dix minutes. Oui, je sais, XXX passe une fois par mois, mais il ne gueule même plus, il est de votre race : ce n'est pas lui qui signera l'ordre d'évacuation. Les obèses qui n'ont jamais mis les pieds hors de Djibouti et de leur import-export, disent que vous faites ça... "pour ne pas faire de service militaire". Ah ! merde, voilà que l'envie me prend d'aller brûler une de leurs voitures, moi aussi.
Il y a ceux, ici - ici cela veut dire dans un rayon de deux cents kilomètres - qui viennent vous adorer chaque matin : j'ai vu leurs yeux. Vous savez que vous ne rencontrerez plus jamais de plus vrai amour. Pour convaincre les parents qu'il faut laisser venir les enfants à l'école et pour les arracher à leur travail de bêtes de somme, il vous faut faire, de votre poche, des cadeaux aux papas.
Vous ne vous bornez pas à l'enseignement : un manuel de médecine et de chirurgie de campagne ne vous quitte jamais. Lorsqu'il n'est pas question de mettre le malade dans votre "babour" - ce n'est pas la France qui vous l'a offert, vous l'avez payé de votre poche - pour demander des secours par phonie du poste voisin, vous faites des miracles. N'avez-vous pas opéré l'année dernière un gosse de six ans d'une appendicite aigüe, avec je ne sais quels instruments de fortune, en feuilletant à la lumière d'une lampe à huile votre "manuel d'urgence ?" Il a fallu refaire l'opération, mais vous avez sauvé l'enfant. Vous seul ici, réussissez à convaincre les lépreux de se rendre à la visite, de se laisser traiter. votre solde y passe tout entière...
Vous savez ce que vous faites ici, petit instituteur d'Arcachon ? La révolution. La vraie. pas celle des putes verbales à la Cohn -Bendit. vous essayez de sauver, de changer, de tirer des ténèbres. Vous êtes gauchiste, vous détestez l'armée, la bourgeoisie, et vous avez hautement gagné ce droit, parce que vous vous êtes mis en règle avec vos idées, avec vous -même. Alors, je vous l'ai écrit dans ma lettre : si vous devez nous fiche en l'air, je suis de tout coeur avec vous, parce que je sais, j'ai vu ce que vous voulez, je suis de tout coeur d'accord avec vous, même si le monde que vous voulez bâtir ne peut l'être que sur mon dos.
.....
Je laisse à la Résidence mon garde du corps et reviens traîner dans les ténèbres du Quartier Trois. Les prostituées, sur leurs chaises, sont à peine visibles, nuit sur fond nuit... Parfois un militaire allume son briquet et regarde la fille de plus près, histoire de s'assurer qu'elle a tout de même un visage. Pour les légionnaires, les rapports sont plus personnels : ils passent des espèces de contrats d'exclusivité avec les filles... Leur santé y gagne. Pas de sollicitations : la nuit et le silence.
Un regard brille à ma droite : deux étoiles tombées qui se lèvent vers moi de la poussière... J'ai envie de lui parler, de savoir ce que peut être cette vie de tout-à-l'égout. Je frotte une allumette : un beau visage luisant, un de ces visages éthiopiens longs et fins où se retrouve la marque de la première aristocratie du monde, celle des Ramsès et de Toutankhamon. Ne dit-on pas que ce peuple descend de l'ancienne Egypte ? Mais on est ici plus près des tombes que des pharaons...
La cabane sent la terre et l'herbe sèche, dans un grattement continu d'insectes rongeurs. Sur le sol où la lampe est posée dans un trou creusé, le passage furtif et fulgurant des lézards bleus...Il y a quelque chose d'immémorial dans cette tranchée primitive où se célèbre le rite le plus ancien de la terre : le repos du guerrier...
Je n'ai pas le temps de dire un mot que déjà elle est nue, assise sur le bord du lit de camp, les jambes ouvertes sur un sexe d'une noirceur qui fait pâlir la nuit. Je demeure coi, saisi de stupeur : tout ce corps à soldats est couvert de signatures. Je dis bien , de signatures : des hommes ont fait tatouer leurs noms sur cette véritable pierre tombale sous laquelle reposent les rêves des hommes sans amour. Des noms, des dates, comme sur un lieu de passage. Je lis sur un sein : légionnaire Strauss, 1965; caporal Bianchi, 1967... Au-dessus du sexe : Kriloff, roi des b... Où êtes-vous aujourd'hui caporal Bianchi, légionnaires Strauss et Kriloff, est-ce la seule marque que vou savez laissée de votre passage sur la terre ? Quelle mort vous a habités dans la vie ?
Sur le dos, sur le ventre, des commentaires flatteurs et des précisions sur le fonctionnement de cette pauvre mécanique humaine : se laisse..S...bien. Je croyais avoir tout vu dans ma vie. Mais pas ces marques abominables de néant intérieur et d'un désespoir haineux, avec leurs relents de fosse commune et d'Eichmann.Tous ces graffiti sur cette tombe vivante, on pourrait les remplacer par ces quelques mots : Ici est venu mourir l'honneur des hommes...
Ce n'est plus la peine de l'interroger : j'ai eu toutes les réponses. Strauss, Bianchi, Kriloff, je sais maintenant comment, de quelle haine de soi-même sont nés le nazisme et Auschwitz...
Je paye, je me lève. Elle s'inquiète ; une affreuse inquiétude féminine jusqu'au bout :
- Pas assez jolie pour toi, missio ?
Je lui ai pris la main, je l'ai baisée et je suis parti...
24 juillet 2009
l'Art et la révolution bolchevique
"De tout votre corps, de tout votre coeur, de toute votre conscience, écoutez la Révolution" écrivait le poète russe Alexandre Blok en 1918...
Pas facile d'aborder la question de la Révolution bolchevique avec un oeil dénué d'à-priori a posteriori. Pourtant essayez d'imaginer l'élan formidable qui soulevaient les êtres, en 1917, dans la foi absolue en du meilleur, du juste et du bon pour tous et pour chacun alors que l'un des régimes les plus durs au monde épuisait ses cartouches ; cette vague interne et pourtant collective qui est la condition sine qua non d'un mouvement révolutionnaire, quand le flot des mots reste enfin en deça du mouvement qu'il a opéré : l'homme n'en peut plus de souffrir, il se met à marcher et en marchant il entraîne avec lui tous ceux qui sont au même point... Une fois le renversement opéré, la révolution au sens littéral accomplie, il faut bâtir, avec un Espoir sans doute, inimaginable ...
Il faut dire qu'en Europe les secousses se multiplient grâce aux écrits de philosophes allemands et à l'avènement de la psychanalyse. Les courants artistiques se font l'écho de ces modifications internes dans les sociétés : tout est remis en question et les avants-gardes explosent. Depuis toujours les hommes cherchent dans l'art une réponse possible à leurs interrogations essentielles. Les artistes russes avaient, par tradition, une grande sensibilité pour la vie de leur époque et une soif ardente de vérité ; il régnait il faut dire, une tension particulière en Russie qui annonçait les évènements ; les tableaux, les sculptures et les dessins réflétaient la complexité des problèmes de la société, aussi cette quête passionnée de justice et de vérité devait être un des fondements de c
e qui vit le jour après la révolution.
En amont de la révolution d'octobre, beaucoup se passionnaient pour les recherches sur le Cubisme en France et le Futurisme italien, mais le caractère russe si "passionnément particulier" a toujours repris le dessus sur les influences européennes. On citera le groupe du "valet de carreau" qui affirme et réclame sa fidélité à Cézanne quelques temps, pour sa faculté à n'exprimer la forme que par la couleur et sa passion à ne réaliser que ses sensations... on citera également Vladimir Tatline, grand admirateur de Picasso et puis Malevitch, le père de l'art abstrait, après Kandinsky (qui quitte la Russie soviétique en 1921). On citera aussi le mouvement "rayonniste" moins connu avec pour tête de file Larianov, ainsi que le mouvement constructiviste... mais il ne faut pas se leurrer... : scandaliser les braves gens, frapper l'imagination, s'efforcer de détruire le passé, faire tourner la tête aux connaisseurs, et aspirer les jeunes : la nouveauté semble révolutionnaire mais l'unique raison d'être des avants-garde étant de détruire le passé, elles se trouvent très vite face à leur propres réalités, elles deviennent à leur tour un non-académisme, un anti-système (ce qui les rend aujourd'hui encore très éphémères). En plus de cet état de fait il existe une qualité particulière propre à l'art russe à l'époque qui précède, comme dans celle qui suit la révolution et c'est le sentiment qu'a l'artiste d'avoir une mission à accomplir, comme la sensation d'une immense responsabilité particulièrement visible dans la littérature et la poésie. (notamment Pouchkine, Lermontov, Griboïedov, Blok...)
Alors que se passe -t-il une fois la révolution faite, que font les artistes ?
Tout d'abord, et tous les historiens d'art le confirment, la Révolution a permis de mesurer la richesse des collections russes privées acquises au cours des siècles précédents, en évitant les pillages et les destructions qui accompagnent inévitablement les grands mouvements populaires (cf la France). A peine les révolutionnaires ont-ils pris le pouvoir qu'ils déclarent les collections privées propriété nationale et comme peu de collectionneurs avaient prévu la chute des tsars, toutes les collections sont restées sur place, ce qui a permis d'en révéler les trésors. Ces tableaux se trouvent toujours dans le musée de l'Ermitage aujourd'hui.
Après la révolutio
n, l'enthousiasme général rapprochent des artistes de tendances très différentes tels Petrov-Vodkine, Koustodiev, Brodski, Chagall, Tatline, Malevitch...il importe de savoir comment se mettre au service de la révolution et à la République des Soviets. Il faut bien se rendre compte que mettre ses convictions à l'épreuve d'une Révolution socialiste est sans précédent. Certains émigrent, en deviennent même l'ennemi, d'autres l'utilisent comme toile de fond à leurs expériences esthétiques... Lénine propose alors la "propagande monumentale" comme art du peuple, dans la rue. Attention il ne s'agit pas de la propagande dans son acception post révolutionnaire que l'on retrouve dans tout ce qui touche à la manipulation mentale des masses de Staline à Hitler jusqu'aux médias, mais du sens "propager un savoir", une nouvelle réalité, ici propager la révolution. Et ça va être le travail des artistes. La propagande est par nature dynamique, elle se situe dans le moment présent. En l'associant à "monumental" qui est symbole d'immortalité (cf l'art égyptien qui n'est que monumental), Lénine imagine unir le présent et l'avenir.
attants pour la Liberté. On dresse une liste : 67 statues sont prévues : Marx, Engels, Sophie Perovskaïa, Khaltourine, Tchernychevski, Herzen, Radichtchev, Danton, Marat, Saint-Simon, Blanqui, Fourier, Garibaldi, Jaurès... des écrivains, des musiciens... Les jugements portés par le peuple se firent intransigeants et sans appel. Il rejetait les oeuvres trop complexes par la forme, trop "primitivisme forcé" ou trop formalistes... : pour la première fois un dialogue s'engage avec le peuple dans l'art, et rend celui-ci dépendant de l'opinion des masses. "Chaque monument, disait Lénine, est un acte de propagande et une petite fête; par la suite, on pourra raviver le souvenir de ces hommes célèbres, à l'occasion des anniversaires, évidemment en l'associant toujours soigneusement à la révolution et à ses finalités."
La propagande servait aussi les grandes causes comme l'alphabétisation, l'hygiène, les soins médicaux etc... sous forme d'affiches ou de cartons publicitaires toujours édifiés par des artistes...et permettait également de tenir le moral. En effet les difficultés matérielles étaient terribles. La misère et la famine régnaient à peu près partout... la révolution ne générant pas les richesses d'un coup de baguette magique ! C'est pourtant à cette époque que Lénine, conscient de la précarité et de la misère des artistes s'évertue à acheter le plus possible de toiles à chacun d'eux, générant sans le savoir toute la mise en place d'un art "officiel" que Staline va utiliser à des fins dra
matiques pour tous, par la suite.
Mais revenons à cette période très particulière. Le juste milieu est absent de l'art, les artistes cherchaient des moyens d'expression à l'échelle des évènements; la révolution apparaissait aux artistes les plus sensibles non pas comme une suite d'évènements concrets mais plutôt comme une entité qui avait radicalement changé la représentation même du monde. C'est pourquoi il est nécessaire de regarder sans préjugés la peinture de ces années si extra-ordinaires.
2 : Matisse : la danse 1910 - collection Stchoukine
3 : "le camarade Lénine débarrasse la terre de la saleté" 1920
4 : "Femme, apprends à lire et à écrire !" 1923 - Elisaveta Krouglikova
5 : "Il ne nous est resté du vieux monde que les cigarettes IRA"
6 : "Meilleure tétine ne fut ni ne sera, jusqu'à 100 ans la téteras"
7 : Chagall Le mariage - 1918
HISTOIRE EN VACANCES 3- LE 2 AOÛT 1914
"JAMAIS DANS L'HISTOIRE TANT D'HOMMES FURENT SACRIFIES A SI PEU" (Winston Churchill"
Le cartésianisme naturel des historiens, maîtres du temps, auquel s'ajoute l'esprit de raison si français, fait que depuis 1945, on a l'habitude de parler de la Première puis de la Seconde Guerre Mondiale. Or la période qui s'ouvre ce 2 Août 1914, est celle du "court XXème siècle" (Hobsbawm) qu'on a l'habitude faire s'achever à la Chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989. on pourrait dire aussi le Siècle de La Guerre Mondiale (1914-1945) et considérer l'entre-deux-guerres comme une simple trève....Et c'est en passant Gare de l'Est que j'ai pensé à ce sujet. Gare de l'Est, où en 1926, un peintre-décorateur américain peignit cette célèbre fresque, "LE DEPART"
Le 2 Août 1914. Ce n'est pas le début de la guerre , qui n'intervient , officiellement, que deux jours plus tard, lorsque la Reichswehr (l'Armée allemande) viole la neutralité de la Belgique et du Luxembourg. C'est le jour, fameux, connu, mille fois conté, un jour d'été, chaud, merveilleux. Les moissons ont commencé. Et le tocsin soudain sonne dans tous les villages de France ,d'Allemagne, et d'ailleurs. Des gendarmes viennent placarder les avis de MOBILISATION GENERALE.
En France (on observera qu'il manque , et pour cause, l'ARMEE DE L'AIR)
En Allemagne(General Mobilmachung en Allemand). 
Consternation !!! Toutes ces histoires de fleur au fusil, c'est de la merde, de la propagande de journaleux. Nous l'allons montrer tout à l'heure (je me prends pour la Fontaine, moi, faudrait peut-être que j'arrête le jus de pommes!!!) .
Pas de désertions non plus en France. 1000 environ sur 10 millions de mobilisés. Une sorte de gravité raisonnée et anxieuse. Le sentiment inouï que l'heure est venue de faire son devoir. Un vieux réflexe datant de la Révolution. Les autorités militaires et la gendarmerie-des rapports conservés au Château de Vincennes- seront éberlués qu'il y ait eu un tel calme, une telle détermination triste, sérieuse et grave. Et pas ou très peu d'incidents. On ne nota aucune "grève de l'appel". Rien. Pas non plus de beuveries qui dégénère. Simplement, tout un peuple qui depuis 44 ans a été chauffé à blanc contre l'Allemagne. Donc 4 millions de mobilisés en 1914, dans l'ordre. On a mis les Compagnies ferroviaires (à l'époque la SNCF n 'existe pas) au service du conflit. Complémentarité qui prendra, 30 ans plus tard , la forme abominable qu'on sait. Les gares, qui avaient été, côté français et côté allemand agrandies, élargies modernisées entre 1900 et 1910, en vue d'un conflit dont tout le monde savait qu'il allait éclater, deviennent le point nodal de la vie quotidienne, de la vie politique, de la guerre, de l'Histoire. Les gares...
GARE MONTPARNASSE
GARE DE L'EST
ET A...RIVESALTES (Pour henri ,si d'aventure il passe par ici)
Ce 2 Août 1914, à Joncherey, dans le Territoire-de-Belfort, sont tués les deux premiers soldats français, dont le Caporal Jules-André Peugeot (rien à voir avec la famille de constructeurs de bagnoles)...la guerre n'a pas encore commencé, que déjà ,des escarmouches le long de la frontière éclatent. C'est dire la tension monstrueuse qui règne en Europe .Et l'on a raison de dire que l'Attentat de Sarajevo fut le "détonateur" du baril de poudre.
Ce 2 Août 1914, c'est tout un continent qui sombre dans l'Apocalypse, puis le monde. 56 mois de guerre. Et des séquelles ineffaçables. Dont la reprise de la guerre 21 ans après la trève de 1918. Et malgré les Traités de Paix de 1919. 10 millions de morts au front. 24 millions de blessés, dont 16 millions de mutilés...Plus que toutes les guerres de l'Histoire réunies.... et encore ne parle-t-on pas de la guerre civile russe, à l'occasion de la Révolution....
Et aussi, le 2 Août 1914, dans les journaux, dont "EXCELSIOR" et surtout "LE PETIT PARISIEN " et "L'INTRANSIGEANT"
Les nouvelles du front, selon les journaux parisiens en 1914-1915.
Les balles allemandes ne tuent pas. Nos soldats ont pris l'habitude des balles allemandes. Et l'inefficacité des projectiles est l'objet de toutes les conversations.
Le Petit Parisien, 1914.
Les blessures causées par les balles ne sont pas dangereuses. Les balles traversent les chairs de part en part sans faire aucune déchirure.
L'Intransigeant, 1914
Le 2 Août 1914 commence aussi, en même temps que le XXème siècle, le bourrage de crâne industriel...avec le succès qu'on sait. Comme dans le Petit Niçois où parler est facile...
Et puis, et puis regardez comme ils sont beaux nos pious-pious avec leur superbe pantalon de garance, idéal pour ce ball-trap continental "Poule!" Feu!!!
Au moins ,ceux-là , les pauvres bougres, prisonniers en Allemagne, auront-il la vie sauve....
23 juillet 2009
EDF LA MAFIA DE L'ENERGIE
COCUS!!! COCUS!!! EDF TRAITE AINSI LES DEFENSEURS DE L'ENVIRONNEMENT...
Quels cons, ces beatniks de verts, ces foutriquets d'écolos!! Quels demeurés , tous ces fromages qui investissent dans les équipements pour économiser l'énergie....EDF vient de renvooyer tous ces loquedus dans leurs clapiers déperdisseurs d'énergie. Factures au poil....
Je crois que dans la longue histoire des antagonismes entre producteurs d'énergie et défenseurs d'économie de ces mêmes énergies, on n'avait encore jamais vu ça...EDF a obtenu des compensations financières contre une petite société, dont j'ai oublié le nom qui propose d'installer gratuitement chez les particuliers ,des "écrémeurs" de pointe. Autrement dit, un ingénieux petit boîtier, qui coupe pour quelques minutes l'alimentation éléctrique des gros appareils, pour lisser la consommation, permettant ainsi 10 à 15% d'économie d'énergie....
Mais ça, ça n'a pas plus du tout à Gadodo, Gadodo, Gadoneix, le mafieux qui , il y a trois semaine avait exigé 20% d'augmentation des tarifs en 3 ans...Même Mme Lagarde avait vu rouge, c'est dire!!! Et bien le Gadodo , cette fois a exigé et a obtenu. Plus de boîtiers économiseurs gratuits. Allez tous vous faire foutre !! L'électricité est produite, bouffez-la. Ainsi , d'ailleurs dispose la loi, en douce : un producteur d'énergie est en droit d'exiger des compensations si le volume de l'énergie consommée est inférieur à celle produite....dans le cadre, naturellement d'une entreprise privée...
Quel mépris !! Quel glaviot lancé à tous ceux qui se demandent comment l'humanité (pas le journal, pas taper, pas taper) passera la fin du siècle...EDF fait des profits records. C'est une des entreprises les plus rentables et les plus avides d'Europe. Avide. Avidité. Raffigkeit, en allemand, l'idée de rafler. Un gang. Des actionnaires pourris qui se foutent royalement du désastre écologique en cours.
EDF est une entreprise scélérate, comme ce gouvernement les aime. Pressurer les petites gens. Un sou, un sou de plus...un petit sou...métaphore de l'Oncle Picsou....mépris ouvert, affiché des pauvres. Et Borloo, qui n'en est pas à une couleuvre prêt, pourvu qu'elle titre bien, ne pipe mot.
EDF est le produit de l'ultralibéralisme totalitaire. Mais qui est , malheureusement la conséquence d'un assentiment électoral et de la liquéfaction de l'opposition-Vélib, ou des sectes religieuses de l'extrême-gauche.
EDF n'est d'ailleurs pas la seule à pratiquer ce racket. Les autres fournisseurs d'énergie renchérissent sur l'opérateur historique...comme qu'ils disent les monsieurs...
En même temps, on apprend que les banques américaines et sans aucun doute européennes, après avoir sucé les gouvernements , renouent avec les surprimes, les monstrueux parachutes dorés.
Et on apprend aussi que Rocard, mais qui l'écoute, propose de taxer les consommateurs d'essence. Sans penser, ce pauvre vieux fromage, qu'il punit ainsi les classes moyennes qu'on virées loin des villes ,captives de la bagnole et que ça favorisera la droite et la gauche-Télérama....
A la bonne nôtre....et pour finir si la politique d'EDF est à l'aune de son orthographe , on a tout à
CRAINDRE..
21 juillet 2009
HISTOIRE EN VACANCES 2 - LE 9 THERMIDOR(28 JUILLET 1794)
UNE HISTOIRE DE HOMARD....
Nous sommes en Juillet 1794. En Messidor an II, si vous préférez et si l'on suit la proposition de loi du citoyen Fabre d'Eglantine à la Convention le 21 Septembre 1792, de changer non seulement le nom des mois, mais beaucoup plus retors, la structure desdits mois. Comme la Révolution est une révolution bourgeoise, capitaliste dans son essence, et entrepreneuriale, les députés de la Convention, propriétaires, fermiers généraux enrichis par le fameux Mur érigé autour de Paris de 1781 à 1784 sur ordre du roi par Ledoux et qui fait tant jaser "le mur murant Paris rend Paris murmurant", industriels aussi, accapareurs , spéculateurs en tout genre, bref, ce qu'on nomme très improprement le Tiers-Etat a confisqué la Révolution. Et le calendrier doit nous mettre la puce à l'oreille. Passons sur le ridicule des noms de mois, mais au lieu de 4 semaines , et par conséquent 4 dimanches de repos, on a créé des décades, avec seulement 3 jours de repos...ça ne vous rappelle rien...un président qui s'attaque au dimanche????
Commencée on le sait en Mai 1789, avec des prémisses en 1788 (la Journée des Tuiles de Vizille) 
La Révolution a bien changé en cet été 1794. Elle a d'abord dû affronter la trahison du roi, son double jeu, celui de Marie-Antoinette , de la Cour...Le divorce entre la Nation et le Roi a accéléré l'atmosphère de guerre civile, de montée du totalitarisme montagnard. La guerre ensuite, qui malgré la victoire de Valmy, n'en finit pas de finir. Les Anglais attisent avec l'aide de Rome une opposition de plus en plus violente, fomentant des troubles en Bretagne, Vendée (voir Hugo" 93") , Périgord, Drôme, etc etc...La Convention elle-même se coupe du peuple par la levée en masse de 300000 hommes décidée en 1793. Bref, la Révolution devient une sorte de figure dantesque, hagarde, échevelées, cernée, cruelle. Les troupes révolutionnaires,on le sait avec Fouché et Carrier, Thureau, massacrent à grande échelle. Car on est cruel quand on a peur. Qu'on soit homme ou révolution.
Pris de panique, Robespierre, (ci-dessous)
pétri de Rousseau, grand défenseur de la "vertu" convaincu que l'Homme est amendable, domine le Comité de Salut Public.
Il y a , en compagnie de son âme damnée, le terrible et beau ténébreux Saint-Just,
député de l'Aisne, sorte de Chef chouan républicain, établi une dictature.
"A temps exceptionnels, mesures exceptionnelles". En 1793, après l'exécution du roi et la Guerre civile, la Constitution de la République a été suspendue pour laisser place à la TERREUR, défendue par les Montagnards,toutes tendances confondues. De Hébert et Babeuf à Danton et Desmoulins. Des radicaux aux modérés. Les Girondins, Brissot en tête (si l'on ose dire, vu son sort!) , ont payé leur opposition à la Terreur par leur arrestation collective et leur exécution en Juin 1793.
En 1794, les choses s'aggravent. Robespierre, de Janvier à Juin infléchit résolument le cours de la Révolution vers une dictature que n'eussent pas renié les tyrans modernes. Mais avait-il d'autre choix??? Les émigrés, avec le Comte de Provence, le futur Louis XVIII en tête, frère du roi, et le Comte d'Artois, l'autre frère qui sera le roi-crétin Charles X, ne cessent de fomenter le retour de la monarchie absolue. Le peuple retrouve les vieilles famines et disettes. Il regimbe. Robespierre se coupe peu à peu de la Convention. Il commence par éliminer les hébertistes, le 29 mars 1794 puis, une semaine plus tard, les modérés, Danton en tête. Le voici, croqué par David, dans la charette de l'exécution, le 5 Avril 1794....
L'émotion est alors immense, la colère sourde. Cette fois les propriétaires conservateurs de la Convention, craignent pour eux-mêmes. D'autant que le Printemps 1794 confine au délire: malgré l'éclatante victoire de de Fleurus, la Terreur s'intensifie. C'est la Grande Terreur. En deux mois, on guillotine plus de 1300 personnes à Paris. la plupart du temps sans raison. Robespierre devient le Grand Prêtre d'une nouvelle religion ,sorte de synthèse bancale entre le christianisme et un rousseauisme mal digéré: le Culte de l'Etre Suprème.
Au Comité de Salut Public, on s'alarme. Collot d'Herbois, Billaud-Varenne, Pocholle, Tallien, les futurs personnages de la réaction "thermidorienne" sentent que l'heure est venue. Le 8 Thermidor, pour la première fois, Robespierre est désavoué au Comité qui lance un mandat d'arrêt à l'encontre de celui qu'on nommme à présent "le dictateur". Le lendemain, il est mis en état d'arrestation par la Convention. Il fait 35°. Robespierre perd les pédales, ne peut plus parler. On l'assaille. Saint-Just ne bouge pas. Impassible. Déjà virtuellement mort. Seul le paralytique Couthon défend l'Incorruptible. Lequel parvient in extrémis à fuir se réfugier à l'Hôtel de Ville où Hanriot le boucher commandant la garde nationale qui fit souvent tirer sur la foule, est prêt à défendre les Robespierristes. Mais ses hommmes, payés grassement par Tallien et Barras, a-t-on dit se retournent contre les assiégés. Ceux -ci sont arrêtés. Robespierre a la mâchoire fracturée par un coup de pistolet tiré par un gendarme le fameux Méda et pas Merda, comme on le croit....
LE 9 THERMIDOR
Deux scènes de Thermidor à l'Hôtel de Ville de Paris, le 9 (en haut) et le 10 (en bas)
177 partisans de Robespierre sont arrêtés et guillotinés, le matin du 10 Thermidor (28 juillet 1794) dans l'allégresse générale....dont le sinistre Hanriot et aussi Carrier et Thureau les massacreurs de l'Ouest. Fouquier-Tinville le procureur du Tribunal Révolutionnaire suivra quelques semaines plus tard. Et Bonaparte , intime du frère de Robespierre, Augustin, guillotiné lui aussi, ne dut son salut à l'amitié de Barras lui-même Le soir même, au Restaurant du Palais-Royal, les Frères Provençaux, un cuisinier facétieux, si l'on ose dire, décide de célébrer l'événement. Un homard apprété dans une sauce à base de tomate. Et comme, cuit, le homard rougit....toujours le bon goût français!!!!!
Une page est tournée, la bourgeoisie a pris les rênes du pouvoir :elle ne les lâchera plus jamais. Thermidor est l'intrusion brutale dans la société capitaliste.
PROCES FOFANA SUITE: UNE REFLEXION DE LAZARILLO
Retour sur le procès Fofana
Drapés dans la neutralité qui est leur marque de fabrique, tous les juristes, ou presque, nous disent que les associations juives (ils n’osent pas s’en prendre à la famille d’Ilan Halimi) ont sauté à pieds joints sur le piège qui leur était tendu et ajoutent que la Justice n’a rien à gagner dans un appel qui mettra forcément sous pression les jurés populaires de la nouvelle Cour d’Assises.
Tout se passe dans cette affaire comme si la Justice avait été jusqu'à ce jour rendue, en toutes circonstances, en tous lieux et pour tous les justiciables sans considération de classe et d’origine ethnique, de manière sereine et équitable. A la lecture des commentaires et des éditoriaux, ce sont les Juifs à travers leurs associations (leurs lobbies !) qui ont fait exploser l’agencement magnifique d’une institution parfaite en tous points. Avant l’affaire Fofana, et surtout avant la scandaleuse intervention des Juifs, tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes judiciaires possibles, tout baignait, cela sautait aux yeux.
On a aussi entendu qu’avec cet appel « stupide » on mettait le doigt dans un engrenage infernal, comme si personne auparavant n’avait jamais tenté d’influer sur le cours des choses et que la Justice ne s’était jamais laissé influencer. Etant entendu que les magistrats sont sourds aux pressions, qu’ils n’acceptent jamais de prendre le téléphone lorsqu’une personnalité leur passe un coup de fil désintéressé, et qu’eux-mêmes n’ont d’opinion arrêtée sur rien. D’ailleurs, on se demande bien pourquoi, si les professionnels de la justice sont si parfaits et purs, a-t-on besoin d’un avocat ? Pourquoi ne supprime-t-on pas cette profession parasitaire ? En effet, la Justice étant parfaite et les magistrats froids et justes, la simple exposition des faits par un fonctionnaire ou un huissier devant la cour devrait suffire à obtenir un verdict exemplaire que personne ne saurait contester.
Si les avocats existent c’est non seulement pour étudier le dossier mais aussi pour faire pression sur le jury, qu’il soit professionnel ou populaire, c’est même pour cette raison que les « baveux » s’exercent à l’éloquence. Et comme tous les justiciables ne sont pas égaux devant l’argent ils n’ont pas accès aux mêmes avocats, les « meilleurs » parmi ces derniers étant généralement membres de puissants cabinets qui disposent d’une armada de collaborateurs. Au passage, on se demande qui a payé les avocats de Fofana et de ses complices (pour la famille d’Ilan Halimi la question ne se pose pas, tout le monde sait que les Juifs sont pleins aux as), tous d’excellents pénalistes pas à la portée de toutes les bourses ? Mais c’est tant mieux – je le dis sans ironie aucune – s’ils ont trouvé de généreux donateurs (associations ou individus) ainsi tout le monde était sur un pied d’égalité. Donc, à la lecture des commentaires dans cette affaire, c’est une affaire entendue, les Juifs ont inauguré, que dis-je inventé, les pressions sur la Justice.
C’est incontestable, les associations juives se sont fait piéger au point qu’elles se voient accusées de pratiquer un lobbying scandaleux (ce qui ne saurait surprendre personne, n’est-ce pas ?) et sont maintenant sommées de rendre des comptes alors qu’elles ne font que tenter de faire entendre à l’opinion que le crime de Fofana s’est inscrit dans un contexte détestable d’agressions et de manifestations antisémites sous couvert de solidarité avec le peuple palestinien. Et alors que c’est un jeune juif qui a été sauvagement assassiné parce que juif ce sont eux, les Juifs, qui se retrouvent en position d’accusés : il faut s’y faire, c’est comme ça depuis la crucifixion de l’enfant de Marie originaire de Nazareth, et c’est parti pour durer !
A ce propos, Marc Weitzmann (dont je continue à me demander ce qu’il a trouvé à Sarkozy en 2007), conclut une brillante tribune dans Le Monde que je recommande à tous, par ces mots : « Le résultat ? Une impression détestable qui semble aller dans le sens de la pire des propagandes - celle, justement, de l'assassin. Dans le piège pervers duquel les associations juives ont sauté comme avec enthousiasme. Certes, si la société française est malade, on ne voit pas au nom de quoi les Français juifs devraient se montrer plus sains d'esprit que d'autres. Mais faut-il pour autant qu'ils se dynamitent eux-mêmes ? »
Auparavant il a tout de même lui-même dynamité – et avec quel talent ! – les arguments de ceux qui affirment que la Cour d’Assises a fait preuve de sagesse et démontré que l’antisémitisme y a été minimisé quand ce n’est pas ignoré. Pour appuyer sa démonstration il renvoie au blog du propre Avocat général Philippe Bilger dans lequel celui-ci se permet d’ironiser sur la déclaration de la mère d’Ilan Halimi selon laquelle un procès public aurait montré que la Shoah recommence. Déclaration certes hors de propos mais indissociable de l’émotion d’une mère meurtrie. Mais Philippe Bilger n’est pas homme à se laisser émouvoir ou attendrir, sa spécialité, sa profession, c’est le calme en toutes circonstances. Le titre de son billet est : « Eloge du calme ».
Pour ceux et celles qui seraient intéressés par le point de vue strictement procédural je recommande le blog de Maître Eolas, véritable magasin de porcelaine judiciaire duquel sont exclus les rustres et les cuistres comme notre ami Montaigne qui a vu ses tous ses commentaires effacés. Votre serviteur y est aussi intervenu (sous une autre appellation, ce qui lui valut une volée de bois vert de la part de quelques blogueurs mais ses commentaires n’ont pas été censurés. Je ne suis donc ni un rustre ni un cuistre, ça me rassure ! Excuse-moi Montaigne pour cette absence de solidarité…
19 juillet 2009
HISTOIRE EN VACANCES 1- LE 20 JUILLET 1944, RASTENBURG, TANIERE DU LOUP, 12H30
OU COMMENT UNE TABLE EN CHÊNE MASSIF ET UNE SACREE DOSE D'INCOMPETENCE ONT PROLONGE LA GUERRE D'UN AN.
20 Juillet 1944. Le Reich est en feu. Le navire nazisme prend eau de toutes parts . Voilà un an et demi qu'a eu lieu la fameuse Bataille de STALINGRAD, suivie par celle, moins connue, et pourtant tout aussi décisive de KOURSK, la plus grande bataille de chars de tous les temps. Voilà un mois et demi qu'a eu lieu le DEBARQUEMENT en NORMANDIE. L'Italie est presque libéree. Partout la Wehrmacht connaît le goût âcre de la défaite. Aucun ressort militaire ne fonctionne plus. Les villes allemandes, après les villes de tant d'autres pays, payent le prix fort à la passion folle de leurs habitants au tyran le plus monstrueux de l'histoire. Déjà Hambourg, Berlin, Hanovre, Kiel, Essen, Cologne, Francfort, Mayence, Karlsruhe Augsbourg, Fribourg, Stuttgart, Nuremberg Munich n'existent plus. L'Allemagne n'est bientôt plus qu'un vaste cratère. Et pourtant, la machine nazie se déchaîne. D'abord la Shoah n'a jamais été aussi meurtrière qu'en 1944. On déporte en toute hâte tput ce qui se présente, les Juifs hongrois, grecs....Drancy tourne à plein. Des convois partent encore de la Gare de Bobigny, cependant que la 2ème DB approche de Paris. Le dernier convoi partira même le 31 Juillet 1944. Trois semaines à peine avant le soulèvement de la capitale. En 1944, Hitler est tout puissant. Son mépris pour les Allemands et pour l'armée n'a jamais atteint un tel paroxysme. Il recentre son pouvoir autour de ce qu'Eugen Kogon appelle "L'Etat SS". 1944 est l'année de la SS et du SD(Sicherheitsdienst, les services secrets).
C'est dans ce contexte de désastre militaire croissant et de perspectives plus que funestes pour le Reich, qu'un groupe d'officiers supérieurs de la Wehrmacht, qui commencent à comprendre que leur intérêt est "au-delà du Führer" envisagent un putsch, et la liquidation d'Hitler. Oh, pas du tout par compassion envers les Juifs. Mais par auto-apitoiement. Ils aimeraient offrir aux Alliés un visage présentable et se placer dans l'administration de la future Allemagne que les Alliés s'apprêtent à considérer comme une colonie.
A la tête de ce complot, un aristocrate de vieille souche, cultivé, mélomane (ça ne vous rappelle rien?) francophile, anglophone, le Comte Schenk von Stauffenberg dont la lignée remonte à 1145.
Avec lui des officiers supérieurs d'Etat-major dont les deux plus célèbres sont Rommel et Von Stulpnagel. L'idée est de préparer un putsch depuis le Bendlerblock, immeuble berlinois de l'Etat-Major, avec l'aide des forces de la Wehrmacht en France, commandées par Rommel qui a perdu le contrôle du pays. On donne à cette opération le nom de code "Walkyrie". La préparation en est minutieuse. 900 officiers environ trempent dans la conjuration. Chacun sait que si l'opération échoue, il est mort. Et sa famille avec lui. Pourtant, aucune défection, tant la haine patriotique et non politique pour Hitler est forte. Rapidement, entre le 12 et le 17 Juillet 1944, tout se met en place. On confectionne deux bombes qu'on place dans deux serviettes en cuir. Il est prévu que le second de Stauffenberg fera irruption dans la salle du Bunker d'Hitler en Prusse-Orientale, pendant une réunion d'état-major et se fera sauter avec les deux bombes. Or ,les choses ne se passeront pas du tout comme prévues. D'abord, le doute s'installe parmi certains conjurés. Et surtout, c'est Stauffenberg lui-même qui doit assurer l'attentat. Il ne peut se suicider, car il est le nerf vital de la conjuration. Mais, il a laissé des lettres d'une amertume et d'un nihilisme inouïs qui prouvent qu'il voulait vraiment la peau d'Hitler, eût-il dû y laisser la vie. Bref, il entre vers 12h dans la pièce où se tiennt le gratin nazi, SS et Wehrmacht-Luftwaffe confondues, il pose la valise nonchalamment à ses pieds, puis ,au bout de quelques minutes, prétextant un coup de téléphone à donner , il sort. Il se rue dans son command-car et , à peine sorti de l'enceinte de protection du bunker, non sans mal d'ailleurs, il entend la formidable explosion. Il est convaincu que personne n'a pu en réchapper. Il appelle alors Von Beck, son adjoint à Berlin et Von Stulpnagel aux Andelys. L'opération "Walkyrie" vient de commmencer. A Paris , Von Stulpnagel fait arrêter 900 SS et toute la Gestapo. Même scénario à Berlin.
Puis à 12h40, Von Beck reçoit un coup de téléphone: Hitler est vivant. Amoché, mais vivant. Il vient même de recevoir Mussolini. On le voit après l'attentat faisant le guide pour le Duce
. Tout est perdu. L'explication est aussi stupide que rageante: une fois Von Stauffenberg sorti pour "aller téléphoner", l'officier qui se tenait debout près de lui, remarque une serviette en cuir laissée sur le sol. D'un coup de botte, il la place SOUS la table, près d'un pied en chène massif. Quand la bombe explose, le plateau de ladite table, de 10cm d'épaisseur, agit alors comme un bouclier.
La répression sera impitoyable. Le 23 , Stauffenberg et les 4 "cerveaux" du complot sont fusillés au Bendlerblock par les Waffen SS qu'ils avaient arrêtés. Dans les semaines qui suivent, Rommel est contraint au suicide pour sauver sa famille, et 300 autres conjurés ayant de près ou de loin trempé dans le complot sont guillotinés.
Voici le plan de la table de conférence. Hitler a eu la baraka.....Inconcevable!!!!
Hitler ne s'en sort pas indemne. Il a un tympan éclaté, son parkinson s'est aggravé,Il est très affaibli et ne tient qu'à coup d'injections de morphine. Déjà paranoïaque, comme tous les grands criminels, il développe cette paranoïa jusqu'à l'extrême,, instaurant des tribunaux SS volants pour "purger la population allemande des éléments décadents".
L'attentat raté du 20 juillet est emblématique de l'infantilisation absolue de la société allemande par le régime nazi: on acclame les gagnants, on fustige les perdants.Et voilà une photo publiée dès le lendemain dans le journal nazi, le "VOELKISCHER BEOBACHTER": on croit rêver!!! le pantalon d'Adolf, en lambeaux. Dommage que la viande qu'il contenait soit demeurée intacte !!!!
Et puis, l'opinion publique ne bascula pas en faveur des conjurés du 20 Juillet. Par peur des SS, certes , mais aussi par acceptation de l'idéologie nazie. Quant au sort des Juifs, les conjurés n'y portèrent pas le moindre intérêt.
On est donc en droit de célébrer la mémoire de ces hommes courageux autour de Stauffenberg, mais avec d'expresses réserves quant à la motivation profonde desdits hommes, motivations qui n'avaient rien de démocratiques et d'humanistes.
Cette petite chronique est le NUMERO 1 d'une série de 10 que je vous propose jusqu'au mois de septembre. Bonnes vacances à tous.




















