La République des LIBRES

"Le courage, c’est de chercher la vérité et de la dire ; c’est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe, et de ne pas faire écho, de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques."J.Jaurès

12 novembre 2009

ANNELISE ROUX LA SOLITUDE DE LA FLEUR BLANCHE

ANNELISE ROUX,  DERACINEE

 

Je ne sais pas , au fond, parler d'un livre. J'ai certes sans doute des talents, comme tout le monde, mais pas celui-là. Et pourtant, en Août, et la semaine dernière, j'ai lu et relu le livre d'Annelise Roux et j'en ai été , comme qui dirait, transformé. Ce n'est pas si fréquent que cela.

 

D'abord un mot de l'Editrice. SABINE WESPIESER. Un sens de l'esthétique, très années 30 réussies. Du très beau travail .Et des titres comme TARIQ ALI, NUALA O'FAOLAIN ...et ce livre d'ANNELISE ROUX                                        "La solitude de la fleur blanche". ANNELISE_ROUX



C'est une histoire qui m'a touchée car, au fond, c'est celle de ma famille. Celle du déracinement. De la difficulté de s'attacher à nouveau. Nous avons vu que les Français, parlant du Mur de Berlin sont absolument incapables , et pour cause, ils existent depuis 1020 ans en tant que Français, rompus qu'ils sont à toutes les expériences politiques, y compris les pires, alors que les Allemands en tant que nation existent depuis 1871? au mieux depuis Fichte en 1806.
Annelise Roux nous parle d'un temps qui est celui de Camus. Ce singulier déracinement, compris de personne, comme tous les déracinements ,de la terre algérienne. Sentiment si difficile à décrire. Et qu'elle parvient admirablement à nous restituer. Petite fille élevée dans le riche et viticole médoc, terre pierreuse comme cette Algérie mythique et terre soupçonneuse devant ces pieds-noirs" rapatriés d'on ne sait  trop où , au fond, demi-Arabes, bohémiens, inquiétants.Il y a  d'abord le plus effroyable pour un petit enfant: la mort du père ou de la mère Inconcevable.... Dans le film  "LE RUBAN BLANC" Haneke nous montre la douleur du petit garçon du docteur, qui apprend "dass Mama überhaupt nicht 'verreist' ist" (Que maman n'est absolument pas 'partie en voyage'...).

Au passage, la bonne société bordelaise, celle de Mauriac , en prend pour son grade. Coincés, étriqués, mesquins, incapables de s'ouvrir aux autres, tels apparaissent ,au détour d'une note, les bourgeois médoquins. On me dira, c'est un pléonasme, les bourgeois qu'ils soient médoquins ou autres...sauf que la bourgeoisie bordelaise s'est construite sur le trafic d'esclaves. Et que, d'une certaine manière, cette petite "Algérienne" pourtant parfaitement girondine, a des racines qui renvoient à cette mauvaise conscience un peu jésuite des  familles de chartrons...le Médoc...gironde_medoc_visoterra_15802

Mais écoutons plutôt Annelise Roux "La terre dont j'étais en manque, néanmoins, était une terre de référence, attendait une reconnaissance quin ne fût pas d'arpents ni de drapeaux: simplement le droit à un partage de la mélancolie, à propos d'un temps où les peuples coexistaient de façon paisible. Pas d'autre revendication. Revoir en paix, quelques rues, quelques fermes, les cimetières où les innocents gisent comme un seul homme. Disant ccela, nous seront taxés d'angélisme ou de mensonge, d'une duplicité, dont la tonalité réactionnaire, tôt ou tard, émergerait, au mieux du sentimentalisme de jeunes divorcés peu réalistes ,se faisant des politesses exagérées avant qu'ils ne s'étripent pour emporter un pied de lampe".

J'aime à la folie cette façon simple, à la fois triste et tranchante de parler du pays perdu. Et peu importe qu'il s'agît en l'occurence de l'Algérie,, la même que celle de Marie Elbe ou de Mouloud Feraoun. On pourrait tout aussi bien transposer le récit à tous les déracinés. Un moment plus loin dans le récit, Annelise Roux parle avec finesse du "silence" des "Lettres Persanes", de cet incapacité , au fond de tout homme de dire ce qu'il a en lui ou devant lui.  On pense, évidemment à Camus parlant de Tipasa, comme un muet. TIPASAEt le pied de lampe emporté, c'est bel et bien cet arrachement inouï ,que nous, heureux pour la plupart que nous sommes, ne pouvons ni comprendre ni même ressentir. Annelise roux nous livre une chronique délicate, humaine et surtout , surtout, passionnante d'une "intégration" à un monde même pas hostile, mais totalement indifférent. Et cette petite fille me fait penser à mon père, partant à 10 ans, de la gare de Hambourg, en 1938, parce que ses parents l'envoyaient loin pour fuir le nazisme, et qui raconte   quelque part, que, se penchant à la fenêtre du train qui partait vit son père, ôtant son chapeau pour qu'il le reconnaisse une dernière fois, puis, dit-il ,sa mère, coupée soudain en deux, sur le quai,, verticalement,  quand le train prit la courbe à la sortie de la gare.
La fin du récit d'Annelise Roux, qui ,au passage, ne se prive pas pour montrer le désastre de l'Algérie d'aujourd'hui, est curieusement, la sortie du coma de sa mère....comme si tout recommençait toujours. Il n'y a pas de passé, ni d'avenir. Il y a d'ailleurs des langues incapables de rendre ces notions. Et le livre d'Annelise Roux, superbe et profond, est écrit dans une de ces langues-là...celles qui savent arrêter le temps. Comme l'enfant devant les tombes , en train de lire les noms "bien français" des sépultures. Au fond, parodiant Montesquieu, qui littéralement hante ce livre, "Comment peut-on être Pied-Noir?"
Inutile de dire que c'est une lecture que je vous recommande.



Posté par MONTAIGNEACHEVAL à 09:42 - Commentaires [89] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

Les déracinés

Bel article, Màc, ça donne envie de lire ce bouquin… Quant au thème du déracinement, c'est sûr qu'il est plus que d'actualité. Un contre exemple littéraire avec "Les déracinés" de Barrès où l'auteur en appelle finalement à un retour aux racines exclusif, ou du moins qui se veut réactionnaire (la terre et les morts…).
Bonne journée !

Posté par Jude, 12 novembre 2009 à 11:56

"Disant cela, nous seront taxés d'angélisme ou de mensonge, d'une duplicité, dont la tonalité réactionnaire, tôt ou tard, émergerait, au mieux du sentimentalisme de jeunes divorcés peu réalistes ,se faisant des politesses exagérées avant qu'ils ne s'étripent pour emporter un pied de lampe". pas terrible cette phrase.. un peu entortillé autour d'un pied de lampe qui arrive bizarrement

Posté par abel sur oise, 12 novembre 2009 à 13:22

merci MàC

bonjour MàC,
comment dites-vous que vous n'avez pas le talent de savoir parler des livres ?
j'imagine qu'il faut le prendre comme une plaisanterie.
Votre article est superbe, tout y est, rien à rajouter, je ne connais pas vos autres talents mais laissez moi vous dire que vous avez celui de parler des livres.

Passou avait aussi écrit un bel article au sujet de ce livre. A l'époque je m'en étais voulu de n'avoir pas su trouver les mots pour en parler comme je l'aurais voulu, je m'étais mélangé les pinceaux, vous dites là ce que j'aurais dû dire, vous le faites avec vos mots, pour le coup c'est moi qui' n'aurait pas eu le talent de les trouver.

Dans ces histoires de déracinement, comme celles de l'exil des pieds-noirs, et d'autres aussi, il n'est pas facile de trouver les mots justes pour en parler.
On a vite fait de tomber dans le manichéisme, dans le règlement de compte, répondre à l'injonction de choisir son camps, prendre partie, de défendre la bonne cause.

Il m'a toujours semblé que la littérature était le lieu privilégié pour échapper à ce dilemme, le lieu de la complexité, où les choses n'apparaissent pas en noir et blanc, où on assiste à la difficulté des âmes pour se construire un chemin, trouver une voie, confrontée à ses démons et ses fantômes, trouver ses histoires pour tenter de raccrocher aux branches avec ses petits moyens.

Ce lieu de la littérature existe, à condition toutefois de savoir le trouver, Annelise Roux a su magnifiquement le trouver.
La facilité c'est la violence, la volonté d'en découdre, trouver des responsables à nos problèmes, et leur demander des comptes.
La difficulté c'est l'entre deux, de montrer que les choses ne sont jamais aussi faciles, pour personne, que chacun à notre manière nous sommes tous des gitans.
Annelise Roux, dans ce livre y parvient, j'imagine que cela doit demander une effort considérable et aussi un talent d'écriture, ce talent elle le possède.
Évidemment, dans cette histoire le nom qui vient en premier à l'esprit est celui de Camus, celui qui dans cette affaire aurait voulu trouvé un arrangement à l'amiable dans un monde qui n'aime guère les arrangements à l'amiable, qui préfère les bombes qui explosent dans les bus et les cinémas, du coup il était inaudible, personne ne l'a entendu.
Un livre camusien ? effectivement le Camus de Tipasa, qui préfère la beauté du monde à la laideur des hommes.
Ou plutôt comment réussir à trouver dans ce monde les éléments qui nous permettent de continuer de vivre et d'espérer. Annelise appelle à la rescousse les livres, les auteurs.
L'importance des livres pour nous aider à construire nos vies, se constituer une famille.
Bon, si je clique sur 'envoyer' je sens que je vais encore regretter ce que je viens d'écrire, tant pis....
pardon d'avoir été long.
merci encore MàC pour ce très bel article.

Posté par Dexter, 12 novembre 2009 à 13:33

Merci Màc

Fais pas le modeste, ça te va très mal... Tu as magnifiquement parlé de cette "solitude de la fleur blanche" que je vais m'empresser de lire... ça sera un peu le "pendant" de ce Mauvignier (je l'ai terminé) qui a été totalement ignoré des jurys de prix littéraires et qui figurait pourtant "sur les listes". Paul Edel en avait parlé et je crois bien aussi Passou. Pour avoir vécu trois ans avant ce qui est rapporté dans "Des Hommes" (ça se passe en 1960-61) je peux te dire que ça m'a remué jusqu'au coeur de la nuit... Un grand écrivain, Mauvignier ! Bien que "plus jeune", il a complètement "intégré" le problème de ma (notre car nous sommes au moins 600 000) génération : avoir perdu ses vingt ans pour une cause perdue - tout comme les "petits blancs" à la façon de Camus ou d'Annelise Roux ont, eux, perdu à peu près tout (fors - parfois... mais pas toujours - l'honneur, comme disait l'autre d'Angoulême). La mafia politico-militaire qui tient l'Algérie actuelle par la barbichette ne vaut pas mieux que la haute classe colonio-politico-militaire qui la tenait au temps des "Francés". C'est du chagrin ces deux livres-là... Bàt.

Posté par MORASSE, 12 novembre 2009 à 14:07

@MORASSE

bonjour MORASSE, vous parlez du Mauvignier, il ne faut pas vous attendre à trouver des points communs entre ces deux livres.
Ils racontent le même épisode de l'Histoire, mais les points de vue sont totalement différents.
Mauvignier parle des (anciens) combattants, Annelise Roux parle plutôt des victimes collatérales.
Mais aussi, (une chose qui je crois vous concerne), de l'accueil réservé aux 'rapatriés', ceux qui retrouvaient la Mère Patrie, comme vous le savez peut-être, la Mère Patrie a cette particularité d'être parfois une Mère qui a du mal à retrouver ses petits.

Posté par Dexter, 12 novembre 2009 à 14:20

@ DEXTER

Merci de me donner votre "point of vue"... Je n'ai pas encore lu Annelise Roux. Donc je ne veux pas parler de son livre... Toutefois, si je suis, oeuf corse, "ancien combattant", je ne pense pas que les "pieds noirs" aient été des victimes "collatérales" de ma présence en Algérie mais plutôt de la volonté de leurs "leaders" de ne rien lâcher aux "Zarabes".
La "mère patrie" a été aussi peu aimable à leur encontre qu'elle le fut pour nous les soldats "du contingent"... C'est aussi ce que raconte Mauvignier. Donc, "au niveau du ressenti" comme dit ma bouchère, il y a des "points communs", même si, à l'évidence, ils n'émanent pas d'une semblable écriture. Avant elle, sur le "pays disparu", il y eut Jules Roy, et Jean Daniel, et Philippe de Tonnac, et Marie Cardinal... etc bien émouvants eux aussi. Bàv...

PS. Tenez, à propos, prenez le portrait que vous trouverez de "Morasse" ci-dessus, en haut à gauche... et mettez-le sur votre blog (portraits) à la place du totem (de l'influence maléfique duquel... je me sors... hi hi hi) Merci.

PS 2. A propos d'Algérie, j'ai déjà écrit sur ce blog que j'avais toujours eu l'impression d'être un soldat de la Wehrmacht en occupation... ce qui m'a amené à comprendre le problème allemand qu'on ne doit pas réduire seulement aux cas de B 16 ou de Günther Grass.
Vous savez, il y avait "là-bas", entre 1954 et 1962, quatre camps irréconciliables dont les cocus furent finalement :
- le peuple algérien à nouveau asservi malgré ses souffrances
- les pieds noirs de base chassés pour toujours du "rôle positif" de la colonisation
- les troufions du contingent culpabilisés à l'insu de leur plein gré sur l'air du "cétait pas Verdun" et du "tous des Aussaresse"...
- les "pieds rouges" d'après l'indépendance (eux, deux fois cocus par - comme ça se fait - les conseillers de la RDA et autres Bougres de Bulgarie)
Bien à vous, vraiment...

Posté par MORASSE, 12 novembre 2009 à 16:08

Décidément...

... je vais encore passer pour l'emmerdeur de service mais le thème du "déracinement" me tanne à un point que vous pouvez pas imaginer. Je l'ai entendu toute mon enfance ce machin, et ça me gonfle au-delà du possible, et tant que les gens passeront leur temps à regretter des endroits où ils ont jamais mis les pieds (ou même s'ils y ont mis les pieds mais qu'ils les y mettent plus) ça me fatigue... Cette affaire de "racines", j' m'en fous. D'après tout mon entourage, j' devrais me sentir déraciné, ben non, pas envie et rien à faire de toutes ces lubies...
Les hommes se laissent souvent submerger par leurs fantasmes. J' crois pas aux racines, j' crois pas à l'origine, j' crois pas à la voix du sang... j' crois à rien de tout ça, mais qu'est-ce que ça court ! Ça galope ! Ça va nous revenir dans la gueule.

Posté par mon chien aussi, 12 novembre 2009 à 17:03

NOSTALGIE

j'aime bien , MCA et vous le savez les voix discordantes ,sutout lorsqu'elles sont de qualité. Je ne partage pas du tout votre répulsion, mais la dérive nationalisto-totalitaires peut en effet être au bout du chemin. Mais ne pensez-vous pas qu'il y a deux nostalgie? Celle douce et triste , du genre d'Annelise Roux ,et celle, plus âpre dont Brassens, d'ailleurs , se moque en parlant des "imbéciles heureux qui sont nés quelque part !!!

bàv

Posté par montaigneàcheval, 12 novembre 2009 à 17:30

mise au point

MORASSE : "je ne pense pas que les "pieds noirs" aient été des victimes "collatérales" de ma présence en Algérie."

MORASSE, rassurez moi, vous ne reprenez pas mes propos parce que ce n'est certainement pas ce que j'ai voulu dire. Quand j'ai dit 'vous concerne' c'est simplement parce que je sais que vous étiez 'ancien combattant'.
En me relisant je vois qu'effectivement mes propos n'étaient pas très clairs.
Sur le fait qu'il y ait des points communs c'est indéniable.
Ce livre n'est pas non plus dans le genre 'adieu mon pays perdu que je regrette', ce genre de discours n'aurait guère d'intérêt à mes yeux.
L'expression 'victimes collatérales' était peut-être mal choisi, il était simplement pour signifier que les contours l'opposition exploitant / exploité ne sont pas toujours très simples à définir, en tout cas pas aussi simples que ce qu'on aimerait qu'elles soient, et aussi pour dire que j'imagine que ceux qui se retrouvent embringués dans une histoire qu'ils n'ont pas cherchée sont bien obligés aussi de se débrouiller avec. Ce qui est le cas pour toutes les guerres.
MàC le dit très bien dans son article.

Vous voyez, c'est la preuve que quand on parle de ces choses on marche toujours sur des oeufs, toujours à la limite du dérapage, des mauvaises interprétations, du quoi ? comment ? qu'est-ce vous dites ? des accusations ? vous êtes pour ? contre ? c'est pour ça que s'en sortir comme le fait Annelise Roux dans ce livre : chapeau !

sinon c'est d'accord pour la photo.
bàv.

Posté par Dexter, 12 novembre 2009 à 17:36

@MàC

Vous savez bien que je charge un peu la charrette mais c'est plus par crainte du réveil de certains sentiments que par incompréhension... Hier, chez ce con de Guillaume Durand : des cuisiniers qui réclamaient le retour au Terroir et à l'esprit régional, puis Besson, puis un pauvre homme désespéré par l'appareil judiciaire allemand, qui a fait enlever en Allemagne l'assassin de sa fille, et Durand qui s'enchantait à répéter :"Mais alors, la fameuse entente France/Allemagne, c'est du pipeau ! Et l'esprit européen c'est du vent!..."
Trois sujets plus ou moins avoués sur les racines et l'origine. Mais peut-être que j'exagère.
Avant-hier, j'étais avec un copain juif dans un bistrot de Pigalle (qui ressemble à un couvent de bonnes sœurs maintenant), et c' copain m'a dit qu'on lui fait de plus en plus de réflexions sur ses origines. Il est athée, anti-religieux, de gauche, etc, donc pas susceptible par son comportement d'évoquer des "origines". Et voilà.

"La nostalgie n'est plus ce qu'elle était..." croyez pas ?
Joli titre d'un livre que vous avez probablement lu.

Posté par mon chien aussi, 12 novembre 2009 à 17:45

@mca

mca, non, là n'est la question, elle ne revendique pas une appartenance ou des racines.
Le problème est ailleurs : il est le regard des autres, ce regard qu'ils se forgent à partir de catégories grossières.
Ce regard ? la colonisation = d'un côté un peuple exploité par des colons qui revendique légitimement son autonomie et en face des colons qui sont tous par définition des méchants exploiteurs.
Et bien non les choses ne sont pas aussi simples, les parents d'Annelise Roux étaient des ouvriers agricoles exploités par leur colon de patron.
Le problème est qu'une fois en France ce genre de subtilité échappe aux gens, On a vite fait de vous ranger dans un tiroir.
Le fond du problème c'est juste le fond de ce tiroir.

Posté par Dexter, 12 novembre 2009 à 17:48

et voilà

vous me faites écrire avec plein de fautes.

Posté par Dexter, 12 novembre 2009 à 17:49

Pas de souci, dit ma bouchère...

DEXTER... Vous faites pas de mourron pour l'interprétation de vos propos... J'avais bien compris que vous ne disiez pas ce que vous disiez (hi hi hi) Mais j'ai sauté sur l'occase (pardon, "l'opportunité" dit ma bouchère) pour faire la petite mise au point du rapide de 16.08... M'en veuillez pas. Bàv
Màc... Tt'a fait d'accord sur les deux espèces de nostalgie. Ya rien de pire que de ramener l'identité nationale au terroir dont on émerge... comme une asperge d'Argenteuil: gros bout, rien en-dessous. Par exemple, moi Angevin je me sens très Pragois sinon Weimarien et même Siennois.
Pour les jeunes qui veulent s'instruire, rien de mieux que le grand livre de Mona Ozouf (on l'avait en rediff, la Mona, ayer matin sur France Cub' Elle aussi cé une très grande dame.)

Posté par MORASSE, 12 novembre 2009 à 18:04

Norpmands que nous sommes...

MCA
.
passage d'une lettre de flaubert à Louise colet du 3 juillet 1852- il est dans son roman "madame Bovary"au milieu du gué..
"Je suis un barbare, j'en ai l'apathie musculaire,les langueurs nerveuses,les yeux verts et la haute taille; mais je suis aussi l'élan ,l'entêtement,l' irascibilité. Normands tous que nous sommes, nous avons quelque peu de cidre dans les veines; c'est une boisson aigre et fermentée et qui quelquefois fait sauter la bonde".j'aime ce genre de déclaration.Je me sens normand dans tout ce que j'écris.chaque nuit j' enfonce le poignard de charlotte Corday dans le sein de marat.et l'eau de la baignoire coule avec le filet rose du sang du monstre.

Posté par paul edel, 12 novembre 2009 à 18:52

Beau comme un camembert

Cé beau ce qu'écrit le "célibataire de Croisset"... Voilà de l'enracinement qui a de la tripe... mais je me suis d'abord demandé si les guillemets étaient au bon endroit.
A la relecture, ma foi oui... ben alors, si on ne vous distingue plus de Flaubert, vous allez vous faire des ennemis (cé déjà fait, on dirait) et vous faire engueuler par tous les partisans du "monstre"... ce salaud de Suisse.

Posté par MORASSE, 12 novembre 2009 à 19:27

mon chien et moi...

Mon chien, une fois de plus, tout à fait d'accord avec toi. Nous sommes de la Terre, rien d'autre. Tout le reste c'est des bêtises pour rendre ses voisins envieux.
Aucun goût pour ce genre de généralité cette "terre dont j'étais en manque" et qui pousse à tous les nationalismes, les régionalismes les patriotismes sanguinaires. On est de nulle part. Le hasard, seul, veut que la mère qui nous met au monde parle telle langue et foule tel sol.
Elle parle de coexistence pacifique des peuples et ça la rend nostalgique, mais elle devrait alors se poser la première comme une terrienne et non comme une exilée. Le pacifisme n'existera que si les humains se sentent d'abord, et avant toute autre chose, terriens.
Cela dit la mélancolie des premiers temps de notre vie est bien réel , quand on en est définitivement exclue et je suis bien placée pour le savoir, mais les "déplacements" sont des sources de richesses bien plus profondes que ne le sera jamais l'endroit qui nous a vu naître.
Merci Màc pour ce beau sujet doux.

Posté par Sophie des roses, 12 novembre 2009 à 19:57

Pissenlits

Ce soir une grosse tendance à suivre MTI sur les chemins de traverse (enfin MCA quoi)
La recherche de racines, à part les carottes et les pommes de terre je vois pas.
Vous me direz,il possible que ce soit mon côté parisien.
Je vis sur mes racines donc pour quelles raisons partir à leur recherche.
Faut peut-être que je transporte ma carapace ailleurs, pour voir.
Mais j'ai un doute, vulgairement parlant je crois que je m'en glande.
Bien sûr en souvenir de mes vacances passées je suis toujours sensible à l'écoute de deux bombardes et trois binious mais de là à me créer un réseau souterrain Paris-Pontivy !
Ceci dit, la confiance régnant, les louangeurs ici présents étant souvent de bon avis, je crois que je vais investir.

Posté par pado, 12 novembre 2009 à 21:35

MCA, Sophie

MCA
bien sûr. Mais l'exil sans possibilité de retour (ou sans possibilité de l'entrevoir) est plus qu'interminable


Sophie
j'adhère

Posté par myr, 12 novembre 2009 à 22:10

precision

sans possibilité de retour même fugace

Posté par myr, 12 novembre 2009 à 22:11

Approche du désertique

Ton pays quand il surnage
dans des syllabes orphelines
ce pays-là est acquis à un patrimoine d'absence
tant il est insaisissable entres deux rêveries
il s'enveloppe parfois des réverbérations de la plaine
et il y a un cyprès sur la pente d'une colline
pour que tout autour le temps
puisse rester à jamais immobile

Mais toi au milieu
debout dans l'affinité des tombeaux
c'est comme si tu étais encore
le même voyageur anonyme...

Mostafa Nissabouri-ed.Poésie du .Magreb .1999

Posté par Kara, 12 novembre 2009 à 22:22

mémoire

je suis d'ac avec ce que màc dit (je viens de lire ses coms) il y a deux nostalgies

Posté par myr, 12 novembre 2009 à 22:35

livre

enfin j'ai pas lu le livre, donc difficile d'en parler

Posté par myr, 12 novembre 2009 à 23:00

on est jamais de nulle part...

On est jamais "de nulle part", Sophie, désolé, c'est une facilité de dire ça. On est pas "de la terre et rien d'autre"; vous ne le pensez pas sérieusement. Je défie quiconque de ne ressentir aucun pincement en revoyant un lieu d'enfance, une maison anciennement aimée (ou haïe), en sentant tout à coup une odeur, une saveur du passé, en tombant sur un livre jauni que l'on a aimé enfant. Un ensemble de sensations, de sentiments, de souvenirs, qu'on appelle faute de mieux les racines. Et derrière tout cela, il y a une histoire, une géographie, que cela plaise ou non. Elles peuvent être multiples, elle peuvent être choisies tard dans la vie, éventuellement imaginaires. Il y a des racines imaginaires, j'y crois beaucoup. Des lieux où l'on voudrait absolument aller, parcequ'ils vous invitent à travers un poète, un écrivain, un peintre. Nerval ne pensait pas autrement dans ses Chimères; son voyage était surtout temporel. Je veux bien que les racines de chacun ne soient pas limitées à une terre, un patelin quelconque, mais elles ne peuvent pas ne pas exister. Elles sont un mélange de réel et d'imaginaire et vous en avez autant que les autres, Sophie, plus que les autres peut-être (j'en suis à vrai dire convaincu). Je suis assez bien placé pour parler de déplacements. Bien sûr qu'ils enrichissent, mais plus que l'endroit qui vous a vu naître comme vous l'écrivez? Permettez-moi d'en douter. Si l'on prend comme mètre étalon le génie littéraire, les "écrivains ou poètes voyageurs" n'ont rien de plus que les autres, au contraire. Baudelaire a fait un unique voyage vers les tropiques et cela a suffit à nourrir son génie. Le souvenir amplifié par l'imagination est bien plus créatif que la vision de la réalité. L'exil a totalement stérilisé la veine créatrice de Rimbaud. Les voyages de Flaubert, de Balzac, n'ont quasiment rien ajouté de vraiment important à leur oeuvre. Si le mot "racines" vous déplaît, trouvez-en un autre, mais la chose existe, même comme mélange de réel et d'imaginaire.

Posté par causeur, 13 novembre 2009 à 02:00

Ils souffrent

j'ai rencontré souvent des écrivains exilés. ils souffrent.Tous.de leur exil.
Ils aiment le pays quui les accueille mais chaque jour ils souffrent de la séparation. inguerissable.prenons par exemple Milan Kundera.
non seulement il souffre d'être loin du pays où il a vécu sa jeunesse ,mais il souffre de ne pouvoir parler tchèque qu'avec vera.
Quand il retourne à prague, il ne reconnait pas ce pays devenu une étape touristique pour japonais ou américains ou autocars d'allemands en goguette et mac do à bratislava...il est doublement dans une terre étrangère Il est séparé à jamais des espoirs de sa jeunesse : la Tchécoslovaquie de dubcek et du Printemps de Prague; il ne lui reste que sa mémoire et son oeuvre en tchèque pour garder quelque chose de ce passé qui le hante et l'envahit à titre personnel mais aussi il est dépositaire d'une mémoire collective et histrique qui rupine en lui dans son exil. une aprtie de son oeuvre en rend compte.
mais tout a disparu,fantomatique, c'est un tas de cendres.
Kundera est plein de fantômes d'hommes et de femmes ,de moments enfuis d'une manière plus douloureuse que pour ceux qui vieillissent dans leur pays.

Posté par paul Edel, 13 novembre 2009 à 08:06

@causeur

Je suis nostalgique de San Francisco.
Je suis nostalgique de Rome.
Je suis nostalgique de Trieste.
Je suis nostalgique de Tokyo.
Je suis nostalgique de Manosque.
Je suis nostalgique de Dresde.
Je suis nostalgique de Los Angeles.
Je suis nostalgique d'un tas d'endroits où je n'ai jamais mis les pieds.

Posté par mon chien aussi, 13 novembre 2009 à 08:15

@paul Edel

Vous venez de prouver que la nostalgie est une affaire de "fantasmes". Je parie qu'un jeune quittant Prague aujourd'hui aura dans 20 ans la nostalgie de ce Prague que vous considérez comme une ville à touristes.
La vraie Prague, c'est celle qui vit. Une ville c'est fait pour ça, et remâcher l'amertume est une impasse.

Posté par mon chien aussi, 13 novembre 2009 à 08:20

Très beau ce texte, MàC, qui vous permet de rester fidèle à vous-même, de recommencer à être dans la douceur des mots (ça repose !). C'est votre "temps retrouvé"... Vos mots enveloppent ce livre de tendresse et votre lecture ne sera jamais la nôtre, même s'il est vrai que c'est un livre nécessaire à lire comme on reconnait. Le lisant vous désignez la longue chaîne des arrachements et ce lien obscur qui vous lie aux exilés. Laissons ces signes et leur signification à l'enfance des réminiscences, immatériels même s'ils s'attachent à la terre natale. Dans la transparence des mots s'inscrit l'indicible de l'aube. Restons dans le cercle magique de la lecture du livre aimé qui nous dit tout sur lèvres scellées. Les mots ont cette magie, parfois. Vous dîtes avec le même silence quand vous traversez les expositions. Le doigt en avant, le regard embué. C'est là mais les mots s'engorgent et vous vous ébrouez par quelque éclat de voix donquichottesque qui vous est si familier ! Ce livre est comme un passé en vous et vous nous en donnez admirablement la saveur, intacte.C'est un beau moment de partage avec vos lecteurs. Merci.

Posté par christiane, 13 novembre 2009 à 08:38

MCA. Franchement,je donne un témoignage!
je vous parle de ce que ressent un exilé,un vrai, pendant trente ans. de ce qu'il vit.
je ne parle pas de vos états d'âme .

Posté par paul Edel, 13 novembre 2009 à 08:39

êtres de mémoire

sophie n'a jamais dit qu'on vient de nulle part
Evidemment qu'on a une mémoire, sinon le mot exil n'existerait pas. L'exil est un deuil permanent, subi par les gens dont on a arraché les racines, qui se retrouvent avec seulementle souvenir mais de là à vivre enterrés dans le passé, dans ses propres racines, faut pas pousser, c'est impossible. Et on peut très bien être ouvert au monde sans être exilé ou coupé de ses racines

Posté par myr, 13 novembre 2009 à 08:40

@paul Edel

Mais je ne parle pas de mes états d'âme. Mes parents se sont considérés comme des exilés pendant 30 ans... Ils m'ont bassiné avec ça. Et quand ils sont ENFIN rentrés chez "eux", ils se sont rendus compte que leur lieu d'origine ne correspondait plus ou pas avec l'idée qu'ils avaient remâchée pendant toutes ces années. Ils auraient dû profiter de leur vie sur l'instant plutôt que de se réfugier dans une illusion.
Mais c'étaient des ouvriers et vous considérez peut-être que "l'exil" d'un écrivain est supérieur à celui d'un "exilé" économique...
Pour ma part, c'est comme j'ai dit déjà, je ne vais pas me répéter.
Mais j'aime beaucoup la Normandie quand même.
Parce que : Satie, Flaubert, Maupassant, Alphonse Allais, Boudin, etc.

Posté par mon chien aussi, 13 novembre 2009 à 08:50

RENCONTRE-Spotkanie

Ce poème de Milosz, traduit simultanément en français, évoque un sentiment qui traduit la nostalgie sans amertume et , pour moi la véritable interrogation de l'instant . Il me semble ne pas être hors sujet en regard du billet de Montaigne, des vos remarques .Je le propose à Sophie et à mon chien aussi .Pado, le texte est chez Harmonia, vos regard taquin me manque.Bon matin à tous.Kara

/Users/christianemalleville/Desktop/01 Piste 01.mp3

Posté par Kara, 13 novembre 2009 à 09:02

juif errant

Me sens pas ému par ce thème. Je comprends de loin,donc on peut donc dire que je ne comrends pas, cette idée de "racines"; moi-même, joyeux (!) mélange d'exilés partout de pas mal d'endroits, comme bien des Juifs en fait... me méfie trop des conséquences de tout attachement à la terre. Suis l'héritier d'un peuple errant -ce fameux mythe! Jai vu Israël, un kibboutz de gauche (il en reste très peu)... j'ai senti que la culture héritée, le Mur à Jérusalem où son écrits les noms,et l'autre, celui qui déchire l'espace, les MUrs , tous, commençaient dans ces vieux trucs de sédentaires, de terre aimée, transmise, gardée, sauvée.

Posté par jibé, 13 novembre 2009 à 09:42

NOSTALGIE,HEIMSUCHT, VATERLAND

Nostalgie nostos= le lointain; algos=la douleur. Le mot est clair ,limpide, en apparence. Car si le français a clairement , par le latin, repris l'idée de la douleur pour un lieu, car c'est de cela dont il s'agit, l'allemand, comme toujours, prend une voie buissonnière. Par le truchement d'un mot absolument intraduisible, qui n'est ni terre, ni pays, ni patrie, ni nation ,ni rien, HEIMAT. D'où le mot Verheimatlichung. Heimat....c'est tellement allemand, et ça règle d'un coup cette passionnante joute sur la nostalgie. Heimat vient de Heim , le foyer, la maisonnée. Bon. Le village d'Haneke, en Poméranie. Sauf que Heim se retrouve dans "geheim" secret ou Das Geheim , le secret. Et mieux encoore, monstrueux, inquiétant se dit "unheimlich" adverbe devenu banal. Autrement dit , on a la définition de cette nostalgie secrète, déchirante, celle dont parle Annelise Roux et qu'on retrouve dans "L'exil et le royaume" du père Camus...Et messieurs, je vous mets au défi de ne pas avoir en vous, cachée quelque part ce que Du Bellay, grandissime poète de la nostalgie...appelle son "petit Liré"!! Et ce que dit Paul Edel sur la douleur le déchirement des écrivains exilés se vérifie terriblement avec Stefan Zweig, réfugié à Pétropolis et qui lisant dans un journal autrichien qu'à Vienne, la municipalité venait de...couper le gaz dans le quartire juif en raison du trop grand nombre de suicide, sent qu'on le déchire àà ce point que lui-même se donne la mort, en 1942.
Cette "Heimsucht" traduction dix-huitièmiste de Nostalgie ,Sucht voulant dire maladie, est à ce point consubstantielle de "l'âme allemande" encore qu'il faille se méfier des "âmes", qu'elle donne Hölderlin, littéralement hanté, pétri par Tübingen et par Nürtingen, le château familial. Même à Bordeaux, chez les Gontard, il est, mentalement, à Tübingen...
Alors, naturellement, cette nostalgie qui n'est rien d'autre que le légitime regret de la jeunesse et/ou du bonheur enfouis débouche sur la chose la plus démoniaque du monde: das Vaterland. Pas la patrie un peu conne-conne des Français, cocorico, cocorico, les trois couleurs, pas biien méchant, mais sur la Vaterland allemande: autrement dit "Wir haben alle die gleiche Heimsucht" (Nous avons tous le même désir du pays d'enfance" ce "tous" est effrayant, car il débouche naturellement sur le pangermanisme. Les Sudètes et l'Alsace-Moselle en payèrent le prix fort, sous prétexte que c'étaient des terres germanophones et donc "Verlorene Heimat im Herzen" (Terres pperdues toujours dans notre coeur) . Et ce pangermanisme fut un tel poison qu'il atteignait la France et la fit baver de délire pendans 44 ans sur la même Alsace-Moselle , le tout se terminant comme on sait , par LA Guerre mondiale 1914_1945, car il n' yen a qu'une, avec une trève au miliieu.
La nostalgie, la fierté du lieu peut aussi bien débooucher sur une douce bluette à la Gluck, à la Greuze, à la Grétry, à la Hölderlin,ou bien à une force brutale ,telle Luther et surtout Fichte, Napoléon ,et évidemment l'acmé de tout cela ,Hitler....
Les Russes, eux, ont un rapport encore plus intime avec leur "zemlia", c'est leur Mère. Carrément. La Terre-Mère. Plus mythologique , on ne peut pas. Dumézil dit que c'est l'héritage des Scythes et des mythes caucasiens...(Dumézil, c'est pas de la petite bière...mauvais jeu de mot à l'intention des croulants uniquement, donc Père Tarrain, disparaâissez).

Posté par montaigneàcheval, 13 novembre 2009 à 09:43

Bien évidemment il serait dangereux de faire de l'attachement à un lieu le fondement de l'identité (nationale ou individuelle): on sait quelles dérives politiques peuvent se greffer là dessus.
On peut comprendre par ailleurs que certaines personnes se disent sans attachement particulier à quelque lieu que ce soit.
Mais comment comprendre Proust sans ce sentiment poignant de nostalgie ?
Problème pointé avec justesse par mca : la nostalgie du lieu se confond souvent avec la nostalgie du passé.
Un remède au moins : relire Baudelaire et sa nostalgie d'un passé qu'il n'a pas vécu dans des lieux qu'il n'a pas connus...

Posté par rienquemoi, 13 novembre 2009 à 10:01

le Verbe comme matrie

Oui, MaC, très belle synthèse. L'arrachement au lieu d'origine est un peu celui de l'arrachement à la mère, de l'arrachement, en effet, à l'enfance. Je vous suis dans ce que vous dites. Simplement, ce que je vois, moi, c'est le délire induit. Ce qui va verser vers le délire, ce qui, de la nostalgie va déboucher dans l'agressivité pathologique. Si les formes d'attachement sont des héritages, comme Dumézil le dit à maintes reprises, les formes d'errance aussi. Avec des liens tissés de verbe et non de terre et des paysages de routes au lieu de terroirs.
Là où je suis né repose une part de moi, et ma mère est la femme qui m'a donné abri et nourriture, à laquelle je ne peux penser sans une tendresse d'enfant, pour laquelle j'aurais pu me battre et me faire battre. L'idée que je puisse ressentir ça pour un territoire m'est étrangère.
Par contre, malgré mon athéisme, que j'entende un rabbin psalmodier en hébreu, et je suis "là" chez moi.
Partout. Sans désir de conquête. Je suis là où se trouve ma langue maternelle, où elle a chanté, en yiddish.
(d'où l'aberration que constitue à mes yeux le nationalisme israêlien contemporain)

Posté par jibé, 13 novembre 2009 à 10:14

Etats d'âme

@MCA, que valent les "états d'âme" de ces millions de travailleurs (dont vos parents et les miens, et moi aussi au passage) contraints de quitter leur terre pour survivre, et qui une fois dans l'eldorado ont souvent vécu très longtemps dans des conditions honteuses et se sont fait exploiter de manière éhontée, à côté de la grandeur de l'exil d'un écrivain, je vous le demande?

Posté par Lazarillo, 13 novembre 2009 à 10:50

@Lazarillo

Je crains fort que nous ayons à jamais des "états d'âmes" mesquins... Bah, j'essaie de me faire à cette idée.

Posté par mon chien aussi, 13 novembre 2009 à 11:11

@Causeur

J'irai même plus loin Causeur : le seul endroit d'où l'on vient c'est le ventre de sa mère. Effectivement en ce sens on n'est pas de nulle part... La voilà, la nostalgie.
Le reste, sont ces calques superposés, sensitifs et sensibles sur ce que nos sens ont aimés pour la première fois et qui forment la recherche ininterrompue, tout au long de notre vie, de ces plaisirs antérieurs.
Proust et sa recherche, les écrivains...les artistes... mais aussi tout le monde, tentent de régler leurs angoisses existentielles par l'approximation tangible de ces premiers attachements.
La source, le paradis perdu... C'est un thème fondamental puisqu'il est à la base de la constitution de chacun.

Ce qui est vrai malheureusement c'est la confusion sur cette marge entre le matérialisme de "sa terre" (cf "l'héroïne emblématique Scarlette O'Hara et son TARA) et que l'on retrouve à tous les échelons de la civilisation chrétienne et judaïque (la Terre promise /et le paradis originel irrémédiablement perdu par la conséquence des actes d'Eve) et les civilisations orientales et asiatiques, les premières encore assez largement nomades et les autres sans rattachement particulier à l'endroit, les attaches étant essentiellement basées sur ses ancêtres.

Posté par Sophie des roses, 13 novembre 2009 à 11:15

Proust, sa mère, son oeuvre

J'irai même plus loin Causeur : le seul endroit d'où l'on vient c'est le ventre de sa mère. Effectivement en ce sens on n'est pas de nulle part... La voilà, la nostalgie
Sophie.

Oui et c'est ce qui explique l'attachement de Marcel Proust à ses lieux d'enfance, pour répondre à ce que dit Rien que moi.

Posté par jibé, 13 novembre 2009 à 11:20

@SOPHIE CAISSE A DIRES

Euh...tu veux dire civilisation judéo-chrétienne....

Posté par montaigneàcheval, 13 novembre 2009 à 11:45

@ Màc : c-télémentaire

oui Màc, mais je préférais les séparer cependant car "la Terre promise" ne fait pas partie du cycle chrétien mais seulement judaïque. Seul le paradis perdu leur est commun. Et lorsqu'on les amalgame en civilisation judéo-chrétienne on oublie cette quête de la religion juive dont les chrétiens n'ont que faire puisque pour eux le paradis (ou l'enfer) sera retrouvé après la mort.
Or je voulais illustrer l'aspect matérialiste de nos cultures occidentales qui est à la base, à mon avis, de ces considérations nostalgiques sur les "ma terre" "mon exil".

Posté par Sophie des roses, 13 novembre 2009 à 11:55

Nostalghia...

Pour commencer, vous vous taperez le film ("Nostalgie") de Tarkovski... Ensuite vous lirez le beau livre de Jean-Baptiste Ferrini sur Pavese, signalé par Paul Edel récemment... un parfait bijou de nostalgie et de recherche de la terre à racines...
Ensuite, je crois qu'il est possible de faire désormais une différence entre "nomadisme" et "sédentarisme" après quelques siècles de fixation des tribus... Vrai que ça peut être un phantasme mais celui du "thé au Sahara" aussi... Quant aux migrations économiques, elles sont le résultat de l'industrialisation du monde (après son désenchantement) depuis au moins le milieu du XIXe siècle... ça commence par les régions les plus pauvres de chaque pays, de chaque "nation"... et petit à petit ça gagne les "nations" voisines où existe un surplus de pauvres. Pas de quoi en faire un fromage même si cé souvent une tragédie.
En France on a plusieurs exemples de ces migrations "économiques"... Pour ne parler que des "temps modernes", après la peste noire, et la guerre de "Cent ans" finissant, les rois encouragèrent le déplacement des gens du Midi ou du Limousin vers le nord, le Valois et la Brie... tandis que la police envoyait les gueux et autres pendards s'installer sur les "marches" du Poitou (Villon en fut)... On vit, après les guerres de Trente Ans, l'Alsace dépeuplée se repeupler par des "emprunts" aux cantons suisses et alpins... Sous Louis XIV, on arrêta un peu le mouvement naissant... chacun était tenu d'avoir un "passeport" délivré par le curé du village s'il avait à bouger... Pour les sans feu ni lieu l'administration royale ouvrit le terrifique hôpital de la Salpétrière et l'hospice de Bicêtre... Enfermement enfermement...
Sous le même roi soleil, son petit-fils lui fit cadeau de familles entières de maures résiduels ou de "conversos" qui furent installés sur la côte vendéenne (ils y creusèrent des canaux et s'adonnèrent à la pêche et autres navigations)... J'en suis en partie issu. Faites pas la gueule... Après juin 1848 et sous l'Empire du Nain III, les récalcitrants furent envoyés en Algérie... Un peu après on vit s'installer des Bretons et des Normands en Aquitaine (sur incitation gouvernementale)...
Un exemple hors de France, qui m'a toujours beaucoup plu parce qu'il file une baffe au degré zérovitch du"nationalisme", cé le cas des Balkans conquis peu à peu par l'Ottoman... La Sublime Porte fit souvent un échange "standard" des populations, raflant et expulsant les Dalmates, Bougres et autres Serbes pour les remplacer par des bouseux anatoliens... (voir les bons historiens que sont Robert Mantran ou Georges Castellan).
Tout ça pour dire que cé pas une raison pour être "Heimatlos" et être envoyé à la Géhenne.
PS... Màc, très bon le coup de Dumézil petite bière (alors je cafte parce que je suis "croulant" : à Ivry, sur la côte, on avait la Dumesnil au litre - étiquette rouge, étiquette verte... une vraie saloperie)
Bon appétit, vendredi cé le jour de la morue... Bàv.

Posté par MORASSE, 13 novembre 2009 à 12:09

Lazarillo

Lazarillo, votre intervention n'est pas claire, "que valent...?"...Des millions de travailleurs dont vous parlez, une grande partie économise toute sa vie pour retourner terminer leurs jours, devinez où? Là où ils ont leurs "racines". Quant à votre interrogation, je n'en vois pas la pertinence. Chacun sa nostalgie, celle de l'écrivain Kundera, celle du maçon portugais qui rêve à son petit patelin de l'Alentejo...

Posté par causeur, 13 novembre 2009 à 12:09

MONDE LAID

Oui, mais songe que l'aspiration à la Terre Promise, dans l'Ancien Testament, n'est rien d'autre qu'une métaphore de la nostalgie. De la nostalgie qui transfigure, magnifie, voire agrandit un lieu. Les enfants, tu le sais, sont toujours abasourdis quand ils reviennent après des années dans la maison de leurs première années par le côté riquiqui de lieux qui leurs paraissaient gigantesques. Ainsi telle chambre, telle grange, tel hangar, tel arbre. Et cette fameuse métaphore de la Terre Promise est une sorte de quête du monde vue par les souvenirs de l'enfance. Quand on vieillit, on sait inexorablement quel e monde est laid. (Même vu à travers les photos à couper le souffle de ton site)....

Posté par montaigneàcheval, 13 novembre 2009 à 12:13

@MàC

Le monde n'est pas laid, ce sont les gens qui sont pas terribles.

Posté par mon chien aussi, 13 novembre 2009 à 12:23

chacun sa nost-algie???

Nomade, ... faudrait faire l'impasse sur la chose. Ok, je veux bien que le binôme ne soit pas éternel (noades vs sedentaires) -sauf que cette distinction est à la base en Afrique de toutesou presque les guerres claniques. SAUF que, aussi, pour ma petite part, je viens directement de nomades, et pas si anciennement qu'on puisse le gommer comme archaique... Mes grands parents Juifs de Lituanie + ceux de Bucarest+ ceux de Poméranie + l'arrivée en France+la bougeotte en France pas si accueillante aux Juifs de l'Est, tout ça m'incluant personnellement, je ne compte plus les déménagements ... quels sont mes paysages, hé?
Ma langue, tout est là, le ventre de ma mère qui m'a trimballé et a donné ça: aucune nostalgie de terroir, rien qu'une nostalgie de mots et de musique (et une mémoire de fer du XXè siècle, un sur-ajout de culture, merci les nazes).
Mais pas de douleur là dedans. Sauf les plaies de l'hsitoire, l'angoisse de rien, rien de perdu, puisque les mots vivent.

Posté par jibé, 13 novembre 2009 à 12:23

@ Màc et JIbé

Oui Màc, c'est très vrai, la métaphore Paradis perduTerre promise, nous illustrons la même carte par nos dires.
Mais permets- moi de ne pas être d'accord lorsque tu affirmes que le monde est inexorablement laid.
Il n'y a pas de vérité à mon sens. Pour les Héllènes le monde était beau; pour les chrétiens du V siècle le monde était l'enfer, et ceux du XII un terrain de jeux et d'expérimentations enrichissantes; pour les occidentaux du XXs. le monde est une réalité propre à chacun (psychanalyse) et en fonction de son regard plus ou moins ceci ou cela.
Pour moi le monde est, c'est tout. Et mon regard (la photo, la peinture et le dessin) prend à l'envie, ce que mon sentiment lui demande d'illustrer...bien-être, plénitude intense, angoisse, peur, dégoût, colère, doutes et le sens qui m'est intérieur, de la beauté.
Dire qu'il est laid implique qu'il est beau ailleurs ou qu'il a été beau. ...pour moi il est, et si je le trouve beau même dans ses faiblesses c'est parce que je veux bien aimer les hommes.

Très touchante ton expérience... je ressens la même chose pour mon expérience personnelle. Ma seule appartenance au paradis fut cet instant "membrane" où j'ai pris conscience d'avoir été dans la chaleur de ma mère et d'en être irrémédiablement sorti pour découvrir celles de ma condition. Aucune douleur, tout à prendre et à faire. Vivre est un jeu de construction.

Posté par Sophie des roses, 13 novembre 2009 à 12:44

beau beau beau beau

le monde est inexorablement beau. la grandeur d'un tableau de Poussin "les saisons".frais et vibrant comme un champ de Monet en été.évidemment, il faut ôter quelques groupes humains détestables qui se regroupent en chemises brunes ou noires et traversent subitement les blés avec de droles d'idées derrière la tête...

Posté par paul edel, 13 novembre 2009 à 14:54

rabâchage

vous propos sur la nostalgie sont vraiment très beaux.
excusez-moi de me répéter mais j'aimerais, si vous le permettez revenir sur un autre aspect de ce livre.
J'ai un peu de mal à m'expliquer, je vais partir d'un exemple :

la colonisation :

donc d'un côté un pays : la France, colonise un au autre pays l'Algérie. Le gouvernement français soutient depuis le début cette colonisation, pour des raisons de prestige et d'argent, de capitalisme : utiliser de la main d'oeuvre bon marché, utiliser des gens qui n'ont aucun droits, leur enlever toute leur dignité pour faire marcher la machine à vapeur capitalisme et du prestige français, enrichir des patrons, des colons qui maltraitent leurs ouvriers qu'ils considèrent comme des sous hommes et des esclaves.

d'un autre côté, par exemple Albert Camus : avez-vous lu le livre 'le premier homme' ? où se situe-t-il dans cette histoire ? est-il un colonisateur qui exploite des esclaves ? non ! sa famille n'a même pas un rond pour lui payer des chaussures. Il se sent plus proche du peuple algérien que des bourges français qui se font du fric sur le dos de ces algériens en les considérant comme des sous-hommes.

le problème est que vu de loin Camus est mis d'office dans le mauvais camps, il fait partie des français colonisateurs, même s'il n'a pas un kopek pour se payer des groles, et qui explosent dans les bus et les cinémas ? les bourges qui se font du fric sur le dos des algériens, non, c'est la mère de Camus.

l'Histoire arrange d'office les gens dans 2 cases, pas 3 ou 4 ou 5, non toujours 2 : les bons et les méchants.
Camus au yeux de Sartre est un méchant colonisateur. Camus l'a mal vécu, il a eu du mal à s'en expliquer à l'époque, il était inaudible dans le vacarme des explosions et les souffrances de la torture.

Car les individus, eux, à leur niveau, ils le vivent mal parce qu'ils savent que ces cases ne leur conviennent pas, il leur faudrait bien plus de cases pour trouver leur place.

On le voit aujourd'hui encore, entre des pieds noirs nostalgiques qui veulent ériger des monuments à la mémoire d'une histoire qui est finie et des algériens qui n'en finissent pas de vouloir en découdre.

Et du coup, cette case qui n'existe pas, les individus, pour pouvoir survivre ils sont obligés de se la fabriquer avec leurs propres moyens.
Comment ? Annelise Roux l'a fait avec les livres.
C'est bien, parce que nous le savons tous ici : les livres sont toujours une bonne aide dans les moments difficiles.

Cette histoire on pourrait la réécrire pour d'autres situations : les jeunes de banlieue, les gitans, les gamins qui volent une babiole dans un supermarché, ou les irakiens, ou les palestiniens, ou les libanais, ou les israéliens que les médias se complaisent jour après jour à traiter à la louche, toujours avec des bons et des méchants.
Ou aussi l'afrique du Sud, cf le sublime livre De Coetzee : Disgrâce.

Cette Histoire du 20ème siècle, avec les totalitarismes, les camps, les combat pour la décolonisation n'a pas laissé beaucoup de place pour la nuance et la complexité, souvent à juste titre, mais parfois de façon injuste, les combats pour la justice, même s'ils sont toujours légitimes, ne sont pas, aux niveau des individus, toujours très justes.

La chose la plus touchante et la plus belle dans le livre d'Annelise Roux est ce désir (pour reprendre ses mots) de donner quitus à cette histoire, sans ressentiment, sans amertume, sans rancoeur,
juste donner quitus.

Posté par Dexter, 13 novembre 2009 à 14:57

" tout à prendre et à faire. Vivre est un jeu de construction."sophie des roses

" tout à prendre et à faire. Vivre est un jeu de construction."sophie des roses
Cela me fait penser à Milhauser. je note en DO Majeur.Merci

Superbe billet et commentaires.Coup de grisou à la mine .Mais je reviens vite ce soir

Posté par Kara, 13 novembre 2009 à 15:56

merci pour ces avis divers et éclairants sur cette problématique, cela donne envie de lire Annelise Roux.
Je dois avouer quelque chose d'horrible : j'ai retrouvé Philippe Régniez, il n'est pas au Paraguay, il est savoyard, si vous voulez rire un bon coup cliquez pour voir sa trombine, wouarff
http://auteurs.arald.org/biogr/Regniez1955.html

Posté par chantal, 13 novembre 2009 à 15:58

BONHEUR DE VIVRE, MALGRE TOUT

Décidément, Dexter, si toute l'humanité disait et pensait les choses de cette façon, ce serait une bien belle chose. Vous soulignez quelque chose que j'ai oublié de dire et qui est essentiel dansl le livre d'Annelise Roux, cette absence totale de rancune , d'amertume, de rancoeur. Cecei la rapproche plus encore de Camus. Quand je pense aux sarcasmes insensés de cette ordure de Sartre, quand Camus reçut le prix Nobel...il l'accepta au nom de sa mère, de ces godasses trouées, de cette petite vie chiche d'Oran. De cette vie de prolétaire des prolétaires..;celle des tous petits blancs, sur lesquels la bourgeoisie colonisatrice et les futures élites algéirennes firent reposer toute leur hargne, leur mépris insigne. Marie Elbe raconte quelque part que, en Juillet 1962, quand il fallut partir, elle alla en voiture chercher ses parents, âgés. Ils l'attendaient, prêts à déguerpir, quand, raconte-t-elle, brusquement, sa mère soudain se mit en tête d'emporter avec elle les petits déguisements de princesse et de marquis d'une enfance perdue celle de Marie Elbe et de son frère.... Cela vous brise le coeur. C'est toujours, partout ,tout le temps la même histoire. Et la force d'Annelise Roux est cet optimisme heureux, cette force de recommencer. Je ne reviendrai pas, je ne reviendrai plus sur mon voyage scolaire à Auschwitz...là aussi, les objets quotidiens hurlent plus fort encore avec le temps. Et c'est un peu pour cette raison, aussi, pour cette jovialité rassérénante que le livre d'Annelise Roux est un grand livre. Un livre sur le bonheur de vivre, malgré tout. Trotz alledem, dit le refrain d'une vieille chanson révolutionnaire allemandede 1848 .

Posté par montaigneàcheval, 13 novembre 2009 à 16:03

Bien sûr Camus...

... belle revanche pour lui... Sartre s'est rabougri, le pauvre, et Camus prend sa vraie dimension qui n'était de toute façon pas celle qu'il avait acquise au moment de sa mort. Je crois qu'on l'aimait alors autrement, et sans doute pour de "mauvaises" raisons.

Posté par mon chien aussi, 13 novembre 2009 à 16:27

Màc-RENCONTRE

SPOTKANIE

Avant l'aube, nous étions en route à travers les champs gelés
L'aile rouge se levait-encore la nuit

Soudain un lièvre passa, tout près devant nous
Et l'un de nous le désigna de la main

C'était il y a longtemps .Aujourd'hui ils ne vivent plus
Ni le lièvre, ni celui qui le désigna

Mon amour, où sont-ils donc, où vont-ils ?
Geste de la main, trace de la course et le bruit des mottes de terre...

Ce n'est point par regret que j'interroge
Mais dans un songe paisible ...ale z zamyślenia.

Posté par Kara, 13 novembre 2009 à 16:32

DJINKUJE, KARA

Alors, comme on dit au cinéma, "Kara, vous êtes raccord !!"
Mais que veut dire SPOTKANIE??

Posté par montaigneàcheval, 13 novembre 2009 à 16:58

Jibé

Jibé
Sartre reprochait à Camus (dont il était peut-être jaloux à certains égards) de ne pas être "pour" l'Indépendance et de ne pas soutenir le FLN contrairement à la plupart des intellectuels pieds-noirs connus

Posté par myr, 13 novembre 2009 à 17:41

myr

je pense que vous parlez à MCA, mais ce n'est ni grave ni insultant que vous nous confondiez.
,-)
Comme je débarque et n'ai pas lu ce qui précède, pas tout, je ne peux même pas vous donner un avis, juste une double remarque: Camus en effet ne soutenait pas le FLN et Sartre a toujours estimé qu'il (lui-même) valait mieux que les autres.

Posté par jibé, 13 novembre 2009 à 17:54

Jibé

Jibé
je croyais que le commentaire de Dexter était de vous ( je lis les coms en diagonale à toute vitesse)
Camus était contre le terrorisme et Sartre avait parfois une mentalité de planqué (il n'était pas le seul)

Posté par myr, 13 novembre 2009 à 18:01

La querelle Sartre-Camus autour du conflit franco-algérien ne fut que la deuxième, "informée" par la première en date, qui remontait à 1952, pour cause de désaccord de Camus face au soutien inconditionnel de Sartre à l'Union Soviétique et sa politique. La raison en est toute simple (et n'a rien à voir avec le fait que Sartre se serait cru supérieur à qui que ce soit, ni avec la "jalousie" !) : Sartre se contorsionnait à fonder une politique ; Camus avait déjà fondé une morale, cette morale devant la fondation de laquelle Sartre a toujours reculé.

Posté par rienquemoi, 13 novembre 2009 à 18:09

et alors?

Euh rien que moi, je suis ok pour ce que vous dites concernant les(pour faire vite) conceptions et options de Sartre (politiques) et de Camus (éthiques) mais on ne peut guère nier la survalorisation de soi chez JP Sartre. Lire les contemporains autour de lui.
Enfin bref, c'est secondaire.

Posté par jibé, 13 novembre 2009 à 19:06

SACREE MYR !!!!

je croyais que le commentaire de Dexter était de vous ( je lis les coms en diagonale à toute vitesse)

ça se voit !

Posté par montaigneàcheval, 13 novembre 2009 à 19:08

d'accord avec jibé

màc je devrais noter vos paroles et les apprendre par coeur car je sais bien que vous êtes un génie
allez vous êtes drôle surtout quand vous vous échinez à soutenir votre pote pitbull quoi qu'il dise, qui n'y connait pas grand chose mais tient à se donner des airs

Posté par myr, 13 novembre 2009 à 19:31

secondaire

Ce qui est secondaire, c'est la supposée surévaluation de soi chez Sartre.
Ce qui n'est pas secondaire, c'est le conflit entre l'éthique de la solidarité chez Camus et le pragmatisme politique de Sartre. Et ceci dit juste parce que trois intervenants avaient déjà - bien avant mon intervention - commencé à rejeter sur la "personnalité" de Sartre la responsabilité de ses conflits avec Camus, imputation au moins réductrice.

Posté par rienquemoi, 13 novembre 2009 à 20:24

fleur des champs

Màc et Myr ou Myr et Màc , ça peut faire aussi Mic MaC... ksssksss...

Posté par Sophie des roses, 13 novembre 2009 à 20:40

LUTTE DES CLASSES ET PUTES LASSES

L'histoire-marronnier Camus/Sartre, ma passion allant, on l'a compris,entièrement au premier et ma détestation au second, est tout bonnement une histoire de conflit de classe. Sartre est un bourgeois. Camus est un prolétaire. Et comme Sartre est un bourgeois intellectuel de gauche il déteste les pauvres. Normal ,pour un intello de gauche. je précise: pour moi il n'y a pas d'intellectuels de droite. La droite rend con. Donc, cette précision précisée, je reprends. Camus , Camus, ce "philosphe pour classes de Terminales" comme disait l'autre fosse à purin dont j'ai , une fois encore oublié le nom est un fils de femme de ménage. Pouah!!! Et nobellisé, en plus, pouah, pouah!!! Le conflit entre Sartre et Camus n' a rien mais rien de philosophique, mais on voit bien , chez l'escaladeur de bidons, vendeur de la "Cause du Peuple" , dédense de rire, le mépris si bien croqué par Brétécher del a gauche caviar pour le populo. A mon humble avis, ça ne va pas plus loin. Car enfin, "L'homme révolté" vaut largement "L'être et le néant" sorte de version gauloise du heidegerrianisme. Mais voilà, Camus, pouah, un fils de pauvres!! Qu'en pensez-vous mon cher Castor_ insensé! Et il s'est acheté une maison à Lourmarin, quelle vulgarité....

Posté par montaigneàcheval, 13 novembre 2009 à 20:43

Ovalie

Après lecture je me demande quand même si je n'ai pas besoin d'une petite cure de nostalgie
ça semble assez douillet, presque confortable
necessitant peu de moyens
un passé rêvé plaqué sur quelques désirs actuels
je devrai m'en sortir.
Je vois
Une fermette avec toit de chaume (ou tuile, ardoise, lauze,...)
Une petite place un soir de mariage (orchestre à convenance)
Un champ de blé avec coquelicots, marguerites et bleuets
Une plage entre Carnac et Quiberon, des sacs de coques, mon gros sel à la main pour faire sortir les couteaux.....
C'est bon, j'y suis, vous avez gagné
C'est pas de la nostalgie à livre bien sûr mais je fais comme je peux.
Bon maintenant, rugby.
Je sais c'est pas très bien vu mais le souvenir de courses boueuses au coeur de l'hiver est bien trop fort.
Comme quoi !

Posté par pado, 13 novembre 2009 à 20:44

MYRMYR A LURELURE

T'as raison, Sophie, Myr , en fait ,elle m'aime !!! Mais moi pas...terrible quand même qu'une passion non partagée, hmmm????

Posté par montaigneàcheval, 13 novembre 2009 à 20:46

J'ai aussi le droit d'aimer le foot

Vite, vite, juste pour dire

Vive Camus

Posté par pado, 13 novembre 2009 à 20:47

Màc : Jean Jacques Brochier, je crois, est le nom de votre "fosse à purin".
Sartre avait sans doute une vision très réduite des enjeux politiques, bourgeoise si vous y tenez. Mais le taxer de jalousie face à Camus, c'est oublier qu'il avait écrit à la parution de L'Etranger une critique très élogieuse, et que même après leur brouille, il a toujours du bien de Camus.
Il y avait évidemment du philosophique dans l'affrontement avec Camus (que j'estime assez pour chaque année faire étudier de lui DEUX oeuvres à mes élèves, ce qui n'est pas rien, et ce que je ne fais pas s'agissant de Sartre...)

Posté par rienquemoi, 13 novembre 2009 à 20:58

jibé,

"Qu'en est-il de ceux qui, tentant d'écrire dans une langue d'usage-pour eux, langue d'adoption-s'acharnent à leur ainsi à trouver le mot juste qui reprendra en un seul son tout le suc des mots de la langue maternelle. Comme s'il s'agissait de restaurer, sur le terrain de leur scène quotidienne, le paysage d'une terre éloignée, d'une langue à présent oubliée ou déchue" Natar Minor

Posté par Kara, 13 novembre 2009 à 20:59

@Kara

Très beau poème, très émouvant. Je comprends que.
Mais que signifie le titre ?

Posté par mon chien aussi, 13 novembre 2009 à 21:05

Chez Camus...

... j'aime ses positions morales et l'écho de Jean Grenier que j'estime beaucoup. Là où Sartre biaisait sans arrêt, Camus s'est affirmé. Je parie que Camus n'aurait pas hésité à désespérer Billancourt. Ne pas le faire a été une marque de mépris de la part de Sartre.

Posté par mon chien aussi, 13 novembre 2009 à 21:12

effarant

màc quelle perspicace perspicacité (cela dit pour ne pas vous contredire)

Posté par myr, 13 novembre 2009 à 21:30

TOCCATA

Mais, Màc et Mac , SPOTKANIE , cela signifie RENCONTRE

Posté par Kara, 13 novembre 2009 à 21:31

Mca

Monchienaussi, izvini pour l'inversion des lettres , donc Toucher,rencontrer,toccata et spotkanie T K-La même RACINE, si je puis dire...:o)

Posté par C.M.Kara, 13 novembre 2009 à 21:42

NOTE NOIRE

Kara : merci pour tout.

Ah ça Màc, une passion non partagée c'est la PIRE des choses qu'il m'ait été donné de vivre... quel désespoir.... quel désespoir... quelle horreur... la profondeur du désespoir... insondable...

Posté par Sophie des roses, 13 novembre 2009 à 21:43

Note bleue

Sophie, ma jolie,la note noire pour l'amour non partagée,j'espère .
tiens la Note Bleue De Chopin , en voilà une Présence ...

P.S.une confidence, la maison de mon grand-père maternel, , à Martigues, place Mirabeau, derrière le miroir des oiseaux...Elle occupe , à l'angle de la rue galinière...Si tu passes un jour par là...

Posté par Kara, 13 novembre 2009 à 22:13

Pado,

Posté par pado, 13 novembre 2009 à 20:44

va falloir choisir le foot ou le rugby...? Pour les Enigmes , on a chanté "Pado il a marqué, Pado, il a marqué...",mais la prochaine ,on verra s'il tient le coup...;o)

P.S.ceux qui ne comprennent pas doivent suivre les Enigmes d'ici , d'Harmonia ,de Paul Edel..

Posté par la fille à Zizou, 13 novembre 2009 à 22:26

On a gagné

Ils ont gagnééééééééééééééééééééé

Posté par pado, 13 novembre 2009 à 22:35

@Kara-bleu

Chère Kara, oui c'est cela. L'amour non partagé , la passion non partagée... tout le malheur du monde.

Ta confidence je la garde bien au chaud et te promet que lors d'une de mes prochaines escapades à Martigues la belle.... j'étais près d'elle il y a quelques jours à peine; partie pour sentir l'odeur du grand large, comme un baume qui rend la frontière moins amère. L'air était doux, une brise jouait avec les mâts dévoilés. Pour la première fois de ma vie j'ai entendu le vent passer comme un souffle en soie dans les palmes vertes des palmiers et les agiter souplement. Je ne l'oublierai pas. Quand je suis retournée chez moi, il faisait nuit et l'aéroport sur l'étang de Berre ressemblait à méduse échouée illuminée.

Posté par Sophie des roses, 13 novembre 2009 à 22:38

Il est où ton papa ?

La fille à Zizou,
ton papa il aurait du faire rugby
ce léger mouvement du cou qui entraîne toute la tête et balance le front en avant
superbe
en mêlée il aurait fait un malheur

Posté par pado, 13 novembre 2009 à 22:45

Sophie des roses,

Ton texte, ma nine, je le garde pour lorsque je pourrai y revenir sans trop de" peine "...il me tient par la main Une très bonne nuit K.

Posté par Kara, 13 novembre 2009 à 22:48

Pado,

l'enigme, pado, et je quitte Papa... pour toi:
--Qui marche, le matin, le Midi, le soir ?
(Si c'est pas un reste de tendresse, tout ça ).

-Elle:"mon dieu,puisse -t-il la trouver"

Bonne nuit

Posté par la fille à Zizou, 13 novembre 2009 à 22:55

langue maternelle, kara

c'est une tragédie intime que chercher le mot juste dans une langue d'adoption; en tout cas un effort constant qui rappelle l'arrachement à la langue initiale.
La vie, c'est se hisser, sans trop faiblir, avec passion donc plaisir et douleur. C'est plus difficile de se hisser avec une langue d'adoption comme "outil", puisqu'il est si difficile de mettre à distance les passions (pour en vivre et non en mourir) sans la verbalisation. Sans le mot juste que toujours on recherche.
C'est pour cela que je tiens la musique pour l'art majeur de la consolation et de l'accompagnement du bien-être. La peinture, juste ensuite, qui demande une disponibilité d'esprit là où la musique nous prend malgré nous.
(mal exprimé, mais c'est ça,à peu près)

Posté par jibé, 14 novembre 2009 à 09:30

@la petite fille née d'un coup de tête ?

Suis pas bien sûr d'avoir compris l'énigmatique question donc je me mets au seul sport recommandé à mon âge, je nage.
J'ai quand même deux réponses :
Eden (faut chercher mais j'aime bien le résultat)
ou
L'album n°11 des Bidochons (mais là j'ai un doute)

Le but ne doit pas être atteint, dommage

Posté par pado, 14 novembre 2009 à 12:00

Elle est séduite et se dévoile

PADO ,Remarquable , du premier coup, il s'agit bien du CANTIQUE DES CANTIQUES -Personne n'en saura rien -je compte sur vous, vous étiez aux bains, n'est-ce pas ?

Sur ma couche, pendant les nuits,
J'ai cherché celui que mon cœur aime;
Je l'ai cherché, et je ne l'ai point trouvé...
Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville,
Dans les rues et sur les places;
Je chercherai celui que mon cœur aime...
Je l'ai cherché, et je ne l'ai point trouvé.
Les gardes qui font la ronde dans la ville m'ont rencontrée:
Avez-vous vu celui que mon cœur aime ?
A peine les avais-je passés,
Que j'ai trouvé celui que mon cœur aime;
Je l'ai saisi, et je ne l'ai point lâché

Merci, Pado,je sors en ville et vous n'êtes pas loin .Sourires K.
Dois je me procurer l'album des Bidochons ? Chez Mollat, il me regarde d'un air curieux depuis que je cours les libres et autres astragales

Posté par Athèna Eden, 14 novembre 2009 à 12:30

Doublon ,mon manège à moi

Désolée pour le doublon mais c'est le fait de Pado , Y me fait tourner la tête...Faut suivre .

Posté par Athèna Eden, 14 novembre 2009 à 12:34

Jibe

Merci à vous pour votre écrit limpide .J'ai une faim de loup :o)
Je sors déjeuner dans un coin tranquille, vous venez ? aà un peu plus tard

Posté par Kara, 14 novembre 2009 à 12:44

FAUT SUIVRE

Faut suivre .

Posté par Athèna Eden, 14 novembre 2009 à 12:34


Ça, faut suivre....bàv!!!

pour l'énigme...je ne sais pas moi, le métro???

Posté par montaigneàcheval, 14 novembre 2009 à 16:00

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