09 novembre 2009
RACONTONS NOTRE 9 NOVEMBRE 1989
CHER-E-S AMI-E-S, IL Y A 20 ANS LE MUR TOMBAIT.
ET SI ON FAISAIT UN PETIT CALEPIN COLLECTIF AVEC TOUS NOS TEMOIGNAGES ?
A VOUS...
LE MUR MURANT BERLIN REND BERLIN MURMURANT
Et le florilège commence.....
LE 5 NOVEMBRE 2009
1 FACE AU MUR
Du fin fond pimpon de sa campagne, Julien apprit qu'il y avait un mur à heu Berlin par le voisin de la ferme d'à-côté qu'on disait communisse parce qu'à la messe pour faire chier notre curé en sous-soutane il portait une cravate rouge avec dessus une photo d'un gros moustachu qui ressemblait de loin à Brassens en nettement plus moche et qui lui ne portait jamais de casquette militaire ah ça non ; avec les autres gars du café il avait bien rigolé au gorille surtout quand le juge se fait enculer. Il alla donc chez Totor le lendemain pour voir le mur à la télé ; Berlin, il avait vu ce nom là sur la carte de géographie à l'école communale mais après... Quand il vit ce fameux mur, il resta bouche bée ce qui lui arrivait souvent mais là encore plus bée que d'habitude. Tout ce foin pour mur en béton qu'était même pas en pierre taillée comme ceux de la commune, ben ça alors. Le Marcel à la cravate rouge lui dit que les gars de l'autre côté en avait plus que marre parce que avec les commusisses c'étaient pas ce qu'ils avaient espéré que tous les jours y en avaient qui se barraient par-dessus et par-dessous n'importe comment et que ça pouvait plus durer et qu'on allait pas continuer longtemps comme ça. Julien qui n'avait pas même la radio encore moins la télé, n'était au courant de rien si ce n'est qu'à son avis on faisait beaucoup de bruit pour un mur qu'il voyait tout barbouillé de peintures à la Picasso comme les vitraux de la nouvelle église et qu'il y comprenait rien mais qu'il aimait beaucoup sauf que ça devait avoir coûté bonbon au maire qui regardait pas à la dépense. Sa femme Monique lui disait t'occupes pas de toutes ces conneries ya du boulot dans l'étable et aux champs, nom de dieu, faut te remuer. Quand même, cette histoire de mur tout gribouillé le turlupinait comme si on aurait mis un mur bigarré entre le bistro et les pissotières municipales ou entre la ferme et les champs pour faire chier tout le village ; il décida donc d'aller chez Marcel tous les soirs pour regarder les actualités alors qu'il ne buvait jamais en dehors des repas sauf quelquefois et que rien ne l'avait vraiment branché jusque-là, la popolitique et toutes ces coconneries, les pédés qui se trémoussaient avec des filles nues dans leurs costumes de cinglées sur des musiques de nègres.
Un soir, on vint le chercher en courant Julien viens vite ya du nouveau avec le mur. Il y avait beaucoup de monde devant le poste et devant le mur, il y avait beaucoup de bruit aussi devant les deux. Il réussit à se faufiler au premier rang pour voir d'abord un vieux pépé à l'air radieux qui jouait d'un gros violon comme il n'en avait jamais vu, une musique comme il n'en avait jamais entendu et puis toute une escouade de gars avec des pioches et des masses commencèrent à taper dans ce foutu mur tandis que les plus jeunes dansaient que les plus vieux s'étreignaient que les flics et militaires regardaient sans broncher tandis qu'une foule venant du côté où le mur n'avait pas de barbouillages franchissait des passages comme si elle avait le feu au cul et restait ébahie sous le projecteurs. Julien ne comprenait rien à ce spectacle parce qu'il ne s'intéressait à rien sauf à la ferme, aux corvées, à Monique de temps en temps mais voir tous ces gens si heureux lui donna soif et il réclama un calva au Totor tout étonné et même un deuxième. Le brouhaha augmentait au fur et à mesure que le mur tombait ; Julien, un peu bourré, se mit à rire aussi avec les autres tout en pensant aux nouveaux vitraux de l'église ; il se demandait si un jour on allait pas faire pareil et s'il ne serait pas le premier à taper dedans.
© Jacques Chesnel (novembre 2009)
2 TEMUDJIN
Je hais les murs qui séparent et il y en a tant sur cette terre. Je hais les murs qui enferment et il y en a tant aussi sur cette terre. Je n'aime que les murmures, les mûres mûres, ou les murs d'une maison sans toit pour voir le ciel, sans porte pour que l'ami entre, sans fenêtres fermées , ça c'est pour les oiseaux et les rayons de soleil. Donc un petit muret de terre sèche pour s'asseoir et attendre, dans le bruit du vent qu'il n'y ait plus de murs qui séparent, de murs qui enferment, des murs où on fusille ; des murs, oui, pour coller des affiches qui disent en bleu le bonheur, pas la rouge qui transformait des innocents en bandits.A Berlin, il faut se souvenir des mains qui se sont liées après tant d'attente et de séparation cruelle, cette joie qui déferlait comme une vague irrépressible.
Et la muraille de Chine ? Tremplin pour les oiseaux avec dans la mémoire du vent des cavaliers, comme ceux de "Gengis Khan" de Henry Bauchau :
Deuxième tableau - scènes 3 et 4
"Timour : Ecoute Kassar : une ère nouvelle commence pour nous. Nous avions faim, nous avions soif, toi aussi ! Nous n'étions pas assez nombreux pour vaincre. Temoudjin a fait de nouveaux Mongols ; dans la lutte et dans la victoire, ils deviendront semblables à nous...
Reste avec nous, Kassar. On dépérit loin des bannières des hommes.
Kassar : Quelles bannières ? J'ai cru combattre pour une famille et Temoudjin en a fait une tribu. J'ai cru lutter pour cette tribu, il en a fait un peuple où nous sommes tous confondus. Que va-t-il faire maintenant ?....
Il faut qu'il y ait une loi nouvelle... S'il n'y a pas de loi, nous ne sommes plus la libre nation des Mongols. Je pars."
CHRISTIANE PARRAT
3
La question posée par notre compère MàC ne manque pas d’intérêt. Où va se
trouver cet intérêt ? Probablement pas dans les analyses divergentes qui
sont les nôtres sur des évènements qui peuvent comme toujours être déformés
afin de correspondre à nos canevas cérébraux préétablis.
C’est si facile d’adapter le réel à un modèle de pensée préexistant. Qui peut jurer qu’il
n’utilise pas des cartes neuronales fermes et solides lui permettant de
penser/agir suivant des modèles usuels ? Le véritable intérêt se situe dans
l’analyse immédiate que chacun de nous a développé lors des évènements du 9
novembre 1989.
Revenons au sujet. Quel souvenir ai-je gardé de cette chute du Mur ?
Comment l’ai-je réellement vécu, ce 9 novembre.
Premier reflexe : se ruer au fin fond de la cave et sortir de leur boite
d’archivage tous les agendas qui s’y trouvent. Mettre la main sur celui de
1989 … je l’ai ! Je parcours les mois en essayant de revivre qui étais-je
cette année là dans mes actes. Je retrouve les voyages professionnels
nombreux, proches ou lointains, inégaux en importance, et vous les épargne.
Vacances d’été ? Trois mois avant la chute du Mur, je tournais dans le
Yucatan : souvenirs de Palenque, Chichen-Itza, Uxmal, Tulum, Merida, les
pyramides … Le sentiment le plus fort ? Je me souviens l’avoir ressenti sur
les marchés de San Cristobal de Las Casas. Couleurs mexicaines … Rien ne me
reste des quelques jours passés à NYC, avant et après le vol vers le
Mexique.
J’habitais Paris, alors. Je retrouve tous les concerts de l’époque, et les
régates courues ailleurs. Rien de marquant.
Qu’ai-je noté sur mon agenda le 9 novembre 1989 ? J’étais à Antibes / Nice,
le jour même. Et le lendemain ? Dans l’Essonne, avec en annotation rouge :
Lambaréné. Pourquoi donc, Lambaréné, ce vendredi 10 novembre ? Mystère !
Pour le week-end, je vois noté Pilobolus, compagnie de ballet dont j’ai du
voir le spectacle puisque le billet m’a coûté 280 francs. Ah ! Retrouver
l’ancienne monnaie : cela fait drôle … Rien de noté, d’écrit, sur la chute
du Mur … Je dois faire appel à ma seule mémoire : une fois l’effort produit,
je me souviens.
Lorsque j’ai vu les images des allemands de l’Est qui passaient, se ruaient
en foule, de l’autre coté de la frontière, l’analogie avec la noyade s’est
imposée. Devant ces images, j’ai repensé à ces moments de forte brise où
vous ratez votre empannage sur votre dériveur devenu fou de joie en plein
mistral, vous chavirez, l’eau et le vent sont partout, dans vos yeux, dans
votre bouche et les muscles ne répondent plus. Les autres, les camarades,
sont eux aussi en fuite, en déroute, les bateaux se heurtent à la bouée sous
le vent. Chacun pour soi… ! Epuisé par l’usure du milieu, vous vous noyez
dans cette eau agitée de toute part. Vous êtes un des thons, rouge de sang,
pris dans le piège de la Matanza sicilienne … En sortir … à tout prix !
Les prisonniers de la DDR, protégés de l’impérialisme occidental par un Mur
salvateur (!), n’avaient qu’une idée, le 9 novembre 1989 : sortir de la
suffocation que nous éprouvions dans ce monde communiste. Sortir pour
respirer. Sortir pour voyager, se parler librement, se dire la vérité, même
si ce n’était pas la Vérité. Ne plus suspecter sa famille, ses proches, ses
collègues … Vivre ! Vivre libre ! Ils sortaient ces pauvres prisonniers pour
échapper à la suffocation, à la noyade, à la STASI, à la honte de la
nomenklatura, engraissée, vulgaire. Ignoble représentation d’un pouvoir qui
ne l’était pas moins. Ils s’enfuyaient, ces pauvres prisonniers, pour
échapper au mensonge permanent, ils se poussaient les uns les autres pour
aller plus vite, sortir plus vite la tête de cette eau saumâtre où
clapotaient leurs vieux dirigeants pourris et les jeunes voyous de la milice
qui les servaient fidèlement. Quitter l’horreur sournoise, organisée dans
cette autarcie autiste, sinistre, et insupportable !
C’est comme cela que j’ai vécu cette chute du Mur. J’ai vu des oiseaux
emprisonnés, ces allemands qui nous ressemblaient tant, pauvres moineaux que
le communisme avait obligé à vivre dans l’aquarium pimpant et mensonger de
la DDR, et qui, fuyant la suffocation dans un milieu qui n’était pas le
leur, n’avaient qu’une idée : sortir de l’eau croupie, retrouver de l’air,
le plus vite possible, quitter enfin leur geôle, s’envoler et vivre en
liberté ! Ils ne pensaient qu’au présent … Fuir et respirer un peu de la
liberté de leurs compatriotes de l’Ouest !
Je me souviens aussi avoir béni le merveilleux pape de la Glasnost, Gorbi
(ah ! quel russe « étrange » !), et pensé que ce que je voyais là, sous mes
yeux, allait se produire partout ailleurs dans l’Union Soviétique et ses
satellites.
JC
4 SI LOIN SI PROCHE…
Il n’y aura pas de plaque… Perso j’ai senti que la bête souffrait quand les Allemands Rédaïstes ont pu passer par la Hongrie avec leur Traban et leurs sacs plastique pour le cas où il y aurait des choses dans les boutiques. Je me suis dit : « Qu’est-de que va faire Gorby ? » et surtout « Gorby va se ramasser un pouchte … comme jadis Krouchtchev en 64 par Brejnev qui baisait Marchais par la bouche et pareillement ce pue-de-la gueule d’Erik Honecker » Y’en a un qu’on a oublié dans nos prières depuis vingt ans au moins, c’est le Souslov qu’était chef dans la pensée marxiste-léniniste pécéef correcte, celle que suivait Alexandre Adler ce gros pouf qu’a été le dernier kaguébiste de cette époque-là avec un Francis Crémieux qui tournait alors autour de la Propaganda : faut retrouver leur livre (ils l’ont défendu chez Piwo un soir face à un petit couple qui sortaient « la rue du Prolétaire rouge »)… Cétait un éloge ardent de la foutaise moscovite. Maintenant, après Andropov et l’aut’ qu’a pas duré plus que le Jean-Paul Pommier qué mort en pleine epectase après une branlette de la nonne de nuit, vlà le Adler en train de nous faire avaler Poutine…
Alors… le 9 novembre d’il y a vingt ans, j’étais sur la route de Brest (pas de Brest-Litovsk, entendons-nous bien) et quand j’ai entendu, avant d’aller voir à la télé ce qui se passait à Berlin, j’ai cru que j’allais m’envoler de bonheur et j’ai pleuré en pensant à ces belles années gâchées et qui reviendraient plus… J’avais pas eu le courage d’aller faire du tourisme pendant qu’ils en bavaient, y compris en taule… J’étais juste allé pour le travail (aux archives de la Gestapo, « ach Genosse GG ! », pour obtenir copies des dossiers sur les Franzosen, surveillés en 1940 et après… et les collabos spontanés) sinon à d’autres occasions pour chercher des images du côté de chez Humboldt etc… etc.
Berlin-Est, merci beaucoup… (pour l’instant je parle pas de Prague, ça sera pour plus tard ). Je me vois encore, la dernière fois que je suis allé à Berlin-Est, me faire engueuler par une caissière-vopo alors que j’avais voulu acheter, avec des marks de l’ouest, des microsillons de musique classique enregistrée par un excellent orchestre hongrois ou même allemand et même russe… Tout juste si elle avait pas appelé la police. De ses gueulantes j’avais compris qu’il aurait fallu que je change davantage de marks à Check Point Charlie. Ça m’avait paru louche cette fois-là parce que le béni oui-oui chauffeur de taxi n’avait pas craché sur la bonne monnaie… Pareillement sur « Alexander-Platz » quand j’avais fait craquer un bon billet de l’ouest pour faire avancer plus vite le poulet rôti et les frites… Le correspondant de mon patron d’alors m’avait passé à l’Ouest, au retour, par un souterrain (Ja ! comme je vous dis mes p’tits gars). Et même que le même, une autre fois, m’avait sorti dans sa ouature française en faisant singer une fouille par ses potes de garde (« Rien que pour tromper l’autre US dans son mirador qui nous mate à la jumelle »)… Avant qu’il me reconduise à mon hôtel, on avait fait le tour des bureaux de poste de Berlin-Ouest, lui avec un paquet de faux passeports pour recueillir des plis en « poste restante »… Hi hi hi. Allez cé du passé, faisons table rase.
Les comiques ont cru que cétait la « fin de l’Histoire ». Bon, on a le droit de se tromper. Moi je pensais qu’au contraire, c’en était une autre qui allait commencer. Ce qui a été perdu, en revanche, cé la prétention des petits hommes rouges à croire possible de « faire l’histoire ». Font rien du tout, ces gars-là… L’histoire se fait même contre eux. Ce que je remarque c’est que cé les cocos qui ont le plus crié que ç’allaient être le triomphe du libéralisme à tout va puisqu’ils n’étaient plus là pour faire peur. En attendant, les forçats de l’impérialisme mirent au moins deux ans avant de bouger leur cul. Ils se surveillaient comme des chiens qui matent un os à ronger. Le libéralisme s’est pris un tsunami depuis… Et nous voilà revenu comme avant, sans le guignol’s band des partis de la classe ouvrière pour nous faire croire que la solution à tous les problèmes passe par eux. Cé là où les trous du cul de la bande à Trotsko ont réussi leur entrisme génétique… Zont pris d’assaut, pour commencer, la critique œnologique (ça s’est avéré)… après, zont pris d’assaut le parti socialiste (et on a vu ce qu’on a vu)… après, avec les maos un peu repentis, ils se sont jetés sur la presse papier (ça aussi cé avéré). Et voilà pourquoi les curés sont noirs et les imams d’attaque…
Quand j’étais jeune (cé pas vieux) j’étais dans la purée nostalgie à la « Berliner Requiem » et à la Wim Wenders avec son « Der Himmel über Berlin » (et puis avant, ach ! l’Allemagne d’alors, les deux que j’aime le plus : « Alice dans les villes » et « Au fil du temps »)… Le 9 novembre a filé un grand coup de tatane dans la nostalgie. Il a fallu réviser : finies les promenades guetteuses le long du Mauer ou dans Kreuzberg et le Tiergarten. Les acacias rabougris poussaient déjà entre les cailloux ruinés… Il devenait urgent de penser autrement.
MORASSE
5
Le 9 novembre a commencé aux infos de 22 heures, dans ma voiture, je le sais.
Un communiqué, des regroupements, rien de clair ni de précis, quelque chose dans l'air.
Maison, télé, souvenir lui sûrement en partie fantasmé d'avoir passé une grande partie de la nuit devant, comme vingt ans plus tôt pour marcher sur la lune.
Heureux.
Mes fils ne sont pas couchés, Le Monde bouge avec eux.
t-size: 12pt;"> Les retombées sur mon petit monde, auront lieu le 10 et le 11.
Le 10, la seule et unique fois où j'ai allumé ma télé le matin.
Le 11, le jour j'ai définitivement placé Bach au-dessus de tout en « écoutant » les incroyables images de Rostropovitch sur sa chaise.
Ensuite c'est Noël, le « procès » et l'exécution des Ceaucescu, la fin de l'euphorie, les dirigeants connaissent les risques, les peuples se jugent, les négociations démarrent, plus de sérénité mais moins d'envie.
L'impact de ces deux mois sur ma vie ?
Elle était à un tournant, entre novembre et décembre 89 j'ai abandonné la volonté d'être un grand chef de « l'économie réelle » pour être un peu le petit chef de ma vie.
Les événements de ces deux mois ont-ils influencé mon choix ? Inconsciemment mais avec certitude.
Pour mes quarante ans Le Monde et mon monde changeaient.
PADO
6 DE JESSYE NORMAN A MSISTLAV ROSTROPOVITCH
L'année avait commencé de façon quasiment grotesque. On fêtait pourtant le Bicentenaire de la Révolution de 1789, et accessoirement le centenaire de la Tour Eiffel et à Mialet, Genève, St Jean-du-Gard et autres lieux saints du protestantisme, les 400 ans de l'Edit de Nantes. Ça faisait beaucoup. Surtout que , enivré par la victoire puissante qu'il avait remportée contre Iznogoud, le Pacha Haroun el Poussah se mit en tête de créer un Comité. Théodule? Non, Comité du Bicentenaire. Juteux frometon, à la vérité pour ceux qui en croquaient. La France avait décidé de faire fort. Très fort. Le 14 Juillet s'annonça grandiose. Jessye Norman entonnant , le soir venu après les délires de Goude sur les Champs, la Marseillaise...et partout en tous lieux, déjà la longue ribambelle des "prreuuuuduits dérivés Révolution". Les boutanches de lordeaubem imbuvables réétiquetées bleublancrougemarianne, les paires de chaussettes, les slibards aussi ,chez Leclerc e'd Méru....bleublancrouge. La connerie brute et épaisse. Et, pendant ce temps, ça branlait dans le manche à l'Est. En Juin, les Magyars, et en particulier Miklosz Nemet, le premier ministre commençèrent à démanteler le rideau de fer avec l'Autriche. Schnipp, schnapp, schabernak, et on voyait les soldats de l'Armée populaire (défense de rire) hongroise avec leurs cisailles renrouler les barbelés avec soin, dame, rien ne devait se perdre !!!. En Pologne, Jaruzelski , derrière ses lunettes noire, dûment chapitré par Gorbatchev qu'il n'avait qu' à se débrouiller, avait laissé la démocratie revenir doucement et Tadeusz Mazowiecki avait été élu premier premier ministre non communiste du pays depuis 44 ans. En Bulgarie Jivkov commençait à compter ses petites cuillères en or et à emballer ses porcelaines. En RDA, ça effervesçait aussi. Apprenant que la frontière Austro-hongroise était ouverte, des dizaines de milliers de citoyens de la DDR découvrirent un charme fou au Lac Balaton et à Györ, Sopron... Seulement Honecker et Mielke, les deux pourris en charge de la RDA avertirent leurs homologues canins de Prague qu'il serait bon de proposer d'autres vacances à ces pue-la-sueur. En taule, par exemple. Or, l'ambassade de RFA avec 10 000 personnes campant dans son jardin à Prague finit par accorder des passeports de RFA à tout le monde, ce qui d'ailleurs figure dans la Constitution de 1949. Les pourris de Prague et de Berlin-Est n'avaient qu'une exigence mesquine et aux incalculables conséquences : que les trains spéciaux de Prague à Hanovre passent OBLIGATOIREMENT par le territoire de la RDA, histoire d'une ultime persécution. On connaît la suite. Emeutes gravissimes à la gare de Dresde, avec des gens qui s'accrochaient aux wagons. Les charognes de la Stasi essayant de faire descendre ceux qui étaient dedans.....manifs quotidiennes ensuite. Gorbatchev qui fout un bordel montre chez les cacas du SED..le baiser de la mort etc etc...
Ce jour-là, an diesem Donnerstag (Paul Edel comprendra l'allusion !!) j'étais au Collège. Jour morne en Seine-et-Morne. Pavillons silencieux autour du collège. Vent dans les peupliers. De gros nuages galopaient, venant des collines du Valois, chargés de pluie. Nous étions en cours de Géo, avec des 3èmes. Ça ronronnait doucement... ça digérait le couscous merguez agneau du midi... je faisais mon cours sans anicroche, quand soudain, le principal, qui se baladait toujours dans son bahut en chaussons, le con, et qui, je ne sais pourquoi, me vouait une admiration sans borne, même que ça en devenait gênant, frappe, les gosses se lèvent, il dit rasseyez-vous et me sussure (pas le cul, obsédés!!!!!) à l'oreille "Monsieur Goldschmidt, ça a l'air de bouger à Berlin"....dans le genre sibyllin, on pouvait pas mieux. Je rentre le soir. Train de 17h25, le Corail de Laon.. super. Et comme toujours quasiment vide. On se mettait en première et on ronflait tellement qu'on était nazebroques. Le métral, lebain de vapeur doukipudonktan.. et puis j'ai tendu l'oneille, car des gens parlaient de Berlin... Clac, j'allume la téloche et 'fectivement, un journaleux tout testostéronisé était "en direct de Berlin". On voyait le Palast der R'publik, (Le siège du SED) les manifestants habituels. "Wir sind das Volk" Egon krenz, ayant vidé sa vingt-troisième bouteille de Stolichnaya, hips!!! Lothar de Maizière aussi à l'aise qu'un député socialiste devant une enveloppe avec 5000000 euros dedans, !!! Mais rien de spécial...Et à 20 h , je prends les infos boches sur Die Erste. "Die Tagesschau"et là, c'est là que j'ai ressenti charnellement l'histoire, pour la première fois de ma vie et réellement; le présentateur relate la conférence de Günter Schabowski, qui, perdu dans la piscine de l'Histoire en marche avait involontairement précipité les choses. D'abord on n'en crut pas ses yeux.. le poste de la Bornholmerstrasse OUVERT et les Vopos flegmatiques, parfois souriants, laissant passer les Berlinois de l'Est sans passeport.... la veille encore, quiconque aurait parié là-dessus aurait été pris pour un dingue. Ma femme qui est née l'année de la construction du mur était encore au boulot. Je suis ressorti et suis allé chez l'Arabe au coin de la Rue Montgolfier pour acheter une roteuse. Eh bien, le type, que je connaissais depuis longtemps non seulement a deviné pourquoi j'achetais du champ, mais a trinqué avec un coup de boukha....c'est bon la boukha surtout avant le champagne.
Le lendemain, Vendredi 10 Novembre, j'ai raté le train de 6h44 et celui de 8h18... bref, j'ai sèché...
MONTAIGNE A CHEVAL
7 MURS ET MATURITE
Certains moments de la vie nous renvoient à une solitude choisie comme ouverture vers un peu plus de liberté . Tandis que cédait le « Mur de Berlin » je tentais de faire tomber les dernières murailles en moi-même pour en finir ou presque avec une démarche psychanalytique commençée en amont . S' ils n'y a jamais de '' dernières murailles ''pour la vie psychique (sinon nous tremblerions de froid ) il existe, cependant quelques murs coriaces dont il est bon de se débarrasser .. Toute mon énergie était absorbée. N'avoir comme seul interlocuteur que soi-même est un moment très particulier, qui heureusement ne dure pas ; l'autre et les autres veillent sur nous mais nous paraîssent lointains .
La chute du Mur de Berlin alors ;
-un événement qui devait avoir lieu
-une fête pour certains-on comprend
-une nuit plus ancienne et les mots me manqueront toujours. Vous avez souligné l'importance des ce dates similaires et je partage votre avis sur l'importance du refoulé ...Je ne cacherai pas que mes amis allemands actuels sont plus de l'est que de l'est : c'est une question d'affinités personnelles mais cela est .
A cette époque j'avais entrepris des Séjours Hongrois tant linguistiques que réels, puis très vite il me fallût aller du coté de La Slovaquie : j'y vois une participation personnelle aux évènements de mon époque par un chemin imprévisible y compris encore de moi-même mais heureux .
KARA
8
La chute du Mur de Berlin?
Une effervescence joyeuse, peu d'images précises, juste des groupe
de jeunes, anoraks et bonnets, escaladant le mur déjà couvert de tags.
Un grand courant d'air frais et un sentiment de fierté, les choses
avancent, elles vont dans le bon sens.
BRIGITTE DEGORCE
9 DER MAUERFALL OU LA CHUTE DU MUR
Il m’est difficile de raconter cette nuit du Mauerfall sans introduction :
J’ai été élevé par une Saxonne partie vers Paris en 1948, chassée par une Saxe devenue Zone Russe et un Berlin réduit en cendres. Nous avons toujours rêvé d’une Karl-Marx-Stadt redevenant Chemnitz.
J’ai habité Hambourg pendant des années, dés 1971, partageant mon temps professionnel entre l’Allemagne et la Suisse, j’ai donc connu dès le début des années 70 les deux Berlins. J’ai parfois traversé la DDR pour me rendre à Berlin, interdiction de quitter l’itinéraire obligatoire sur les Autobahnen, passage de la frontière à Hof en BRD, détour donc d’au moins une heure ou plus en venant de Hambourg. Passage folklorique aux postes-frontières, très adrénalisant en pleine nuit, dans la neige et le froid, quand les douaniers regardaient dans et dessous les voitures, et que la queue aux frontières pouvaient durer des heures.
Je ne vais pas m’attarder à raconter les deux Berlins, vu par un noctambule, Berlin-Ouest fermait ses discos vers midi et Berlin-Est obligeait les affreux capitalistes de l’Ouest à rentrer avant minuit. Je trouvais Berlin-Est assez exotique, un peu choqué et en colère quand les dames pipi.du Fernsehturm Restaurant me demandèrent de payer mon passage pour me laver les mains, cela ne me semblait pas démocratique: en Deutschmark de l’ouest! Il était aussi interdit, de venir visiter Berlin-Est en voiture en ayant de la musique américaine enregistrée. On me laissa quand même passer avec de la soul-music, la seule fois où je m’aventurais avec ma voiture dans la ville. Il faut dire aussi que le vol Hamburg-Berlin-Hamburg était en grande partie subventionné par Bonn ou le Berliner Senat et la route prenait des heures.
Berlin-Est était triste et sans lumières, pas de publicité pour les Assurances, le Milch Glücksklee ou les ours de gommes de chez Haribo. Au milieu de cette mer sans étoiles, Berlin-Ouest était un phare, l’étoile de Mercedes Benz resplendissant comme une pleine lune, une île capitaliste, peuplée quand même aussi de jeunes gens alternatifs ayant quitté ou fuit la BRD, la Bundeswehr et le CDU-CSU. N’habitaient plus à Berlin-Ouest que des familles n’ayans pas émmigré en 1948, très peu de monde parmi le monde des entrepreneurs.
Après Novembre 1989, il devenait possible de voyager plus ou moins librement entre les deux Allemagnes, j’ai donc visité plusieurs fois Schwerin, charmante ville très décrépie, au bord d’un lac, entre Hambourg et Berlin. À Hambourg les Ossis venaient regarder ce qu’était l’Ouest, les Wessis regardaient un peu effrayés les Ossis et leurs Trabants grises aux odeurs malodorantes envahirent la ville pendant les week-ends.
J’écris ce préambule pour expliquer que le mur n’est pas tombé en une nuit, plus intéressante est l’histoire avant et après. Je me suis toujours senti sensibilisé par l’Histoire des deux Républiques.
Le jour de la chute du mur, c’est à dire de l’ouverture des barrières des Check Points pour les citoyens de la DDR, je me trouvais avec une bande d’amis chez moi à Zürich, il me semble qu’il y avait dans la soirée un match de football, bientôt nous furent collés devant le poste de TV pour regarder, fascinés, scotchés, ce qui se passait à Berlin, l’incroyable venait d’arriver : La foule était libre d’aller à l’Ouest, un immense sentiment de liberté même vu depuis un appartement Zürichois, venait comme un nuage d’espoir envelopper l’Europe. C’est tout un monde qui s’effondrait. Pour certains grincheux de la BRD, plus tard, quand le sujet d’une Allemagne réunifiée devint un projet envisageable, et qu’ils leur semblaient que Helmut Kohl se pressait trop avec sa Wiedervereinigung, j’ai alors toujours expliqué aux égoïstes que les dernières 56 années de dictature fasciste avaient été un temps extrêmement long (1933-1989) pour ceux qui vivaient en DDR: Si les Bundesrepublikanern pouvaient attendre, les Genossen des Herrn Honecker avaient besoin de changement d’air au plus vite.
Aujourd’hui, 20 ans plus tard, une seule Allemagne semble une évidence, il est devenu difficile aussi de différencier les Ossis des Wessis dans les rues de Berlin. Tout ne se fit pas en un tour de main et pendant des années, quant on sortait d’un métro souterrain Berlinois, en quelques coups d’œil on pouvait deviner si on était à l’Ouest ou à l’Est.
MàC nous prie de raconter les premières 24 heures de la chute du mur, peut-être j’étofferai par la suite sur mon Blog mes expériences Berlinoises; pour faire court, les quartiers chics de l’Ouest sont devenus ennuyeux comme la pluie pendant un week-end en UK et c’est à l’Est que la ville, peut faire concurrence aux grandes capitales cosmopolites. La Friedrich Strasse est un piège à touristes, il faut aller plus à l’est. Berlin c’est Beijing made in Europe.
Le Mauerfall, était la faillite du communisme, l’utopie venait de crever, il ne restait plus pour les 20 années suivantes que de voir le capitalisme triomphant boire son verre de Bourbon on the rocks with diamonds en l’avalant de travers.
Le plus triste fut les années suivantes, d’observer les entreprises de l’Ouest envahirent les villes de l’Est, seuls quelques artisans locaux avaient la possibilité de développer de petites entreprises. Imaginez des camionnettes avec comme enseignes : « Arthur Müllerkopf & Söhne, Spenglerei seit 1927 » ou « Bierenkamp und Söhne, Malereibetrieb seit 1889 ».
Par contre dans les rues de Schwerin, ville que je connais, seuls les grandes entreprises de Hambourg semblaient omniprésentes dans ce début des années 90.
Je m’aperçois en me relisant que je n’ai pas vraiment parlé de cette fameuse nuit, c’est assez simple, quand on voit aujourd’hui les Actualités télévisées de l’époque ou des documentaires, ce sont les mêmes larmes de joie qui m’envahissent, j’espère que les lecteurs de ce petit texte écrit dans l’urgence partagent mes sentiments.
La nuit de la chute du mur, j’ai regardé la télévision, comme le jour du 9/11.
THIERRY KRON
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le 9 novembre 1989 ... ça faisait un mois et demi que j'étais hospitalisée à Senlis, pour empêcher mon bébé de naître trop tôt. A cette époque la santé publique se faisait un point d'honneur à prendre en charge jusqu'au bout les parturiantes en situation critique, j'étais donc aux petits soins à l'hôpital : chambre seule avec vue sur la forêt, télé, équipe médicale on ne peut plus sympa, des aides soignantes aux internes... 2 mois d'hosto c'est comme un séjour en pension de famille... Mon unique rapport au monde extérieur c'était la télévision et les visites jusqu'à 20h. Ce soir là je me souviens parfaitement bien des images de folie sur la destruction du mur... j'étais rentrée avec mon bébé dans le ventre dans un monde cloisonné, stupide et fou, je sortirai avec mon petit garçon dans les bras dans un monde ouvert, libre et fraternel... J'avais un peu peur cependant de la violence, on se sent vulnérable perfusée dans un lit d'hôpital et sous la liesse filmée en Allemagne et en France, un sentiment inquiet fusait en moi : allait-il y avoir des répressions ? comment la RFA accueillerait la RDA ? Et les autres pays d'Europe, allaient-ils continuer à nous pourrir le bonheur avec leurs incessants discours péjoratifs sur la société communiste ? Comment les Allemands de l'est allaient-ils pouvoir étancher leurs nouvelles soifs ? Seraient-ils accueilli dignement ? J'avais de plus en plus hâte de revenir dans le monde, active et sur pieds et ce mur détruit était pour moi la marque inconditionnel d'un monde meilleur, sans plus de cette maudite guerre froide et sans plus d'injustices. L'espoir, un bonheur fou. Douze jours plus tard, mon petit garçon est né... dans un monde pour lui radicalement différent de tout ce que nous avions, son père et moi vécu... La liberté sur le pouvoir se gagne mais surtout elle s'entretient...
SOPHIE DES ROSES.
11 LE MUR EST TOMBE MAIS IL CONTINUE DE SERVIR
Le Mur qui est tombé voici 20 ans avait ceci de particulier qu’il ne protégeait ni emprisonnait la ville dont il faisait le tour mais empêchait ceux qui vivaient à l’extérieur de la prendre d’assaut pour s’y installer et s’installer du même coup à l’Ouest. C’était un mur de concentration externe en quelque sorte, une première dans l’histoire des fortifications puisque les assiégés, les prisonniers, se trouvaient à l’extérieur. Ceux de l’intérieur pouvaient se déplacer librement par voie aérienne mais aussi en voiture et par train sur des tracés eux aussi « protégés » des assauts éventuels des citoyens emprisonnés. Bref, une monstruosité et qui plus est au nom d’un idéal émancipateur qui avait mobilisé des millions et des millions d’êtres humains à travers le monde. Une monstruosité et une honte.
Le Mur a symbolisé ces régimes dits communistes qui faisaient de tout citoyen un gardé à vue, un suspect et un détenu. Jamais auparavant dans l’histoire on n’avait, je crois, empêché des êtres humains d’exercer la seule liberté qu’ils avaient dans les situations extrêmes : celle de partir. Il n’y a que le régime nazi qui a procédé de la sorte avec les Juifs à partir du moment où la solution finale fut décidée.
Sous Franco, Pinochet, Videla, Salazar, Caetano, et autres salopards du camp occidental on pouvait aller voir ailleurs, sortir de prison, pas sous le régime soviétique et celui de ses laquais. C’est impardonnable et personnellement je ne pardonnerai jamais parce que, outre le mal fait à ces populations, comme beaucoup de ma génération j’ai cru que le capitalisme n’était pas un horizon indépassable. Ces gens ont tué et enterré tout espoir de changement chez ceux qui souffrent ou qui simplement ne se satisfont pas d’une histoire qui serait « finie ». Eh oui, essayez un peu de dire qu’un autre monde est possible, que rien n’est « fini », invariablement on vous jettera à la figure le Mur de la honte.
C’est pour cette raison que je me méfie aussi beaucoup des célébrations autour de sa chute. Je n’y peux rien mais j’y vois comme un message subliminal qui nous invite à ne rien dire ni faire qui pourrait s’apparenter à une contestation, une remise en question du monde tel qu’il avance vers le désastre économique, financier et donc social, mais aussi écologique. Le Mur nous le rappelle entend-on : « Le mieux est l’ennemi du bien ! ». Vingt ans après sa chute nous voilà, ceux qui rêvons d’un monde un peu moins pourri, à notre tour pris à son piège. Après avoir empêché des dizaines de millions d’êtres humains de quitter l’espace concentrationnaire qu’il symbolisait on voudrait qu’il nous réduise au silence et nous invite à la résignation.
LAZARILLO
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Bon, le Mur, rien à foutre... On m'a cassé les bonbons avec quand il était là, et on m' casse les bonbons avec maintenant qu'il est plus là... Les bonnes consciences qui s'accrochent à des "symboles" pour débiter le p'tit laïus humaniste (ou prétendu tel) ça m' gonfle... Tiens, là, j' m'envole d'puis quelques jours. Et que j' te sers de l'anti-dictature à toutes les sauces, et que j' te sers du paradis et de l'enfer comme de brouets de carnaval...
Pour ceux qui le savent pas, le Mur est encore là. Et en bons gros parpaings que la majorité du Monde Libre a monté un à un, une main sur le cœur et l'autre dans la culotte de ma sœur qu'est pas farouche et adore les aventures avec les ouvriers du bâtiment...
Rostropovitch, jouant d' son biniou au pied du Mur, était un connard de première qui avait pour lui d'être un as du violoncelle. Point. Me souviens de certaine interview donnée chez Chancel où il s' lamentait de sa vie en URSS passqu'il était obligé (ou sa femme) de nettoyer les carreaux de ses fenêtres LUI-MEME... Tâche dégradante pour un type qui attendait qu'on baise la trace de ses pas... Et l' poison est arrivé comme ça, passque personne a rien dit quand il parlait de cette façon... On voulait abattre le Mur pour que Rostropovitch puisse ENFIN avoir une personne qui f'rait les basses besognes à sa place. On a si bien laissé faire qu'y en a qui se torchent carrément avec les gens. Alors, le Mur, rien à branler.
Herta Müller. Une très bonne écrivaine. Très grande, faut pas charrier. J'aurais préféré qu'on attribue cette connerie de Nobel, puisqu'on l'attribue, à Peter BICHSEL passque lui aussi il sait de quoi y parle, mais c'est plus emmerdant que Herta qui parle d'un monder disparu qui sert de prétexte à certains pour éviter les questions qui devraient submerger le Monde Libre.
MON CHIEN AUSSI
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Je vous lis tous, et c'est magnifique la diversité de vos souvenirs, de vos émotions. Et c'est bizarre pour moi, parce que je n'ai pas de souvenir particulier de ce jour-là. Un peu comme si j'étais étonné que la chute ne se soit pas produite plus tôt, déjà. Peut-être parce que je m'enfonçais dans le boulot, et que là où je travaillais, je voyais sur pièces que le capitalisme occidental commençait déjà à réfléchir sérieusement aux moyens de placer son portefeuille par là-bas, thanks Gorby. Que je ne me sentais pas particulièrement optimiste pour la suite. Qu'à mon dernier séjour en Russie, j'avais vu, pour la première fois, une jeunesse (des jeunes de 20 ans… alors que j'en avais 24 ou 25, l'antiquité !) qui commençait d'être sérieusement frivole, de désirer rapporter de l'Ouest des objets de consommation totalement inutiles (comme des lunettes à essuie-glaces, si, ça existait déjà !) plutôt que des livres. Et dans mes notes et les courriers reçus pour ce mois-là, je trouve l'écho d'amis malades, du suicide de ce copain moscovite peintre, qui la dernière fois que j'étais à Moscou voulait me donner un tableau représentant une orange pendue à un fil, j'étais en retard pour le rendez-vous, je l'ai manqué… en novembre 89 il s'est pendu. En fait je me souviens surtout du coup d'Etat contre Gorbatchev en 91, là j'ai eu peur, peur d'un déchaînement militaire, d'un retour en arrière. Parce que pour moi l'Ost, c'étaient eux, c'est d'eux que tout continuait de dépendre. En mai 1991, quand vous vouliez accueillir des amis russes chez vous, vous deviez encore émettre un certificat d'hébergement à légaliser auprès de l'ambassade d'URSS. Ces amis russes qui n'avaient pas d'argent, s'étonnaient qu'en France on ne puisse pas vendre son sang pour récolter quelques sous. Maintenant, ils peuvent aussi bien vendre leurs organes, leurs enfants…
En décembre 89, j'avais vu Carnet de Notes de Wenders, noté des thèmes récurrents comme l'identité, connaître son centre, l'image de soi et la cohérence, le temps, le rapport au temps, la disparition de la notion d'original avec la copie vidéo. Un couturier japonais qui n'espérait aucun avenir, se souhaitait plus vieux et que tout finisse vite, il y avait juste sa concentration dans l'instant qui le sauvait de tout, disait-il.
SYLVESTRE
14 Faut-il avoir tout lu ?
Faut-il avoir lu tout ce qui précède pour faire sa rédaction ? J'espère que non. D'ailleurs, je n'ai pas le temps de tout lire et je n'ai pas le temps de faire une rédaction. Le 9 novembre 1989, j'habitais à Berlin, où je (re)traduisais une pièce de Brecht pour un théâtre de la banlieue parisienne. J'ai reçu un coup de fil de Paris. On me demandais de raconter. Je n'avais encore rien vu. Je suis allé au mur. Il y avait beaucoup de monde. Je suis monté sur un mirador, pour voir. J'y ai rencontré une acteur français, qui est mort depuis et dont j'ai oublié le nom. Tout cela, pour être honnête, et au risque de n'être pas populaire, m'est apparu assez déprimant. Je suis allé à l'est, sur la Käthe-Kollwitz-Platz, où j'ai mangé un bon steak avec haricots verts. J'ai bu un café au Palais du Peuple, et je suis rentré. Dans les heures qui ont suivi, j'ai déménagé à Hohenschönhausen, à l'est de Berlin-Est, d'où en quelques mois j'ai assisté à l'agonie d'un pays, en savourant chaque matin une paire de Schusterjungen trempés dans mon café au lait. À l'époque déjà je n'avais plus guère de cheveux, mais je n'aimais pas les laisser pousser dans le cou. Je me suis mis en quête d'un coiffeur. Les amis qui me logeaient m'ont conseillé d'aller voir leurs voisins du dessus. La femme coiffait Margot Honecker. J'y suis allé, elle m'a coiffé, enfin elle m'a rafraîchi. N'empêche que Noël approchait et que je devais rapporter des cadeaux pour la famille et les amis. J'ai donc fait comme tout le monde, et surtout les Français: j'ai acheté un piolet et j'ai arraché des bouts de mur peinturlurés, dont certains sont aujourd'hui encore sur des étagères dans des salons amis. Je suis reparti pour Paris avec une R5 pleine de livres de DDR. Le meilleur de la littérature locale (et dieu sait qu'elle était riche et belle) et le meilleur de la littérature soviétique (idem) dans les meilleures traductions du moment. Voilà. Bonsoir
FRANÇOIS
15 Je me souviens
Rosemarie, le mur du silence dans les familles est peut être encore pire que tout.C'est une horreur, car il est invisible.
Bàv.
Et moi, je me souviens de tous ces Kremlinologues patentés, véritables vedettes télés, Alexandre Adler, impressionnant, avec son savoir illimité, connaissant tout de la carrière du moindre secrétaire de section, les plus petits détails de leur vie , la marque de leur chaussures, de leur brosses à dents.Bernard Getta et Carrère d'Encausse, soviètologue enchef .
Ils n'ont rien vu venir.
Je me souviens de ça.
Le passage d'un temps immobile, avec ses fiefs, à l'écroulement de ce qui était impensable quelques semaines plus tôt.
Je me souviens de la tête de Gorbatchev, avec sa tâche.
Je me souviens de la froideur , du masque de F.Mitterrand. Aucune joie.Prudent, glacial.
Je me souviens, de quelques secondes du journal télévisé en noir et blanc en 61 , car l'Allemagne de l'Est, c'était plutôt un gris sale, ce mur qu'on montait à la truelle, on montrait ça. C'était sinistre.
Et la politique allemande de ces 20 dernières années,comme le rappelait Mac, H. Kohl, fallait avoir les reins solides, et le peuple qui a accepté des sacrifices énormes , l'équivalence du DM =M Est c'est une vraie décision politique. Et probablement la retraite à 67 ans, un peuple très courageux, on peut le dire.
Et cerise sur le gâteau, Madame Angéla Merkel, quand on la voit sur des photos à tous les âges de sa vie, le visage qui s'épanouit,autoportraits de Rembrandt inversés, le bonheur construit , et sa réélection à la tête de cet immense pays.
MANIATIS
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Comme tous les témoignages ici sont fait par des personnes ayant connus la chute du mur, je vais vous donner la mienne, celle d’un jeune homme né quelques jours après le 9 novembre. On m’a apprit à l’école, qu’au mois de novembre 1989, le mur de Berlin était tombé. J’étais très fier parce que je me disais «héhé t’es né au mois de novembre toi aussi!» mais je n’avais jamais vraiment prit conscience de ce que cela signifiait. Quand, au fil des discussions avec mes parents et certains membres de ma famille j’ai comprit ce que signifiait ce mur et pour quelles raisons il avait été battit j’ai vite oublié mon petit orgueil enfantin et j’ai commencé à relativiser et à penser au monde un peu différemment.
La chute du mur, pour nous qui sommes nés après, ça ne veut pas vraiment dire grand chose. Oui, le système autocratique soviétique du XXème siècle a été aboli, oui la liberté des peuples est enfin retrouvée. Mais les craintes de guerre nucléaire, les espions, et toutes les histoires politico-burlesque, ce ne sont pour moi que des mots dans un manuel d’histoire, et je n’ai pas vécu la journée d’hier comme une victoire, ou comme un jour vraiment très important. J’entendais des jeunes allemand à la radio hier midi qui disaient qu’ils ne comprenaient pas pourquoi on en faisait toute une montagne. Et je suis dans le même cas qu’eux. Nous, les jeunes de 20 ans, même si je reconnais qu’il faut un devoir de mémoire comme pour la Shoah ou ce genre de sujets un peu tabou de l’histoire, ne voyions pas bien l’importance de tout ça. Même si je peux la comprendre.
Que le mur soit tombé c’est une bonne chose, de là à nous faire tout un numéro politique c’est un peu, excusez moi du terme, bidon.
PERE TARRAIN
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"cher Mâc ; le neuf novembre
décédés un neuf novembre : Paul Gourmelon , Guillaume Apollinaire , Yves Montand et Charles De Gaulle !
étonnant , non ?
allez je vais me faire cuire un neuf à la coke pour fêter ça !
bien à vous !
( j'ai participé , j'ai participé :-)
CAPTUS
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VOICI LA SUITE, NON MOINS DELECTABLE DU PREMEIR TEXTE, CELUI DE JACQUES CHESNEL
LE DOS AU MUR
Après "face au mur", Julien se retrouve vingt après chez Totor le bistro qui a troqué son patronyme contre "le Café du Commerce" avec un nouveau patron, Gérard, grande gueule qui savait tout, connaîssait tout, comprenait tout et baisait tout. La télé a maintenant son écran plat avec plus de cent chaînes au compteur, le comptoir n'est plus moitié zinc moitié formica mais en marbre de chez carrare et toutes les serveuses qui se succèdent à la vitesse grand V sont blondes comme des présentatrices de ces journaux télévisés plus ou moins aux ordres du nouveau gouvernement godillot du nouveau président. Julien y vient par habitude depuis le temps mais pas pour la télé car il l'a chez lui dans son petit deux pièces genre HLM où il loge depuis le départ de Monique peu après la tombée du fameux mur. Il a vendu la ferme pour trois fois rien vu sa valeur, touche une retraite minable de cultivateur minable de la Pac minable, mange peu mais grossit quand même, se lave une fois par semaine sauf la tête puisqu'il n'a plus de cheveux ou presque. Il a des nouvelles de sa femme à chaque Noël, elle lui dit qu'elle va bien avec son amoureux allemand un maquignon qu'elle avait rencontré à la foire aux bestiaux du chef-lieu de canton. Julien a soixante-dix ans maintenant, n'a pas refait sa vie comme on dit, il a un chien, un berger belge, pour combler sa solitude et se promener même quand il pleut.
Ce jour-là, il a donc décidé de se retourner sur son passé le soir où il avait vu le fameux mur tomber dans le rade de Totor mort depuis espérant aussi revoir Marcel qu'il savait malade après un infractus qui l'avait diminué. Question santé, il n'avait pas à se plaindre, oh quelques rumatisses de saison, des pertes au profit du cœur mais rien d'alarmant car il avait encore toute sa tête mais ne devait pas faire d'efforts dont il aurait eu tort de se priver.
Bon, à croire que ce soir tous les gens du village, ceusses qui sont restés, se sont donnés le mot sans un mot plus haut que l'autre à demi mot pour voir cette comme les morations car il y avait bien là bien une quinzaine d'hommes et deux femmes inconnues genre péri pas téticiennes que le Gérard n'avait jamais vu autant de monde d'un coup à part les jours d'enterrement.
- bon dieu de nom de nom de dieu, dit l'un, le plus âgé le plus vert aussi à cent balais, faut vraiment qu'il ya c'mur pour qu'on se rencontre tous dans ce gourbi de
- ben dame, c'est pas tous le jours qu'y en tombe un des murs alors faut fêter ça
- oh ! faut quand même dire que des murs y en 'core partout, aboya le plus fûté, l'ancien postier qui ressemblait à Besancenot vieux, des murs de la honte qu'on les appelle, entre les juifs et les arabes, les ricains et les mex et pis avec cette foutue mondialisation le mur du fric quèque vous en faites, le mur de la parole, le mur du sexe, le mur des races, le mur du travail, le mur des arts,de la politique, du commerce, des armes… j'pourrais vous en dire encore plus si ça ne m'étouffait pas dans la gorge.
Julien, on le sait, avait souvent la bouche bée qu'il en oublia de la béer plus encore et dit :
- putain, et le mur des religions, vous vous rappelez les vitraux de l'église que…
- silence, dit Gérard en regardant la télé, c'est maintenant les discours avant les dominos que Lèche machin le polak va faire tomber.
Silence… bien que Gégé a remonté le son.
- c'est pas vrai, v'là que le Lèche y dit que c'est Jean-Paul numéro deux qu'à fait tomber le mur, d'ici là que soit pas Jésus, il est gonflé
- y paraît que la chandellière elle vient de l'air béat où elle a vécu toute jeunette
- voui, elle a fait un sacré bout de chemin et se nourrit bien vu sa taille, elle a rattrapé le temps perdu
- ah ! les allemands y bossent plus que nous, ça on peut le dire et puis la bière
- faudrait pas qu'ils reconstruisent un mur entre eux et nous quand même, manquerait plus que ça, dit le vieux Besancenot en toussant
- à ce moment-là, dit Julien, j'peux vous dire qu'avec les masses et les pioches qu'y me restent, j'irais leur casser leur mur moi comme pour les vitraux de l'église.
- on ferme, dit Gérard.
© Jacques Chesnel
08 novembre 2009
UNE FAMILLE, UN MUR/ EINE FAMILIE, EINE MAUER
LE MUR DE BERLIN, HISTOIRE D'UNE REUNIFICATION TRES PERSONNELLE
(Je vous présente ici en guise de "hors-d'oeuvre" pour demain, et j'en suis flatté et fier , ce petit texte , en bilingue, de ma femme, née l'année de la construction du Mur. Màc)
Berlin a été pendant des années le symbole d'un monde divisé. 43 km c'etait la longueur de la frontière intérieure qui séparait Berlin-Est de Berlin-Ouest. Aujourd'hui ,un bout du mur subsiste sur la Bornholmer Str. . Sur le parking on peut voir les rayures blanches du checkpoint qui s'y trouvait. Comme si seule la peinture avait survécu à la RDA. La Bornholmer Str., checkpoint que je franchissais petite fille avec mon père pour aller voir ma tante à l'Est,qui habitait Prenzlauer Berg, quartier populaire du temps de la RDA, aujourd'hui quartier branché dans la capitale reunifiée.
Je suis née en 1961,l' année de la construction du mur. En juin j'avais 3 mois.
Un peu plus tard, à l'âge de 5 ou 6 ans j'ai vu dans la porte du garage un petit personnage qu'un enfant avait gravé dans le bois,avec écrit "ULLI". Je demandais à mon père qui c'etait. "Mon fils,"me répondait-il. Rien de plus, le sujet etait tabou.
30 Juillet 2009 , après des recherches par Internet très compliquées, le premier mail de mon frère m'arrive. Il habite à Berlin, nous nous sommes vus pour la premiere fois le 27 Octobre . Pas à Berlin mais à Düsseldorf. Après nous sommes allés à Marl.Notre ville natale à tous les deux. Nous nous sommes racontés nos enfances . Une seule enfance qu'on aurait du passer ensemble. Separés par un mur d'incomprehension familiale, de rancune , de manigances, pour éviter qu'on se rencontre. Le mur de haine familiale, qui nous concernait nullement,s'est cassé definitivement....quelques jours avant le 20eme anniversaire de la chute du Mur de berlin.
Die Berliner Mauer, Geschichte einer persönlichen Wiedervereinigung
Berlin ,diese Stadt war seit vielen Jahren das Symbol einer geteilten Welt. 43 km war die Länge der innerdeutschen Grenze,die Westberlin von Ostberlin abschnitt. Heute gibt es noch ein Stück der Mauer, Bornholmer Str. Vom ehemaligen Checkpoint bleiben heute nur die weissen Linien übrig. Nur die weisse Farbe hat überlebt, nicht die DDR, nicht die Mauer.
Als kleines Mädchen überquerten wir hier die Grenze, mein Vater und ich. "Drüben" besuchten wir meine Tante, sie wohnte in der Dimitroffstr. Damals Arbeitsviertel im Osten, heute eins der "Szenen"viertel von Berlin.
Ich bin 1961 geboren, Jahr des Mauerbaus, Im Juni war ich 3 Monate alt.
Später, als ich 5 oder 6 Jahre alt war, bemerkte ich, eingeritzt in dem Garagentor zu Hause, ein Strichmännchen. ULLI stand darin ,es wurde von einem Kind gemacht. Ich fragte meinen Vater,wer ist das, wer hat es gemacht? "Mein Sohn." Das war seine Antwort.Nichts weiter. Das Thema war tabu.
Am 30. Juli 2009 bekomme ich eine erste Mail von meinem Bruder. Er wohnt in Berlin. Am 27.10 sehen wir uns zum ersten Mal. Nicht in Berlin sondern Düsseldorf. Danach verbringen wir eine Woche in Marl. Erzählen uns gegenseitig unsere Kindheiten. Eine Kindheit, die wir hätten gemeinsam verbringen sollen. Wir waren getrennt durch eine Mauer von Familienstreiten, Rache ,Leute ,die alles taten,damit wir uns nie begegnen......Diese Mauer wurde definitiv zerstört...wenige Tage von der offiziellen Geburtstag des Mauerfalls in Berlin.
ROSEMARIE LIPKA
07 novembre 2009
L'ENIGME DU SAMEDI SOIR
Deux auteurs pour deux énigmes dont je ne dirais rien par crainte de trop en dire déjà... A vous !
Enigme 1
"Ainsi vous revenez, silhouettes furtives
Qui flattiez autrefois mon regard incertain
Vais-je à nouveau tenter de vous tenir captives ?
Ce vieux rêve en mon coeur reviendrait-il si tard ?
Mais vous vous approchez ! Demeurez, formes vives
Qui sortez à mes yeux des vapeurs du brouillard.
Sous le souffle enchanté dont votre essaim s'enflamme,
Un élan de jeunesse a fait vibrer mon âme.
Vous portez avec vous l'image d'heureux jours
Et vous ressuscitez plus d'une ombre chérie.
Fable à demi-perdue, échos lointains et sourds,
S'éveillent, en plaintive et douce mélodie,
Les vieilles amitiés, les premières amours,
Les détours imprévus des chemins de la vie,
Avec les noms de ceux qui, frustrés par le sort
De tant de beaux instants, ont sombré dans la mort.
Elles n'entendront pas la suite du poème
Les âmes de jadis pour qui je le chantais.
Le cercle des amis s'est dispersé, de même
Que le premier écho s'est éteint à jamais.
C'est pour des inconnus que je souffre ou que j'aime ;
Quand leur foule applaudit, j'hésite, je ne sais.
De tous ceux que mon chant émouvait à la ronde,
Le peu qui vit encore est épars dans le monde.
Et, longtemps oubliée, une invincible ardeur
Au monde des esprits, si calme et pur, m'entraîne ;
Ma voix module un chant indécis et berceur
Aux sons mals assurés de harpe éolienne.
Un frisson me saisit, le pleur succède au pleur ;
Ce vieux coeur endurci sent la joie et la peine.
Ce que je possédais semble m'avoir quitté
Et ce qui m'avait fui devient réalité.
Enigme 2
"Ils prirent un chemin forestier qui montait doucement et où le soleil ne perçait que comme une lumière mate. Quittant le sentier ils escaladèrent une pente, passèrent près d'un étang à poissons dont l'eau avait été vidée pour l'hiver. Ils s'arrêtèrent devant un cimetière juif, au milieu de la forêt, où les pierres avaient à moitié disparu dans le sol. Plus haut le vent sifflait sur une tonalité très aiguë qui faisait presque mal aux oreilles. La neige devint blanc pur alors que plus bas elle était encore couverte de grains de suie ; au lieu de traces de chiens, des traces de chevreuils. Ils montaient à travers le taillis. Les oiseaux chantaient partout. L'eau de la fonte des neiges s'écoulait en ruisseau bruyants.
De minces rameaux poussaient sur les troncs des chênes, des feuilles sèches s'y agitaient isolément ; des troncs de bouleaux, des squames d'écorce pendaient en lambeaux blancs et tremblaient. Ils traversèrent une clairière au bord de laquelle des chevreuils se serraient les uns contre les autres ; des pointes d'herbe fanées sortaient encore de la neige pas très haute et se courbaient dans le vent. Plus ils montaient plus il faisait clair. Leurs visages étaient écorchés et en sueur. En haut - le trajet n'avait pas été très long -ils s'assirent dans le trou de vent d'une grande pierre et firent un feu de brindilles sèches. Il était tôt dans l'après-midi ; ils étaient assis près du feu et regardaient la plaine en bas où de temps à autre une voiture scintillait au soleil ; l'enfant avait la boussole à la main. Au loin, en bas, un point se mit à flamboyer et s'éteignit au bout de quelques temps, une fenêtre ouverte parmi beaucoup d'autres fermées. Il faisait si froid que les nuages de fumée qui montaient du feu se dissolvaient en flocons et disparaissaient, dès qu'ils arrivaient dans le vent. Ils mangèrent des pommes de terre qu'ils avaient apportées dans un petit sac et rôties dans la braise et burent du café chaud à la bouteille thermos."
05 novembre 2009
BILLET D'HUMEUR: EPR : EN PANNE RECURRENTE
En avant pour la privatisation des services vers des lendemains qui chantent !!!
Je sais qu'il y en a , ici, qui nous font un éloge vibrant de la dérégulation des services ,des entreprises, des capitaux, bref de la mondialisation. Je sais aussi qu'il y a quelques niais, un peu idiots de village, pas bien méchants qui pensent dur comme fer que célébrer la chute du mur serait , en quelque sorte un catéchisme ultralibéral. Laissons-les donc à leurs divagations et parlons de concret. La France, on le sait est le pays le plus nucléarisé du monde. 58 "tranches" de réacteurs produisant 81, 2% du courant. Et ç'est pas nouveau. Le nucléaire....Plogoff......les affrontements à Bugey, Creys-Malville, la Hague, où les homards sont environ 15% plus gros qu'ailleurs ainsi que le pourcentage de leucémiques, à Gorleben en Basse-Saxe etc etc...on se souvient de Harrisburgh ,en Pennsylvanie et de Tchernobyl. En France, les crânes d'oeuf responsables du nucléaire ont réussi à éviter le pire. Au prix d'une maintenance de tous les instants, comprenant le remplacement immédiat de toute pièce pouvant être supposée devenir défectueuse....Grosso-modo, on n'est pas non plus tombé dans une société totalitaire ,flicardine et épieuse....seulement voilà, depuis les années 2000, le grand vent de la privatisation des services, cette mode imposée par les actionnariats des banques et par les pouvoirs qui leur sont affidés, ainsi que la sous-traitance généralisée, qui jusqu'ici touchait les transports, les services publics comme le téléphone, etc etc, azfini en 2006 par gagner l'énergie. Et là c'est une autre limonade...On a d'abord, pour obéïr aux injonctions des scientologuiuies de Bruxelles et des connards de l'UMP cassé EDF GDF sur le modèle du cassage de la SNCF entre SNCF devenue locataire des voies appartenant à RFF qui n'a plus les moyens d'assurer une maintenance correcte (on ne a déjà parlé) , et GDF s'est scindé entre GDF producteur et GRDF distributeur. EDF entre EDF producteur et ERDF distributeur. On imagine la complexité formidable au quotidien....et voilà que, tout penaud, ce gouvernement de tourtes révèle ce que le"CANARD" s'échine à montrer depuis 10 ans, que la maintenance des centrales nucléaires est "filialisée" comme on dit..Gravissime;Car une boîte privée, qu'elle fabrique des capotes, des fils à plombs ou des joints pour centrales nuvclé"aires, n'a qu'un but, gagner le plus d'argent possible. Résultat 18 réacteurs à l'arrêt. Inutilisables. D'où la perspective d'un collapsus rapide dans le réseau. Et l'EPR, qui était une sorte de poudre de perlinpinpin magique va subir le sort du surrégénérateur Phénix, mort et enterré.
Ce qui est scandaleux, dans cette histoire, c'est qu'au-delà de la démonstration de l'inanité des privatisations et des filialisations, donc de la mondialisation avec laquelle on fait chier les élèves de la 4ème à la fac, réduisant à cela la géographie, les lobbies pétroliers, gaziers, charbonniers et nucléaires ont fini par conduire notre civilisation devant un formidable hiatus technologique: par amour immodéré du profit et rapacité, le monde a perdu 50 ans au moins pour trouver l'énergie du futur. Il faudra 100 ans pour y parvenir. En attendant... à la bonne nôtre. Et je pense aux Nambikwaras de CLS....Petite précision, on n'a toujours pas réglé le problème des déchets nucléaires et c'est pas demain la veille. Autre chose ; le nucléaire est pour l'heure la seule énergie non productrice de CO2...donc Areva peut nous envoyer un bon doigt bien fourré.....
03 novembre 2009
HOMMAGE A CLAUDE LEVI STRAUSS. TRISTISSIMES TROPIQUES
Je voulais à l'occasion de la mort de Claude Lévi-Strauss, republier notre article de l'an dernier sur ses 100ans... en guise d'hommage ému.
LES NAMBIKWARAS EN HABITS DE FÊTE (NOVEMBRE 2008)
Cette semaine, on va célébrer les 100 ans de Claude-Levi-Strauss. Il y a quelques années, il disait qu'il était préoccupé de la tournure que prenait le monde dans lequel il allait disparaître. Claude Lévi-Strauss est de la génération de Jacqueline de Romilly , de Chritiane Desroches-Noblecourt, de Fernand Braudel....Il incarne la recherche humaniste. Au sens premier et profond du terme. On ne fera pas ici le catalogue de son oeuvre, immense, universelle, insurpassée, insurpassable, mais on se concentrera sur le livre qui me semble le plus atypique de tout le XXème Siècle "TRISTES TROPIQUES". Au début du livre, outre la célèbre boutade, qui n'enn est pas tout à fait une "Je hais les voyages et les explorateurs", on trouve des pages sublimes, sur le coucher de soleil au-dessus del a mer, sur cette curieuse sérénité qui frappe tous les hommes, quand le soleil décline..."TRISTES TROPIQUES" est une ode et un traîté de l'Universel. Les tropiques paraissent bien « tristes », en effet. Au fond que nous montrent les voyages?
« notre ordure lancée au visage de l'humanité »
... Ouvrage poignant,"TRISTES TROPIQUES" porte en soi le remords de l'Occident et la difficile posture de l'ethnologue, écartelé entre des mondes inconciliables. Le livre est aussi une condamnation sans appel à la fois du colonialisme et du mythe du "bon sauvage". En hommage à Claude Levi-Strauss, grand passeur pour le siècle qui fut, je vais relire son "TRISTES TROPIQUES". ...bien tristes en effet, et pas que les tropiques....
02 novembre 2009
WOLF BIERMANN, L'ICARE PRUSSIEN.
WOLF BIERMANN, LE GRAND ICARE
LES TROIS 9 NOVEMBRE DE l'HISTOIRE ALLEMANDE
Je sais qu'il est difficile pour quiconque ne connaît pas une langue de parler d'un auteur que, ma foi,, on a peu -et mal traduit en Français. Mais Wolf Biermann, puisque nous approchons de la date historique du 9 Novembre, est le symbole de l'histoire de l'Allemagne. D'abord présentons-le. Il est né en 1936 à Hambourg, ce qui , pour des raisons, disons sentimentales, me le rend très proche. (Hambourg est la ville de naissance de GAG!) dans un milieu ouvrier communiste dur de dur. Son père , Dagobert Biermann, membre du KPD ,juif, docker, fut assassiné à Auschwitz par les nazis. Classique, si l'on ose dire. WOLF BIERMANN (2006)
Mais Biermann, surtout est ce que les Allemands appellent "ein Liedermacher", un "chansonnier", mais dans l'acception d'un Bruand, d'un Montéhus, d'un Ferré, dont d'ailleurs il a largement le talent. Après la guerre, il adhère aux "Junge Pionniere" les jeunesses communistes, et s'installe en RDA. Par réaction contre la merde brune, nul doute que j'en eusse fait autant !! C'est ,en 1960, sa rencontre avec Hans Eisler qui va déterminer son engagement artistique. Eisler est le digne successeur de Kurt Weill, comme on le sait. Mais alors les choses se gâtent. Il fonde, en 1961- la date n'est pas fortuite- "Das Deutsche Arbeiter und Studententheater" (le thatre ouvrier et étudiant allemand". Il monte une pièce contre l'érection du mur de Berlin et pafff!!! arrive ce qui devait arriver dans un pays stalinien, la pièce est interdite et son théâtre démantelé et fermé. La Stasi rôde. Il se produit en RFA, en 1964 et 1965, à la suite de quoi on l'accusa d'être un membre de la Stasi, et il publie un recueil de "Balladen" " Die Drahtharfe" (La harpe de barbelés) publiée chez Wagenbach, l'éditeur underground de l'époque. Immense succès. Ses concerts font exploser les salles. Mais il est désormais interdit de tout en RDA et surtout le public , qui se passe ses chansons sous le manteau, est menacé d'être foutu en taule s'ill se rend à ses concerts. Arrive 1976. Le fameux concert de la Sporthalle de Cologne. 200000 personnes !!! Plein comme un oeuf. Toute la jeunesse de la Rhénanie et votre serviteur avec des briquets. A Berlin-Est, au Plénum des Connards Staliniens, on est furieux. D'autant que la "jeunesse dégénérée" (sic) du pays écoute les Stones, les Beatles, les Whos, etc etc et même Tomcattin', du hard Rock Californien. Les ondes se foutent des frontières. Alors Biermann est déchu de sa nationalité est-allemande, interdit de rentrer au pays, ce qui accroît encore un peu plus sa popularité. Et puis c'est le début fracassant, c'est le cas de le dire, de sa belle-fille , Nina Hagen, qui dévaste les scènes Ouest Allemandes avec son immense talent, sa voix de Marlène shootée...
Mais ce qu'il y a de bien chez Biermann, c'est qu'une fois devenu citoyen de RFA, il ontinue son travail critique en écrivant des textes acerbes, violents contre le système politique de l'Ouest. "Die Bundeswehrpiloten" (Les pilotes de la Bundeswehr). Contre Franz-Joseph Strauss, le porc bavarois , chef de la CSu, contre tous les nazis qui ont refait leur trou. Comme il le dit lui même:
"Vom Nebel von dadrüben bin ich in der verpesteten Luft von hier vergiftet
Von dem Regen , bin ich in die Jauche gelandet "
(Je suis venu des brouillard de l'autre côté pour m'empoisonner avec l'air empesté d'ici. Je suis venu de la pluie et patauge dans le purin).
Personne, évidemment ne songera un seul instant à interdire son oeuvre. Oh, pas par sens de la démocratie, mais par habileté. On l'autorisera à effectuer un voyage en RDA, pour voir son vieil ami Robert Havemann, malade, puis, il composera, en 1999 ce qui est sans aucun doute sont plus beau disque "DER PREUSSISCHE IKARUS" (l'Icare Prussien) ,allusion à la sculpture en fonte qui se trouve sur le pont de la Weidendammerbrücke , près de la Friedrichstrasse juste là où passait la frontière. Métaphore de la RDA et de l'Allemagne, qui voudrait bien voler et ne peut pas..
Ballade Vom Preussischen Ikarus
Da, wo die Friedrichstraße sacht
den Schritt über das Wasser macht
da hängt über der Spree
die Weidendammer Brücke. Schön
kannst du da preußens Adler sehn
wenn ich am Geländer steh
dann steht da der preußische Ikarus
mit grauen Flügeln aus Eisenguß
dem tun seine Arme so weh
er fliegt nicht weg - er stürzt nicht ab
macht keinen Wind - und macht nicht schlapp
am Geländer über der Spree.
Der Stacheldraht wächst langsam ein
tief in die Haut, in Brust und Bein
ins Hirn, in graue Zelln
Umgürtet mit dem Drahtverband
ist unser Land ein Inselland
umbrandet von bleiernen Welln
da steht der preußische Ikarus
mit grauen Flügeln aus Eisenguß.... .
Und wenn du weg willst, mußt du gehn
ich hab schon viele abhaun sehn
aus unserem halben Land.
Ich halt mich fest hier, bis mich kalt
dieser verhaßte Vogel krallt
und zerrt mich übern Rand
dann bin ich der preußische Ikarus
mit grauen Flügeln aus Eisenguß...
BALLADE DE L'ICARE PRUSSIEN
Là où , doucement, la Friedrichstrasse
Ose mettre un pied par-dessus l'eau
C'est là qu'on se troue , passant la Spree
Sur e Pont de Weidendamm.
Et là, tu peux bien le voir l'Icare Prussien
Quand je m'accoude un peu au parapet
Il est là l'Icare Prussien
Avec ses ailes de fonte grise
Ses bras lui font si mal !
Il ne vole pas- ne dégringole pas
Ne fait pas le malin et ne se dégonfle pas
Là, sur le parapet qui franchit la Spree
Les barbelés poussent lentement en nous
Profondément, dans la peau, la poitrine et les
jambes. Dans le cerveau, les cellules grises...
Ceinturé par le rideau de fer
Notre pays n'est rien qu'une île
Assailli par de sinistres vagues
Et l'Icare Prussien est là
Avec ses ailes de fonte grise....
Si tu veux foutre le camp, vas-y donc
J'en ai déjà déjà tant vu se barrer
De notre demi-pays.
Moi , je m'agrippe ici.
Jusqu'à ce que ce putain d'oiseau
Vienne me prendre entre ses serres
Et me foute à la baille
Alors l'Icare prussien, ce sera moi
Avec mes ailes de fonte..
DER PREUSSISCHE IKARUS
Chanson du déchirement, de l'Allemagne, du déracinement.
L'an dernier, me baladant le long du tracé du mur, je débouchai Chausseestrasse, au Nord de la ville. La maison de Biermann, le 131, existe toujours. (C'est d'ailleurs le titre d'un de ses grands albums) On y a pas mis de plaque. De sa fenêtre, il voyait l'Ouest...
Vue de la Chausseestrasse en 1988... la fin...
Dernière petite anecdote: en 1982, Biermann, qui vit désormais à Banyuls, était venu rendre visite à mes parents, Rue de Belleville. Il était assis et parlait de sa voix douce, lorsque soudain, il sursaute: il avait oublié sa guitare dans le tacot qu'il avait pris!!! C'était, là aussi l'Icare Prussien...et mon fère et moi, pas peu fiers, on s'ne doute, eûmes la mission de téléphoner à la G7 ou ailleurs pour retrouver la foutue guitare. mais par chance, le chauffeur, pas con, avait remarqué la guitare à l'arrrière de son tac, avec le nom dessus. Il avait téléphoné à la Centrale. Et nous étions , mon frère et moi, allé cherché la damnée guitare Porte des Lilas où le type, qu'était à Porte d'Orléans était venu exprès. Joie de Biermann..;qui envoya un gros chèque pour le taximan...
Sacré type.
Le 9 novembre approche. Dans l'histoire allemande le 9 Novembre n'est pas rien:
9 NOVEMBRE 1918 ABDICATION DE GUILLAUME II, PROCLAMATION DE LA REPUBLIQUE
9 NOVEMBRE 1938 NUIT DE CRISTAL
9 NOVEMBRE 1989 CHUTE DU MUR
01 novembre 2009
LE FROMAGE, SA VIE ,SON OEUVRE
EN 1791, MARIE HAREL EST SUPPOSEE AVOIR INVENTE LE CAMEMBERT...MERCI DE TOUT COEUR... PEUT-ÊTRE UN MYTHE DONT ON SE DIT QU'IL N'EST PAS CRU, MAIS IL L'EST ,CRU...
On connaît cette légende. Marie Harel, paysanne accorte, sans aucun doute, comme celle que l'on voit sur les gravures de la Révolution, représentant les femmes du Tiers, obligées de se coltiner la baronne du cru et la bonne soeur à gros pétrousquin....
Voici le portrait d'Eric Besson au laid cru.
Mais le camembert est surtout l'emblême de la philosophie fromagère. Et puis les pisse-froids scientologues de Bruxelles ayant décidé d'interdire la production de fromages au lait cru, raison de plus pour en faire l'éloge, en tisser le panégyrique ainsi que celui de la boulette d'Avesnes, du Maroilles, de l'Epoisse, du Puant de Lille, du Livarot, du Pont-l'Evêque, et d'avoir un jour le plaisir de gaver ces technocravateux de grosses tartines de trou du cru... ou de Mont-d'Or hors d'âge et de soumaintrain soulevant lui-même son couvercle. Listériose??? mon cul !!! Interdiction du plaisir, oui !!! Manger du plastoc ! Du Caprice des Dieux, de l'Apérivrais, du Saint-Moret, fromage des députés UMP de moins de 40 ans....pas comme ce fromage républicain plein de goût ...
Le fromage est vieux comme le monde, plus précisément, vieux comme l'élevage, 10 000 ans environ. Nul besoin de se malaxer le cerveau au court-bouillon pour comprendre que le lait, produit éminemment fragile, tourne en un clin d'oeil, devant les yeux médusés des premiers éleveurs, du croissant fertile. En y balançant de la bile animale, hop, le lait caille instantanément. Et devient pâte souple. Aussi loin que l'on remonte, on constate, par exemple sur des tablettes cunéïformes de Sumer, l'existence de fourmes vendues ou servant de monnaie d'échange. Le fromage, c'est le lait transportable. Tout simplement. Sans doute, l'aliment le plus bête à concevoir. Et pourtant, quelle merveille !!! Il serait, évidemment fastidieux de vous imposer un long exposé filandreux sur l'histoire et la géographie du fromage. J'ai préféré y aller par petites touches... par petites évocations... Il y a d'innombrables peintures représentant notre héros.
Le mot d'abord. Dérivé de forme, fourme, pièce moule en bois qui accueille le caillé. Mais le mot latin caseus, a donné des tas de mots aussi bien en allemand (Käse), en néerlandais (Kaas), en anglais (Cheese), en espagnol (Queso). Ce mot, "caseus" vient d'un très vieux mot sanskrit "hkasha" qui veut dire touiller, mélanger, comme le geste que l'on fait dans la cuve pour séparer le caillé du petit lait... geste ancestral donc. Pline racontait que les légions qui guerroyaient en Germanie étaient stupéfaites par la quantité de fromage ingérée par les Germains. Quel fromage était-ce ? Probablement un fromage dur, genre parmesan ou vieux gouda. Les légions romaines, d'ailleurs pour leur ordinaire, se gavaient de "caseus centuriatus" fromage réglementaire, dont on imagine que les qualités gustatives ne devaient pas être des plus développées.
L'essor du fromage tel que nous le connaissons, c'est à l'Eglise que nous le devons, aux Abbayes en particulier. Les moines joufflus, couperosés et paillards incarnent le fromage, comme s'il s'agissait pour eux de rattraper ce qu'ils manquent ailleurs en matière de jouissance. Cliché inusable !!!
Dès le Xème siècle, les établissements clunisiens puis cisterciens se lancèrent, ainsi que les Trappistes dans la confection de fromages à pâte dure, parce qu'ils pouvaient assurer un long affinage. La bière et le vin, d'ailleurs furent comme le frometon, l'apanage des établissements monastiques. C'est au XIXème siècle et guère avant que le fromage devient produit gastronomique, et s'universalise. Jean-Paul Aron, dans son remarquable livre "LE MANGEUR DU XIXème siècle" est formel sur ce point. Les grands fromages affinés à pâte molle et aux saveurs puissantes sont récents. Par contre, innombrables sont les fromages à pâte dure qui existaient déjà du temps de Rabelais. La vache !!!! On y croise des parmesans, des fourmes, des gruyères, des "fourmaiges d'Auvergne"...
Le fromage est fabriqué pour 35% du volume global aux Etats-Unis et au Canada. Mais c'est du fromage industriel, destiné aux hamburgers (comme le professeur du même nom). Et c'est une idée reçue que de croire que la France est le pays des fromages. L'Angleterre, avec le glouscestershire, le stilton, le cheddar fermier, etc , l'Italie, la Hollande rivalisent largement avec la France. Une tranche de Stilton vieux accompagné d'un Muscat de chez Henri ??? Lé bédit Jésou en coulotte dé bélours !!!! Une tranche fine (pourquoi fine?) de provolone au poivre avec un blanc très sec et âpre de Campanie ??? Hmmm, cha vous dit ??? et alors, du parmesan de deux ans avec un filet d'huile. Du gouda hors d'âge qu'il faut entamer au tournevis et au maillet et qui vous pique la langue, comme les noix de l'an dernier... et puis les innombrables sortes de fétas du bassin Oriental de la Méditerranée. Terminons par le plus philosophique des fromages, celui du brouillage des origines et de l'image dans l'image, figure de l'infini : LA VACHE QUI RIT.
Nous avons ici, pour finir, grâce à l'amitié de tyrosémiophiles (collectionneurs d'étiquettes de fromage, tyr en grec, veut dire fromage) si,si ça existe, mais tout existe, un superbe document sur la vie et l'oeuvre de Roselyne Bachelot.
Enfin bref, régalons-nous pendant qu'il en est encore temps...
31 octobre 2009
L'ENIGME DU SAMEDI SOIR
Ce soir deux énigmes de deux auteurs étrangers et étrangers l'un à l'autre également.... A vous !
Enigme 1
"Le thermomètre marquait - pour eux - quarante degrés à l'ombre. La salle était plongée dans une pénombre telle que c'est tout juste si l'on parvenait à distinguer les points des cartes et les figures très pâles des joueurs. Un punkah démanché, déchiré, en calicot blanchi au badigeon, balayait l'atmosphère surchauffée en grinçant plaintivement à chaque va-et-vient.
Au dehors, le temps était aussi couvert que par une journée de novembre à Londres. On ne voyait ni le ciel, ni le soleil, ni l'horizon, rien qu'une vapeur suffocante d'un brun pourpre. C'était comme si la terre succombait à une attaque d'apoplexie. De temps en temps, sans qu'aucune brise n'en fût cause ni que rien ne le laissât prévoir, un nuage de poussière fauve se levait du sol, s'épandait en nappe au sommet des arbres altérés, puis retombait. A d'autres moments, une trombe infernale se formait, parcourait la plaine sur une longueur de deux milles et s'arrêtait ensuite en s'éparpillant, bien qu'il n'y eut, pour entraver son élan, d'autres obstacles qu'une longue et basse pile de traverses de chemin de fer poudreuses, qu'un petit groupe de huttes fabriquées avec du torchis , de vieux rails hors d'usage et de la toile à tente, et que le bungalow solitaire appartenant à l'ingénieur adjoint au secteur de la ligne alors en construction."
Enigme 2 :
"Savez-vous où j'en suis, XXX ? savez-vous que j'en suis à fêter l'anniversaire de mes sensations, l'anniversaire de ce qui me fut cher, de quelque chose qui, au fond, n'a jamais existé - parce que l'anniversaire que je fête est celui de mes rêves stupides et vains - et à faire cela parce que même ces rêves stupides ont cessés d'exister, parce qu'il n'est rien qui puiss
e aider les aider à survivre : même les rêves doivent lutter pour survivre ! Savez-vous qu'à présent, j'aime me souvenir, et visiter à telle ou telle date des lieux où j'ai été heureux à ma façon, j'aime construire mon présent en fonction d'un passé qui ne reviendra plus et j'erre souvent comme une ombre, sans raison et sans but, morne, triste, dans les ruelles et dans les rues de XXX. Que de souvenirs partout ! Je me souviens par exemple, qu'il y a juste un an, ici, exactement à cette époque, j'errais, à la même heure, sur ce même trottoir, aussi seul, aussi morne qu'aujourd'hui ! Et je me souviens aussi que mes rêves me semblaient aussi tristes et, même si avant, je ne me sentais pas mieux, je crois pourtant, je ne sais pas pourquoi, que la vie me paraissait plus facile, plus apaisée, j'ignorais cette noire pensée qui s'attache à moi en ce moment ; j'ignorais ces remords, ces remords sombres, lugubres, qui ne laissent pas de repos, ni le jour, ni la nuit. Et vous vous demandez vous-même "Où sont passés tes rêves ? Et vous hochez la tête et vous vous dites : Comme les années s'envolent vite ! Et vous vous demandez encore : Qu'as-tu donc fait de tes années ? Où as-tu enterré la meilleure part de toi ? As-tu vécu ou non ? Attention, vous dites-vous, attention, sur terre tout s'éteint. Les années passeront, elles seront suivies par une solitude lugubre, et la vieillesse branlante avec sa canne, la souffrance et l'ennui. Ton monde fantastique pâlira, tes rêves mourront, se faneront, ils tomberont comme les feuilles jaunes de l'automne... "
29 octobre 2009
VILLES EN VRAC,UNE GEOGRAPHIE AU PETIT BONHEUR 6 VLADIVOSTOK
LE MAÎTRE DE L'EST : AU TERMINUS D'UN RÊVE DESORMAIS EN CENDRARS...
C'est le sens du nom de la ville. Vladivostok... nom qui fait rêver. Et qui renvoie immanquablement à des lointains insensés.
C'est aussi le terminus du Transsibérien. C'est enfin l'un des lieux les plus pollués du monde, car c'est là que crève doucement une partie de la flotte de sous-marins nucléaires de l'URSS. La ville est un artefact politique, on s'en doute bien, en regardant n'importe quelle carte. Elle fut fondée en 1859, par le Comte Mouraviov un proche du Tsar Alexandre II, ce dernier, américanophile et colonialiste, voulait que la Russie se lance dans un immense projet de "colonisation intérieure". C'est ce qui explique, entre autres l'annexion des sultanats du Turkestan (les futures républiques d'Asie Centrale). Alexandre II ordonna donc à Mouraviov de fonder Vladivostok, comme poste avancé vers l'Extrême-Orient, pour faire pièce au Japon des Meiji en plein essor. Peu de temps auparavant avait été fondée Vladikavkaz (Le maître du Caucase) garnison fortifiée pour procéder à la colonisation impériale des régions caucasiennes.
Ici, Vladivostok, puis plus tard Nakhodka, Khabarovsk et Magadan, avaient pour but d'asseoir la puissance des Romanov jusqu'à l'"Orient compliqué" comme disait l'autre. Il fallait 4 mois d'été pour rallier Saint Petersbourg, capitale en ce temps là, à Vladivostok ! En 1903, révolution !!! Le Transsibérien arrive à Vladivostok. On y construit une gare ,"voksal" (le mot russe pour gare ferroviaire est une déformation amusante de Vauxhall, ce palais de métal construit à Londres lors de l'expo universelle du Crystal Palace en 1855" et on la nomme "Moskovskaïa voksal".
Evidemment. 9300 km de Vladivostok à Moscou ! la plus longue liaison terrestre du monde. Elle traverse Nijni-Novgorod, Omsk, Tobolsk, Irkoutsk, Novosibirirsk. Relisons "MICHEL STROGONOFF" (Marfa Strogoff !!! Marfa Strogoff !! le knout, pour cette vieille coquine etc etc Feofar Khan le méchant pas bô asiate...) pour comprendre par où passe le train !!!! La ville explose alors démographiquement et devient une base militaire essentielle, pour les visées russes sur la Mandchourie. Mais patatras ! Mai 1905 ! Tsushima ! Les Japonais infligent une pâtée formidable à la flotte russe, complètement anéantie. Evènement au retentissement immense : pour la première fois depuis Des siècles , un peuple non-européen inflige une défaite cruelle à l'une des grandes puissances européennes. D'où la décolonisation. L'Île de Sakhaline, en face de Vladivostok, devient Japonaise et reprend son vieux nom de Karafuto. Débute alors l'impérialisme japonais dans le Pacifique. Gravure sur le désastre de Tsushima "Trafalgar de Nicolas II"
1917: Vladivostok devient la base arrière de la contre-révolution. D'ailleurs le Japonais y débarquent en conquérants, (image ci-dessous) pour renforcer Les "Blancs"
qui y débarquent, ainsi que l'aide américaine. On sait que la guerre civile fut le triomphe du bolchévisme et, en 1922, la création de l'URSS. Bref, Vladivostok est une ville à vocation militaire. C'est la "Kalinigrad de l'Orient".
Staline, ce grand humaniste, fit de la ville un camp de forçats destinés à doubler la voie du Transsibérien et de lancer le projet du BAM (Baïkal-Amur-Magistrale),; une ligne de 4000 km, qui doublerait le Transsibérien trop proche de la frontière chinoise. Le projet a été achevé .... en 1990, soit un an avant l'extinction de la lumière dans les chiottes soviétiques !
Vladivostok est à 300 km seulement de Hokkaïdo, l'île du Nord du Japon. A 90 km de la frontière avec la Chine et la Corée du Nord, ce Paradis de l'Homme Nouveau. Fini désormais l'intérêt stratégique. Je l'ai dit, Vladivostok est devenu un cimetière à sous-marins nucléaires. En voici un, qui crève doucement.... Sans zone interdite autour. 28000 ans de contamination en vue. Roulez manège ! Faut dire que pour le PCUS puis ses successeurs, pires encore, polluer, c'est exister. C'est montrer que l'Homme domine la Nature petite-bourgeoise....
Depuis 1995, la ville renaît grâce au commerce. Des ferrys (comme celui que l'on voit ici à quai) :
bourrés à craquer de Nippons (suspendus) débarquent chaque été dans la ville, devenue gigantesque centre commercial détaxé. les prix y sont 30 fois moins élevés qu'au Japon ! Et les Russes sont ravis de cette cohabitation d'un nouveau genre. Une NEP mondiale, en quelque sorte, hein Vladimir Illitch? Je vous passe sous silence les trafics en tous genres, la corruption, classique des classiques. La Mer du Japon, sur laquelle baigne Vladivostok est l'une des plus poissonneuse du monde, en raison du courant froid qui descend du Kamchatka. D'où conflits d'intérêts en matière halieutique (c'que je cause bien dans e'l'poste!). Mais toute la côte sibérienne, est ses admirables paysages, absolument intacts, sont en train d'être dévastés par les papetiers, dont Arjomari et Bolloré qui ont acheté des concessions forestières dans la taïga bouriate , grandes comme la Suisse et bouzillent tout. Vladivostok voit partir 12 Convois de grumiers par jour par le Transsibérien, désormais à double ou quadruple voies électrifiées. Et une dizaine de cargos à grumes vers le Japon.
Dernière anecdote croustillante. Staline, qui, quoiqu'on en dise n'était pas Hitler, n'avais pas le moindre plan pour exterminer les Juifs de l'Empire. Il chargea donc ce con de Malenkov, poivrot et âme damnée du tyran, de trouver quelque part, une "terre promise" pour y inviter les Juifs, qui commençaient à en avoir ras la casquette des progroms perpétrés par les gentils slaves si civilisés. Voici une affiche de propagande pour inciter les Juifs russes à s'installer parmi les rennes (on observera malgré tout , le vague trait antisémite du dessin). L'affiche est bilingue:
On mit le dévolu sur la région de Bouriatie. Desservie par le Transsibérien, à l'écart de tout. On créa donc, - c'est assez insensé, le premier état Juif de l'histoire depuis la diaspora: le BIROBIDJAN. On construisit une gare monumentale, une ville, appelée Birobidjan et on décida, plus étonnant encore que la langue officielle de cet "oblast" serait le yiddish. On fit même imprimer un journal en Yiddish. Un drapeau aussi avec une maguen-David. On mit un gouverneur, qui avait appris le yiddish et on attendit. 40000 Juifs s'y installèrent... sur 300 000km2 (=L'Italie).
Fiasco total. Car, au sud de cette république juive, il y a la Chine où l'on était du temps de Mao, très antisémite, rapport que les fondateurs de la Révolution de 17, honnie alors étaient Juifs...Et puis les Bouriates peuple turco-mongol, semi-nomade, acceptaient mal l'implantation d'un peuple venu de l'Occident lointain. Fallait déjà qu'ils se fadent les Russes. Bref, le Birobidjan existe toujours. Voici le monument très stalinien qui annonce l'entrée dans la ville (notons qu'Hitler n'eût pas pris les mêmes égards, mais je passe, je passe) :
La ville aussi. La langue est toujours le yiddish... mais il ne s'y trouve plus un seul Juif ou presque. En 1948, la plupart firent leur alyah...la morale de cette histoire : où que les Juifs s'installent, ils sont indésirables. Même si on les avait mis en pleine Sibérie, les rennes, élans, et autres lynx eussent envoyé une pétition au Kremlin...
27 octobre 2009
PIERRE CHAUNU, SA VIE, SES BONNES OEUVRES
IL Y A HISTOIRE ET HISTOIRE: LA MORT DE PIERRE CHAUNU.
Pierre Chaunu est mort jeudi à 86 ans. Un des très grands historiens du XXème siècle, l'égal de Braudel, de Duby, de Le Goff, de Favier, de Leroy-Ladurite , de Jean Delumeau etc... Une oeuvre impressionnante, magistrale, indispensable. Et puis, ça plaira à myr, un décortiquage en règle du massacres des Amérindiens.
C'est lui, qui, en 1947, démontre l'aspect génocidaire de la disparition des Indiens d'Amérique latine, dont il estime le nombre passant de 80 à 10 millions en 100 ans. Minute papillon !!! Car de droite, Chaunu ne l'était pas pour rire. Thuriféraire de la Vendée "génocidée" elle aussi, collaborateur, (sans jeu de mots) de Radio-Courtoisie, du Figaro, etc etc, ouvertement réactionnaire, genre Gaxotte, avec le génie en plus,- cela dit parler de génie pour Gaxotte, ce serait parler d'intelligence chez Eric Besson- et pourtant, 46 livres, tous essentiels à la progression de la pensée historique moderne.
En Amérique, l'arrivée des Européens produit un cataclysme démographique, en premier lieu du fait de l'importation de maladies comme la variole contre lesquelles les Amérindiens ne sont pas immunisés. De 80 millions à la veille des Grandes Découvertes, leurs effectifs chutent d'environ 90% !
«C'est entre 1720 et 1740 que, partout la population recommençant à croître très lentement, nous avons la présomption d'un retour à l'équilibre dans un écosystème modifié», écrit Chaunu.
Dans le droit fil de sa thèse sur Séville, Pierre Chaunu publie de nombreux ouvrages sur l'Amérique hispanique, l'Espagne de Philippe II, le temps de Luther et des Réformes,... en particulier un bel ouvrage illustré : La civilisation de l'Europe des Lumières (Arthaud, 1971).
Statistiques à l'appui, il montre que le commerce entre l'Amérique hispanique et la métropole n'a pratiquement rien rapporté à celle-ci. Au mieux, les trésors d'Amérique équivalent à 6 ou 7 % du revenu annuel du roi de France, non déduit le coût exorbitant du transport. «À quoi sert l'or d'Amérique ? À produire l'or d'Amérique»... "Civilisations de l'Amérique Latine XVI-XVIIIème Siècles".
Un autre volet de sa pensée historique est tout son travail sur "l'Histoire des gens" dont il est l'un des initiateurs avec Duby:Admirateur
de Braudel, il s'attache à montrer dans un livre magistral, parmi tant
d'autres, ce que fut la mort à Paris entre les XVIème et XVIIIè siècle
(une idée pour Annibal???) Ce livre déjà ancien est novateur annonçant
les travaux d'Alain Corbin , de Vigarello :
Mais Chaunu, curieusement, se rapproche aussi de Claude Lévi-Strauss (101 ans aux prunes!) par cette réflexion étonnante, qui le place dans la lignée de l"anthropologie philosophique" si j'ose dire:
Ainsi, dans ses deux premiers essais, La mémoire de l'éternité et De l'Histoire à la prospective (1975), il s'interroge sur les raisons et les conséquences du choc démographique.
Principal enjeu : le temps qui passe. «L'enfant est l'autre, il est l'obstacle qui heurte une conscience de soi, la conscience des géniteurs. Surtout, l'enfant est le grand témoin du temps, donc de la mort. Le ventre de la femme enceinte rappelle au passant qu'il est mortel. C'est en construisant un discours cohérent et vrai sur la mort que la société chrétienne avait incorporé l'enfant. Les anciennes civilisations aimaient l'enfance... Ce que notre société adore, ce n'est pas l'enfance. L'évolution suicidaire de la natalité le prouve. Ce que la société de sensation-consommation vénère, c'est l'adolescence. Parce que l'adolescent est un presque adulte».
Pas faux. Il met en valeur l'aspect délibérément consumériste de la conception "pondeuse" des sociétés modernes.
Bref, c'était un grand historien. On ne peut pas en dire autant de Jean-Noël Jeanneney. Dans le tout à fait remarquable numéro de "L'HISTOIRE" agrémenté d'un "billet" de Bécassouline pas inintéressant encore que contestable, JNJ débute une série passionnante sur les grands articles de presse qui ont changé le cours de l'histoire. Il commence la série, en tout seigneur tout honneur, par la "J'ACCUSE" ,dont je rappelle que le titre est de Clemenceau et non de Vaughan comme on le croit toujours. Clemenceau , fin et opportuniste qui comprit que l'Affaire Dreyfus lui remettait le pied à l'étrier. L'article donc, de JNJ est remarquable, documenté, intelligent. Mais ce qui m'a littéralement stupéfait , c'est que tout au long de l'article n'apparaissent JAMAIS les mots Juif ou antisémitisme, comme si JNJ avait résolu de placer l'affaire Dreyfus EN-DEHORS de l'antisémitisme. Seule un mince référence au livre - très contestable- de Michel Winock fait allusion à cet antisémitisme qui est pourtant le "nerf de l'histoire" que cela nous plaise ou non.
Qu'en conclure? Chaunu trimballe de sacrées casseroles d'historien de droite et "L'HISTOIRE" passe pour le fer de lance de la recherche historique "de gauche"...ah , mais j'oubliais! derrière "L'HISTOIRE" il y a "LE MONDE" . Tout s'explique.
Mise à part cette singulière bévue,, le numéro comporte un article puissant sur Churchill et un autre , non moins passionnant en ces temps de grippe Bienvenue pour l'UMP, sur la peste de Marseille en 1732.
Bref, il y a matière à réflexion....










